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Assises

Parties civiles pour  la famille de la victime et les enfants, Mes Sylvie Brussiau et Édouard  Martial./Photo PB Morad Cherchari.

Parties civiles pour la famille de la victime et les enfants, Mes  Sylvie Brussiau et Édouard Martial./Photo PB Morad Cherchari.

C’est une histoire comme on en voit souvent devant les cours d’assises de France et de Navarre : un homme qui tue sa femme (c’est rarement le contraire) dans le cadre d’une séparation. C’était le vendredi 20 juin 2008, à Saint-Etienne-de-Fougères. Il était 18 heures environ lorsque les pompiers étaient alertés par Abdelhak Saddiki qu’il venait de tuer, en l’égorgeant après l’avoir frappée, sa compagne, Catherine Bosc, mère de leurs quatre enfants âgés de 8 à 20 ans. La conclusion tragique de 26 ans de vie commune qui s’était peu à peu délitée sous l’effet de la violence.

Le couple était séparé depuis deux mois après que Catherine Bosc a appris de son compagnon qu’il entretenait une relation adultère. Si l’accusé a minimisé la violence qu’il exerçait au sein de son couple, mais qui ne transpirait pas au-delà du cercle familial, ses deux enfants, Elodie, l’aînée, et Sandy l’ont décrite à la barre entre deux sanglots. « Gifles pour un oui ou un non, tirage de cheveux, menaces de mort… », a expliqué Elodie. Il y en avait autant pour la mère que pour les enfants. « J’avais peur », a dit Elodie. Le lendemain des faits avait lieu le mariage de la demi-sœur de Catherine Bosc où Abdelhak Saddiki n’était pas convié. La mère venait d’avoir sa semaine de garde des enfants. Elle devait les lui ramener le vendredi soir. Il l’exigeait. Elle voulait les garder pour le mariage et les lui rendre après. Il venait aussi de recevoir la lettre de l’avocat et la convocation devant le tribunal pour acter la séparation. Lorsque Catherine Bosc est partie en cette fin d’après-midi de Monclar pour aller s’expliquer avec lui, sa fille Sandy lui a fait promettre de revenir. Elle ne savait pas encore qu’elle ne reverrait jamais sa mère.

Suite et fin du procès aujourd’hui. Le verdict en soirée.

Jean-Noël Daneau

Agen. 15 ans pour avoir tué sa compagne

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Me Betty Fagot-Bidou  avait la lourde charge de défendre Abdelhak Saddiki./Photo PB Morad  Cherchari

Me Betty Fagot-Bidou avait la lourde charge de défendre Abdelhak  Saddiki./Photo PB Morad Cherchari

Dix-huit ans. C’est la peine requise hier par l’avocat général Jean Cavailles à l’encontre d’Abdelhak Saddiki, 45 ans, jugé depuis la veille devant la cour d’assises de Lot-et-Garonne pour le meurtre de sa compagne et mère de leurs quatre enfants, Catherine Bosc. Un drame après 26 ans de vie commune marquée par des hauts et des bas. La première journée n’avait pas été favorable à l’accusé qui s’est vu reprocher par ses filles, Elodie, l’aînée, et Sandy, sa violence. La seconde journée a mieux commencé pour lui avec la déposition de l’expert psychiatre Fabien Aubat. Après avoir vu en l’accusé « un homme ordinaire, banal, sans trouble de la personnalité », le médecin a tenté d’expliquer ce qui s’était passé en cette journée du 20 juin 2008 à Saint-Etienne-de-Fougères. Le couple s’était séparé deux mois plus tôt et se partageait la garde des enfants. Le lendemain a lieu le mariage de la demi-sœur de la victime où Abdelhak Saddiki n’est pas convié. Une déconvenue de taille pour lui, qu’il compense en exigeant de prendre son tour de garde des enfants comme cela est convenu. Catherine Bosc s’y oppose en arguant que ce sera mieux pour elle de garder les enfants et de les lui rendre une fois le mariage terminé. Il demande alors à la voir pour s’expliquer. Catherine Bosc refuse une nouvelle fois de lui amener les enfants. Il veut aussi qu’elle s’explique sur la lettre qu’il a reçue de son avocate pour acter la séparation. La conversation tourne au vinaigre. Elle lui dit alors qu’il n’aura les enfants qu’un week-end sur deux, qu’il peut bien profiter de la maison car il ne la gardera pas longtemps, jusqu’à cet aveu que l’enfant qu’elle avait avorté quelques années plus tôt n’était pas de lui et qu’elle aurait mieux fait de le garder. « Elle est allée le chercher là où il était sensible, soutient l’expert. Elle a engendré une mécanique d’une très grande violence ». Et d’en conclure que la victime a été « partie prenante » de ce qui allait se passer. « À ce moment-là, il a compris que sa compagne ne reviendrait pas, a enchaîné Me Betty Fagot-Bidou, pour la défense. Sans sa compagne, sans ses enfants, sans sa maison, tout s’effondre et c’est un déchaînement de violence ». Mais cette violence, l’avocat général comme les parties civiles représentées par Mes Sylvie Brussiau et Édouard Martial, l’ont décrite comme étant intentionnelle avec la volonté de tuer.

Sans aller jusqu’à la peine requise par l’avocat général, les jurés ont condamné Abdelhak Saddiki à 15 ans de réclusion criminelle.


« Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça »

Jeudi, devant la cour et les jurés, Abdelhak Saddiki avait refait les gestes qui furent les siens le 20 juin 2008 aux environ de 18 heures. Après avoir arraché deux touffes de cheveux à sa compagne et lui avoir frappé la tête au sol jusqu’à ce qu’elle perde connaissance, il était allé dans la cuisine prendre le plus grand couteau et l’avait égorgée. « Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça. Je regrette », a t-il dit avant de s’effondrer en larmes. Hier, au moment où les jurés se retiraient pour aller délibérer, ses pensées sont allées à ses enfants : « Je les ai toujours aimés, je les aimerais toujours, ils me manquent ».

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