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BERLIN CORRESPONDANCE

ls sont trois, dont deux Allemands. Trois islamistes qui projetaient de perpétrer, dans le pays où ils ont grandi, des attentats encore plus violents que ceux de Madrid (11 mars 2004, 191 morts) et de Londres (7 juillet 2005, 56 morts).

Sur le banc des accusés, les convertis Fritz Gelowicz et Daniel Schneider, ainsi que le Turc Adem Yilmaz, comparaissent à partir de mercredi 22 avril devant la cour d’assises spéciale de Düsseldorf pour un procès antiterroriste qui pourrait durer deux ans. Ils doivent répondre d’appartenance à une organisation terroriste étrangère, l’Union du djihad islamique (UJI), et de préparation d’attentats à l’explosif. Selon l’accusation, le groupuscule voulait punir l’Allemagne pour son engagement en Afghanistan.

La police avait démantelé, en septembre 2007, au terme d’une enquête, la « cellule du Sauerland », du nom de cette région du sud-ouest où ont été arrêtés les accusés. L’Allemagne découvrait avec stupeur l’existence, sur son sol, du terrorisme « de terroir ». « Cela a vraiment été une cassure, affirme Rolf Tophoven, l’un des principaux experts du sujet outre-Rhin. Depuis, ce phénomène préoccupe les forces de sécurité. D’autant que les terroristes issus de la communauté des convertis sont souvent plus difficiles à repérer. »

Chef présumé de la cellule, Fritz Gelowicz, 29 ans, vient d’une famille aisée d’Ulm (sud-ouest). En recherche d’un sens à donner à sa vie, ce fils d’un couple divorcé d’ingénieur et de médecin s’est converti à l’islam à l’âge de 18 ans. Il s’est radicalisé au contact de la communauté islamiste d’Ulm, considérée comme un vivier pour les djihadistes allemands.

VIDÉOS EN LANGUE ALLEMANDE

Après avoir suivi des cours d’arabe à Damas en 2005, il a rejoint un camp de l’UJI au Pakistan, au printemps 2006. Il était accompagné d’Adem Yilmaz, 30 ans, qui vit en Allemagne depuis l’enfance. A l’image de Fritz Gelowicz, Daniel Schneider, 23 ans, est issu d’un milieu social favorisé, et il s’est tourné très jeune vers un islam radical. Ce Sarrois de Neunkirchen a suivi des cours d’arabe en Egypte en 2006, avant de rejoindre le camp d’entraînement de l’UJI.

Le parcours des deux Allemands a soulevé des interrogations sur le phénomène des convertis. L’Allemagne en compte plus de 21 000, selon l’Institut central des archives de l’islam. L’exactitude de ce chiffre est discutable, car il résulte de sondages partiels menés auprès des associations musulmanes. Une certitude toutefois : le nombre de conversions augmente, le phénomène se serait même considérablement accéléré ces dernières années. La pratique d’un islam modéré est la règle chez les convertis, même s’ils sont souvent « plus fervents, plus stricts », décrit Salim Abdullah, de l’Institut des archives de l’islam. Un nombre infime se laisse séduire par la doctrine islamiste. Pour les recruteurs d’organisations extrémistes, ces profils sont bienvenus : les convertis passent plus inaperçus.

Selon les autorités, quelque 150 personnes venues d’Allemagne ont séjourné au cours des dix dernières années dans des camps d’entraînement proches de la mouvance Al-Qaida, dont une douzaine de convertis. Ainsi, Eric Breininger, originaire de Neunkirchen, est sous le coup d’un mandat d’arrêt international depuis l’automne 2008, après avoir adressé un message d’avertissement à l’Allemagne depuis un camp à la frontière pakistano-afghane. Ces derniers mois, le pays a d’ailleurs été régulièrement menacé par des vidéos diffusées en langue allemande.

Marie de Vergès
Article paru dans l’édition du 22.04.09

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