par Harold Thibault (Aujourd’hui la Chine)

Le procès dont l’issue devrait déterminer qui héritera de la fortune de Nina Wang Kung Yu-sum, femme la plus riche d’Asie et personnage haut en couleurs, vient de s’ouvrir et passionne déjà les médias hongkongais.Afficher l'image La statue de Nina Wang rappelle la vie de cette femme qui ne laissa pas les hongkongais indifférents

Nina Wang, décédée en avril 2007 d’un cancer, à l’âge de 69 ans, avait laissé derrière elle une fortune estimée entre 6,5 et 13 milliards de dollars américains, héritée de son mari, le fondateur de Chinachem un empire de l’immobilier à Hong Kong. La justice devra déterminer si Mme Wang a souhaité léguer l’intégralité de son pécule à la Fondation caritative Chinachem, gérée par son frère et ses soeurs, ou à son conseiller personnel en feng shui.

S’étant vue diagnostiquer un cancer 2004, Nina Wang était devenue encore un peu plus superstitieuse et aurait eu recours aux services de Tony Chan Chun-chuen, un homme d’affaires, pour organiser sa vie autour des principes du feng shui, art chinois de l’harmonie des énergies.

Tony Chan revendique l’ensemble de l’héritage. Selon lui, Nina Wang a signé en 2006 un testament par lequel elle lui cédait l’intégralité de sa fortune. Mais un autre testament, datant de 2002, attribue ses milliards à la Fondation caritative de Chinachem. Les avocats de cette dernière ont tenté de convaincre dès l’ouverture du procès de l’absence de valeur juridique du document présenté par Tony Chan. Selon eux, Mme Wang, déjà malade en 2006, n’aurait pas pu signer un tel acte. Il s’agirait plutôt d’un élément utilisé lors d’une « cérémonie de prolongation de vie » orchestrée par Tony Chan.

Les liens de Tony Chan et de Nina Wang devraient également être discutés dans les moindres détails. Tony Chan prétend avoir eu une longue relation avec Mme Wang et avoir essayé d’avoir un enfant avec elle. L’existence d’une relation pourrait légitimer ses prétentions à l’héritage et donner plus de sens au testament qu’il présente à la Cour. Mais pour les avocats de la Fondation Chinachem, Chan a déjà bien assez gagné avec les 2 milliards de dollars hongkongais qu’il aurait reçu en contrepartie de ses conseils en feng shui.

L’affaire ne devrait pas manquer de rebondissements et de révélations sur la vie de Nina Wang, ce personnage qui a longtemps intrigué les hongkongais. Dans l’ancienne colonie britannique, elle était connue pour son look – deux nattes de jeune fille et des jupes courtes très colorées – immortalisé par une statue devant le siège de Chinachem. Elle était également célèbre pour son mode de vie frugal, contrastant avec sa richesse hors-normes. Mme Wang s’habillait dans des boutiques populaires, demandait à emporter les assiettes à moitié pleines à la fin de repas dans les restaurants les plus chers de la planète et était adepte de l’enseigne Mc Donald’s.

Mercredi 13 mai, au troisième jour des audiences d’un procès qui devrait durer 8 semaines, Heng Kim Thiam, un témoin de Chinachem, a expliqué à la Cour que Nina Wang regrettait de ne pas s’être vue remettre le Prix Nobel de la paix. Selon lui, Mme Wang avait joué de son influence pour inciter le gouvernement de la République Populaire de Chine et le dalaï lama à entamer des discussions. Il n’a pas su préciser si ses efforts avaient été couronnés de succès.

Les médias de la Région administrative spéciale n’ont pas manqué de souligner que cette guerre juridique pour l’empire Chinachem en rappelle étrangement une précédente. En 1999, neuf ans après son second enlèvement, Teddy Wang, le mari de Nina et fondateur de Chinachem, avait été déclaré mort sans que son corps soit retrouvé.

Le beau-père de Nina Wang prétendait également à l’héritage et avait insisté pour que la justice reconnaisse la mort du milliardaire, pour que soit ouverte sa succession. S’en était suivi un feuilleton judiciaire à rebondissements. Il avait alors fallu que celle que Hong Kong surnommait « Little Sweetie » bataille jusqu’en 2005 devant les tribunaux pour devenir la femme la plus riche d’Asie.


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