Disparus dans la nature après avoir siphonné les caisses de l’usine de Nouzonville (Ardennes), deux entrepreneurs américains sont jugés ce matin.

Repreneurs en 2004, fossoyeurs en 2006 et pillards, dans ce bref laps de temps, des ateliers d’estampage Thomé-Génot à Nouzonville dans les Ardennes, Greg Willis, PDG, et Catherine Zickfeld, son adjointe, sont convoqués ce matin devant le tribunal correctionnel de Reims (Marne). Mais, on le sait déjà, ils ne seront pas là. Deux ans et demi après un dépôt de bilan organisé, les deux ressortissants américains qui, par le biais de Catalina, une coquille vide montée à la hâte aux États-Unis afin d’éblouir, avec succès, hélas, le tribunal de commerce de Charleville-Mézières lors de la procédure de désignation du repreneur, sont poursuivis pour « abus de biens sociaux, recel et banqueroute par détournement ». En clair, Catalina a siphonné les caisses d’une entreprise historique longtemps leader mondial sur le marché des pôles d’alternateur pour l’automobile : main basse sur les biens immobiliers (un immeuble parisien et des maisons ouvrières à Nouzonville vendus pour 1,7 million d’euros), versement de salaires mirobolants aux dirigeants (78 000 dollars par mois), « honoraires » versés aux patrons pour des missions de « consultants » (460 000 euros), confiscation d’un « prêt » de près d’un million de dollars versés par Ford afin de garantir son approvisionnement en pièces… L’instruction est accablante pour les prévenus, désignés lors de la campagne à la présidentielle comme des symboles des « patrons voyous ». L’indignation est générale : de Nicolas Sarkozy à Laurence Parisot, tout le monde condamne.

« Au moment du dépôt de bilan, grâce à la lutte, il y avait eu un battage énorme autour de l’affaire Thomé-Génot, mais aujourd’hui on a un peu l’impression que tout le monde s’en lave les mains, regrette Xavier Médeau, l’avocat des anciens salariés. On nous la joue emballé, c’est pesé, pour qu’on puisse tourner la page. Le dossier est bien ficelé, les prévenus ne vont pas comparaître, mais ils seront sans doute condamnés… Il n’y a pas de quoi être fier pourtant parce qu’on n’a même pas réussi à retrouver les gens de Catalina et qu’on risque de passer à côté des responsabilités du tribunal de commerce ou du conseil général. » Pour Yannick Langrenez, président de l’association des anciens de Thomé-Génot, « on va se servir de la condamnation attendue des gars de Catalina dans l’action qu’on compte mener ensuite contre le tribunal de commerce. Cela va aussi permettre de nous rendre à tous notre dignité. »

Thomas Lemahieu

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