Meurtre de la mère d'Ibrahima : les ratés de la justice

anja Pozgaj, mère du petit Ibrahima, 18 mois, est morte, poignardée par son ex-compagnon, mardi 16 février à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne). Depuis plusieurs mois, la jeune femme était harcelée par cet homme connu de la justice pour des violences répétées contre des femmes. Elle alertait sans relâche, la police, la justice, le maire de sa commune. En vain. Tanja a été tuée par Mahamadou Doucouré, le père du petit Ibrahima, qui la terrorisait.

L’homme a été placé en détention provisoire vendredi 19 février, et mis en examen « pour meurtre avec préméditation sur une ancienne compagne » et « pour enlèvement d’un mineur de moins de 15 ans ». Ces deux crimes sont passibles de la réclusion à perpétuité.

La tragédie de Tanja aurait-elle été évitée, si les autorités l’avaient mieux protégée en éloignant Mahamadou de Fontenay ? Le père et le frère de la jeune femme en sont convaincus.

Et c’est aussi ce que semble penser le maire de Fontenay-sous-Bois, Jean-François Voguet. Le 26 novembre, celui-ci avait écrit au préfet du Val-de-Marne, Michel Camux, afin que les services de l’Etat aident Tanja à trouver un logement « en dehors de Fontenay ». « Mme Pozgaj se bat quotidiennement pour garder une dignité plus que mise à mal, et protéger son enfant, ayant reçu des menaces de mort par son ex-mari (son compagnon, ils ne sont pas mariés) », précisait l’édile dans ce courrier, dont Le Monde a eu connaissance. Il interférait afin que, au « regard de la détresse de cette femme », le préfet examine « en urgence » ce dossier. La missive est restée lettre morte.

Mahamadou Doucouré, 28 ans, a été interpellé mardi vers 23 heures à Châtillon (Hauts-de-Seine) dans l’appartement où il cachait son fils, qu’il avait kidnappé dans la matinée, avec l’aide d’un complice, lui aussi incarcéré. Le corps de Tanja, 26 ans, avait été découvert lardé de coups de couteau en début de matinée dans l’appartement de son père, à Fontenay-sous-Bois, où elle vivait avec Ibrahima.

Mahamadou Doucouré a reconnu, lors de sa garde à vue, être l’auteur du meurtre. Avant de s’en prendre à Tanja, il avait été impliqué dans plusieurs affaires. Notamment un viol en réunion commis en 2001 et toujours à l’instruction au tribunal de grande instance de Créteil. Il avait séjourné un an en prison, de juin 2006 à juin 2007. Son casier judiciaire comporte trois condamnations, dont une datant du 30 août 2002 pour violence sur conjoint et menaces de mort réitérées.

Depuis plusieurs mois, il multipliait les menaces à l’endroit de Tanja. Visiblement, il ne supportait pas la décision du juge aux affaires familiales de Créteil qui, en 2009, avait confié la garde d’Ibrahima à sa mère, avec un droit de visite pour le père, les week-ends, toutes les deux semaines. Il la harcelait de coups de téléphone malveillants – 205 appels ont été relevés entre le 23 septembre 2009 et le 4 janvier. Fin 2009, il lui écrit : « La façon dont tu me parles ces derniers jours me donne envie de te faire fermer ta gueule à vie. »

Tanja s’était plainte plusieurs fois – entre quatre et onze selon les sources – au commissariat de Fontenay-sous-Bois. « Elle n’y allait pas pour boire le thé, mais pour faire état des menaces de mort », s’indigne Me Marie-France Fontana, l’avocate de la famille Pozgaj. « A chaque fois, elle venait là pour déposer plainte », insiste-t-elle. Pourtant, le parquet de Créteil est formel, aucune plainte n’a été enregistrée avant le 4 janvier. Jusqu’à cette date, seules des mains courantes – simples déclarations – attestent des visites de Tanja à la police. Selon un magistrat joint par Le Monde et qui souhaite rester anonyme, il est fréquent que les policiers refusent d’enregistrer les plaintes car elles entrent dans le calcul des chiffres de la délinquance, alors que les mains courantes ne figurent dans aucune statistique.

A la suite de ces menaces, Mahamadou avait été déféré au parquet de Créteil le 7 janvier, et condamné le 9 février à quatre mois de prison avec sursis. La peine était assortie d’une interdiction d’entrer en contact avec son ex-compagne et d’un contrôle judiciaire avec résidence chez ses parents, à Fontenay-sous-Bois, à quelques centaines de mètres de chez sa future victime… Une bizarrerie d’autant plus étonnante que Mahamadou Doucouré était déjà sous le coup d’un contrôle judiciaire qui lui interdisait de demeurer dans le Val-de-Marne depuis juin 2007.

Yves Bordenave

La ministre de la justice propose un bracelet GPS
Michèle Alliot-Marie, la ministre de la justice, devrait prochainement présenter, au Parlement, un nouveau dispositif concernant le bracelet électronique déjà expérimenté en Espagne. Le bracelet, relié à un GPS, permettrait de suivre en temps réel son porteur et de s’assurer que celui-ci respecte les interdictions d’entrer en contact avec des personnes. La discussion aura lieu jeudi 25 février dans le cadre d’une proposition de loi consensuelle visant à renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes par leurs ex-maris ou ex-compagnons. Le texte prévoit la mise en place d’une « ordonnance de protection », qui obligerait le conjoint violent à quitter le domicile conjugal.

Article paru dans l’édition du 21.02.10
LE MONDE | 20.02.10 | 14h11  •  Mis à jour le 20.02.10 | 14h11
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