Huit et quinze ans de prison pour la mort d'un sexagénaire homosexuel à Cambrai

vendredi 11.12.2009, 05:04 PAR MARIE-CAROLINE DEBAENE

 Me Billet (à gauche) et Me Douez ont plaidé, hier, pour la défense des accusés. PHOTO ÉMILIE DENIS Me Billet (à gauche) et Me Douez ont plaidé, hier, pour la défense des accusés. PHOTO ÉMILIE DENIS

| ASSISES DU NORD |

Hier, après quatre jours d’audience, la cour d’assises du Nord a rendu son verdict sur la mort d’un sexagénaire homosexuel en janvier 2008 au jardin public de Cambrai. Les deux accusés ont été condamnés à huit ans et quinze ans de prison.

« L’un des enjeux de ce procès est le contexte dans lequel les agressions ont été commises, en clair le caractère homophobe ou non », rappelait mardi le président, M. Faure. Durant ces quatre jours, la cour a voulu comprendre ce qui a poussé Kevin Boucher, 20 ans, et Cédric Thomasse, 28 ans, à ce déchaînement de violence. Ils devaient répondre de deux chefs d’inculpation : celui de vol et violences en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner pour la victime décédée et, de vol et violences en réunion en raison de l’orientation sexuelle sur deux victimes homosexuelles.

« Sanction exemplaire et dissuasive »

Ce 19 janvier 2008, après avoir agressé leurs deux premières victimes, ils ont violenté le sexagénaire dans ce jardin connu pour ses rencontres homosexuelles. Il a été roué de coups puis abandonné, à moitié nu, à l’agonie. L’homme a succombé à ses blessures plusieurs heures après l’agression.

À chaque fois, Kevin Boucher frappe en premier. Il est celui qui « impulse ». Il est ce jeune adulte qui se présente à la cour, le torse en avant, sans trembler. Il est cet homme qui se serait lancé dans une « chasse aux pédés », selon les dépositions des résidants de son foyer d’hébergement à Cambrai. Lui, nie son homophobie et révèle à la cour son homosexualité. « Je n’assume pas complètement ce que je suis. » Cédric Thomasse, père de trois enfants, au casier judiciaire vierge, aurait suivi pour « faire comme son copain ». Les parties civiles, représentées par Me Herbin et par Me Geoffroy (au nom du Collectif contre l’homophobie) ont parlé du « procès de l’ignominie ». L’avocat général a requis de lourdes peines, de 20 et 25 ans de réclusion criminelle. « La sanction doit être exemplaire et dissuasive. » Me Billet, conseil de Kevin Boucher, a demandé à la cour « la juste peine ». « Ne faites pas de ce procès ce qu’il n’est pas. Pour l’exemple, les accusés devraient prendre plus pour dissuader les autres ! » La cour a finalement condamné Cédric Thomasse à huit ans et Kevin Boucher à quinze ans d’emprisonnement. Si le caractère homophobe a été reconnu dans l’affaire connexe, il n’a pas été requalifié pour le crime.

0 réponses

Répondre

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.