|  COUR D’ASSISES DU PAS-DE-CALAIS |

Dans la salle de la cour d’assises du Pas-de-Calais, à Saint-Omer, hier, la tension était pesante, l’atmosphère lourde. …

D’abord par la gravité des faits (les deux accusés sont poursuivis pour viol en réunion), ensuite par le profil des deux occupants du box et de leur victime. Trois personnes souffrant de débilité plus ou moins profonde et placés sous tutelle ou curatelle. Autant dire que la cour doit faire preuve de patience et répéter à plusieurs reprises les questions pour bien se faire comprendre.

Nous l’appellerons Pierre. Il est né en 1969. Depuis les années 2000, il vit avec Sylvie, rencontrée dans un foyer spécialisé dans l’Arrageois. C’est là aussi qu’ils feront la connaissance d’Antoine (34 ans). Le 4 octobre 2007, Sylvie dépose plainte au commissariat d’Arras pour des coups de poings. Elle avoue aux enquêteurs que ce ne sont pas les premiers qu’elle reçoit auditionnée une deuxième fois, elle reconnaît même avoir été victime d’un viol commis par Pierre et Antoine. Interpellés, les deux mis en cause reconnaissent sans problème les faits. Pierre avance une explication à peine croyable qu’il a répétée à l’envi, hier après-midi, lors de la première journée de procès. « Je voulais un enfant avec Sylvie, mais ça ne marchait pas.

Je me suis dit que ça venait peut-être de moi, alors j’ai demandé à Antoine de faire l’amour avec ma copine ! » Vraie motivation « compréhensible » au regard de son intelligence limitée, ou dissimulation de son excitation de participer à une partie à trois ? Ce qui est certain, et nié par personne, c’est le refus de la victime d’y participer. « J’ai vu dans son regard qu’elle ne voulait pas », reconnaît Antoine entre deux longues périodes de silence. Lui non plus ne voulait pas, c’est son copain qui l’hébergeait chez lui depuis quelques jours qui l’a forcé.

La cour tente d’y voir clair et pose et repose les questions aux accusés, à la victime. Il semble avéré que Pierre a parlé de son idée à Antoine et que Sylvie était bien opposée. Il aurait commencé à faire l’amour avec sa compagne avant de « céder sa place », demandant à son ami de jouir en elle pour avoir un bébé. A-t-il maintenu sa victime comme elle le prétend ? Lui s’en défend.

Toujours selon Sylvie, le viol n’aurait pas été le seul commis par son concubin. À plusieurs reprises, il lui a imposé des relations sexuelles mais ne comprend pas qu’à la cour d’assises, on appelle cela un viol. « Ah non ! Un viol c’est quand on n’aime pas. Là, il n’y a pas de problème, c’est ma copine. » Et, oui, il exprime des regrets. Mais pas vraiment à destination de sa victime. « Elle souffre. Moi aussi. Je suis en prison. Oui je regrette parce que je suis en détention maintenant. » Et pour justifier son comportement, il se réfugie derrière son caractère : « Je suis impulsif, agressif. Je donnais des coups de poings, des claques. Mais pas trop fort, je voulais pas qu’elle ait des bleus. Sinon j’aurais pu aller en prison. Je savais ce que je faisais. » Il sait aussi qu’il fait peur, à sa concubine, à son copain aussi. Ce dernier est décrit comme très influençable, vite paniqué quand on hausse un peu la voix. Et c’est pourtant lui qui adressera à la victime les regrets les plus sincères.

Le procès continue lundi et peut-être mardi. On attend notamment les rapports d’expertise des psychiatres pour comprendre si les accusés, et notamment Pierre, ont vraiment conscience de l’acte qu’ils ont commis. À l’heure des plaidoiries, les avocats auront en tout cas beaucoup à faire pour changer l’image de leurs clients (et encore une fois surtout de Pierre). •

EMMANUEL CRÉPELLE

Les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat de la victime.

samedi 24.04.2010, 05:02 – La Voix du Nord

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