José David (à gauche) écope de 25 années de réclusion criminelle, Jacky Salle, son complice (à droite), de 16 ans.  Quant à Ronny Auth (au centre), il a été acquitté / Christophe Busti


José David (à gauche) écope de 25 années de réclusion criminelle, Jacky Salle, son complice (à droite), de 16 ans. Quant à Ronny Auth (au centre), il a été acquitté / Christophe Busti

La préméditation du meurtre maquillé en accident a été retenue par les jurés. Le complice « schizophrène » de l’époux a écopé de 16 ans et le confident du lendemain a été acquitté

Les quatre heures de la plaidoirie endiablée de Me Rippert n’auront rien changé au destin de José David. Il a été condamné pour l’assassinat de son épouse, le 20 août 2006, à son domicile de Saint-Clair-du-Rhône à 25 années de réclusion criminelle. Jacky Salle son complice, qui avait participé à la mise à mort et également tenté de faire croire au décès de Leticia Rey à un accident de la route, a écopé de 16 ans.

Quant à Ronny Auth qui avait recueilli les confidences du duo après le crime, il a été acquitté du délit de destruction ou modification de preuves. Un soulagement pour cet homme qui a agi sous le coup de la terreur mais a facilité grandement l’avancée de l’enquête. Les jurés ont donc revu à la baisse les visées d’un parquet général fixant la barre pour David à 30 ans et pour Salle entre 20 et 22 ans. Une condamnation pour le même motif mais qui reflète, dans l’esprit des jurés, une différence considérable entre un mari manipulateur et un suiveur malade et schizophrène. Mes Mahdjoub et Sébastien Sertelon ont choisi délibérément de se dissocier de la défense de « José le manipulateur » pour plaider en faveur de « Jacky le malade ». L’homme qu’on vient chercher pour effectuer la pire des besognes et qu’on tente d’orienter même en détention. Un Jacky, lunaire, délirant, mais diseur de vérité parce que « c’est mieux », celui qui, au final, peut croiser malgré l’horreur de son geste le regard des parents de Leticia parce qu’il a dit. Tout le contraire de David voué aux gémonies des avocats de Salle le schizophrène pour lequel sa mère a tout tenté en remuant ciel et terre pour qu’il soit réellement pris en charge. Dans son entame, Me Rippert s’en est pris avec violence à ces confrères décrits une fois encore « comme les collaborateurs de l’accusateur public ». Lors d’une plaidoirie tournant à la diatribe, celui qui court les barreaux en se présentant comme le pourfendeur des totalitarismes, ne s’est guère embarrassé pour traiter les témoins de « vipères », de « gratin de la mauvaise foi », voire d’incitateurs à « la dépravation », ou aux « cochonneries ». Une logorrhée fiévreuse qui a, sans doute, pollué une plaidoirie intelligente, incisive, déstabilisante pour les arguments de l’accusation, urticante pour les enquêteurs et les juges. Balayant les « certitudes de pacotilles », le redoutable plaideur grenoblois a sans doute ébranlé ce qui était considéré comme acquis : le mobile pour l’argent, le pseudo harcèlement de la victime, les violences antérieures non prouvées, les dépositions à géométrie variable. « Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage ». Un dicton asséné comme un syllogisme pendant ces quatre éprouvantes journées d’audience. A trop avoir la rage, on risque aussi de noyer son raisonnement même pour un ténor du barreau qui ira pousser de la voix sans doute devant la cour d’appel d’assises.

Michel Girod

le 04.07.2009 04h00

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