La justice ne rend pas à Agnelet ses notes énigmatiques

La cour d’appel d’Aix-en-Provence a refusé, mardi, la restitution à Jean-Maurice Agnelet de cinq ouvrages de La Pléiade, qui ont sûrement étayé la conviction des jurés dans la culpabilité de l’ancien avocat dans l’assassinat d’Agnès Le Roux

Jean-Maurice Agnelet avait obtenu un non-lieu en 1985.

Photo Jean-Eric Ely

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La cour d’appel d’Aix-en-Provence a refusé, mardi, la restitution à Jean-Maurice Agnelet de cinq ouvrages de La Pléiade, placés sous scellé judiciaire depuis le 19 septembre 1979. Ces livres-là sont d’importantes pièces à conviction qui ont sûrement étayé la conviction des jurés dans la culpabilité de l’ancien avocat.

Condamné par la cour d’assises d’appel des Bouches-du-Rhône, le 11 octobre 2007, à vingt ans de réclusion criminelle pour l’assassinat d’Agnès Le Roux, l’héritière d’un célébre casino niçois, disparue lors du week-end de la Toussaint 1977, l’ancien avocat a aussitôt déposé un pourvoi en cassation.

Toute personne dispose de six mois, à compter de la date où le dossier est définitivement clos, pour réclamer la restitution des objets saisis durant l’enquête. A l’exception de ceux qui sont interdits ou présentent un danger (armes, stupéfiants notamment)… Dans cette affaire débutée il y a 31 ans, la clôture est intervenue avec le rejet par la Cour de cassation, le 15 octobre 2008, du pourvoi déposé par Jean-Maurice Agnelet contre sa condamnation.

Pourquoi vouloir récupérer ces cinq tomes de La Pléïade ? « C’est son bien, il est normal qu’il le réclame« , indique son défenseur, François Saint-Pierre. Lorsqu’il venait plaider à la cour d’appel d’Aix, Me Agnelet avait pour manie d’acheter un opus de La Pléiade qu’il annotait de la date, du nom de l’affaire, éventuellement la chambre devant laquelle elle avait été plaidée.

Cinq volumes dérogeaient à cette règle et font explicitement référence au Palais de la Méditerranée-Palais Vénitien, sous le sigle PM/PV. L’avocat-amant d’Agnès Le Roux avait poussé celle-ci à trahir sa mère, Renée Le Roux, pour permettre la prise de contrôle de l’établissement par un concurrent, Jean-Dominique Fratoni. Une trahison rémunérée – environ deux millions de francs.
Une trahison dont l’accusation retrouve le scénario caché dans les annotations des livres de La Pléïade.

Le premier, Montaigne Oeuvres complètes, porte l’inscription « 17 mai 1977-Genève-PM/PV- amitiés« . La veille, une partie de l’argent de Fratoni, a été versée sur les comptes suisses d’Agnès. Sur André Gide Journal, figure « 30 juin 1977-sécurité PM/PV« . C’est le jour de l’assemblée générale du casino au cours de laquelle la fille a voté contre sa mère, assurant le versement de la deuxième partie de la rémunération promise par Fratoni.

Sur Rimbaud, Oeuvres complètes, on lit « le 7 octobre 1977- le bateau ivre- classement dossiers PM/PV« . C’est le jour de l’hospitalisation d’Agnès Le Roux pour une seconde tentative de suicide. Le cinquième tome Hemingway, tomes 1 et 2 conclut cette étonnante série : « mercredi 2 novembre 1977, reclassement dossiers PM/PV Liberté« . Agnès a disparu entre le 27 octobre et le 2 novembre. « Liberté » a toujours résonné aux yeux de l’accusation, comme la peuve que Jean-Maurice Agnelet sait que sa maîtresse est morte et qu’il va disposer de la totalité du pactole de Fratoni.

« Le parquet général d’Aix refuse de rendre ces livres, selon François Saint-Pierre, car j’ai saisi la Cour Européenne des Droits de l’Homme et si la France est condamnée, il faudra organiser un troisième procès ». Pour justifier son refus, la cour d’appel a estimé que les bouquins, saisis à Cantaron (Alpes-Maritimes), appartiennent en réalité à l’ex-épouse de Jean-Maurice Agnelet, celui-ci ayant en 1979 quitté le domicile conjugal.

Une seconde requête en restitution vient d’être déposée pour tenter de récupérer des ordinateurs saisis, en 2000, au domicile de Jean-Maurice Agnelet, à Chambéry. Toujours incarcéré à la prison de Luynes à Aix-en-Provence, l’ancien avocat, âgé de 71 ans, devrait être prochainement transféré en centrale ou en centre de détention.

Luc Leroux (lleroux@laprovence-presse.fr

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