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Si avocats et magistrats ne regrettent guère Rachida Dati, le transfert de Michèle Alliot-Marie du ministère de l’Intérieur à celui de la Justice est ressenti par certains comme une « reprise en main » de la justice et un « symbole très inquiétant ».

La passation de pouvoir entre Michèle Alliot-Marie et Rachida Dati (Sipa)

La passation de pouvoir entre Michèle Alliot-Marie et Rachida Dati (Sipa)

La nomination de Michèle Alliot-Marie comme ministre d’État, ministre de la Justice et des Libertés suscite des réactions contrastées dans le monde judiciaire, mercredi 24 juin. Si Rachida Dati ne sera que peu regrettée, le transfert de MAM du ministère de l’Intérieur à celui de la Justice est perçu par certains magistrats comme une « reprise en main » de la justice et un « symbole très inquiétant ».
L’Union syndicale de la magistrature (USM, majoritaire) salue un « signe d’apaisement » dans le remplacement de Rachida Dati par Michèle Alliot-Marie, mais se dit « vigilante ». Sa vice-présidente, Catherine Vandier, interrogée par nouvelobs.com, affirme que « cette arrivée ne peut être que positive », car « les relations que nous avions avec Rachida Dati étaient très mauvaises ». Elle voit Michèle Alliot-Marie comme « une femme de dialogue », » qui a une connaissance des dossiers de fonds et qui travaille énormément ». « Cependant, nous restons vigilants. Nous savons que Michèle Alliot-Marie sera soumise à la volonté présidentielle. Nous attendons d’elle qu’elle donne des signes forts de respect envers les magistrats et qu’elle restaure un climat de confiance, mis à mal par Rachida Dati », déclare-t-elle.

« La justice, accessoire de l’Intérieur » pour Barella

Le Syndicat de la Magistrature (SM, gauche) dénonce par la voix de son secrétaire général, Matthieu Bonduelle, « un symbole fort et très inquiétant », qui évoque « un durcissement de ton », dans le transfert de MAM. « Il va falloir que Michèle Alliot-Marie comprenne rapidement que la police, ce n’est pas la justice. On peut craindre qu’il y ait un poids énorme des questions sécuritaires sur la Justice », a-t-il déclaré. « On ne peut que souhaiter à Michèle Alliot-Marie qu’elle conquiert une certaine indépendance vis-à-vis de l’Elysée, mais cela semble difficile ». Le SM voit enfin « une sorte d’ironie tragique dans son nouveau titre de ministre des Libertés, sachant que lorsqu’elle était ministre de l’Intérieur, elle a contribué à rogner les libertés (fichier Edvige, affaire de Tarnac… ) »
Dominique Barella, magistrat, ancien président de l’USM, se dit lui « inquiet, ou pour le moins plus qu’interrogatif ». « Ce passage direct de l’Intérieur à la Justice est volontairement extrêmement lourd en termes de symbole. La Justice devient un accessoire de l’Intérieur, et les libertés publiques sont traitées comme des accessoires gênants vis-à-vis de la reprise en main sécuritaire », a-t-il indiqué à nouvelobs.com. « Le passage de MAM place Beauvau a été marqué par une flambée du nombre des gardes à vue (qui en grande partie ne débouchent sur aucune condamnation), alors que le ministre de la Justice est le gardien des libertés publiques et de la Constitution. Va-t-elle soudain transmuter ? Et va-t-elle emmener avec elle ses collaborateurs de la place Beauvau ? », s’interroge Dominique Barella, qui reconnaît néanmoins que « l’avantage de Michèle Alliot-Marie, c’est qu’elle travaille, qu’elle est sérieuse, qu’elle sait gérer un ministère ».

« Aucun préjugé », affirme Montgolfier

Le procureur de Nice, Eric de Montgolfier, ne « voit pas de symbole particulier » dans le transfert de MAM. « Quand quelqu’un a le sens de l’Etat, un changement de casquette n’a pas d’importance. Michèle Alliot-Marie a démontré de grandes capacités, et je n’ai aucun préjugé à son encontre », a-t-il affirmé, soulignant qu' »il y a toujours une mainmise sur la justice, quel que soit le régime, quel que soit le gouvernement. Le rôle même du garde des Sceaux, à la fois à la tête de l’autorité judiciaire et membre du gouvernement, fait que la justice est l’instrument du pouvoir politique ».
Philippe Bilger, avocat général à la Cour d’appel de Paris, voit plutôt d’un bon œil cette nomination. « C’est l’atypisme qui quitte la place Vendôme, pour la rigueur et le classicisme. Michèle Alliot-Marie a une connaissance du droit qui lui permettra d’embrasser pleinement sa nouvelle fonction. Je ne pense pas que son passage de l’Intérieur à la Justice soit un problème », a-t-il affirmé à nouvelobs.com.

« Un pauvre petit symbole minable » pour Thierry Lévy

Un avis que l’avocat pénaliste Thierry Lévy, qui voit dans la nomination de MAM « un pauvre petit symbole minable », ne partage pas. « Les lois existent, quel que soit le ministre. Ce passage de Michèle Alliot-Marie de la place Beauvau à la place Vendôme a sans aucun doute une signification symbolique, mais ce n’est qu’un pauvre petit symbole minable. Pourquoi une reprise en main? Parce que MAM est quelqu’un de monolithique, maladroit, qui a des œillères, qui ne réfléchit pas beaucoup ? Il sera difficile de faire pire que Rachida Dati, mais ça ne sera sûrement pas mieux », a-t-il déclaré à nouvelobs.com.
La présidente de la Fédération nationale des unions des jeunes avocats (FNUJA), Camille Maury estime quant à elle qu' »on ne peut que se réjouir de l’arrivée de Michèle Alliot-Marie à la Justice, et l’en féliciter, en espérant qu’elle sera plus à notre écoute que ne l’a été Rachida Dati, qui nous a souvent témoigné une indifférence proche du mépris. » Concernant le travail de MAM, « on s’attend à ce que la nouvelle ministre ait pour priorité de rétablir le dialogue avec les avocats et les autres acteurs du monde judiciaire et qu’elle s’attelle à les problèmes criants que rencontre notre justice ».
Pour Céline Verzeletti, secrétaire générale de la CGT pénitentiaire, l’arrivée de Michèle Alliot-Marie importe peu. « On ne s’attend pas à ce que la situation s’améliore avec le changement de ministre », a-t-elle affirmé à nouvelobs.com. Elle estime que « ce n’est pas Michèle Alliot-Marie qui décidera, elle suivra la ligné tracée par Nicolas Sarkozy et exécutera ce qu’il lui dictera ». « Que ce soit elle ou quelqu’un d’autre c’est la même chose », a-t-elle ajouté.

(Nouvelobs.com)

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