WASHINGTON – Le Tanzanien Ahmed Khalfan Ghailani, premier détenu de Guantanamo dont le procès s’ouvrira à New York en septembre 2010, demande à un juge fédéral d’abandonner les charges pesant contre lui pour son rôle dans les attentats contre des ambassades américaines en Afrique en 1998.

Dans une requête déposée devant le tribunal fédéral de Manhattan dont l’AFP s’est procuré copie mercredi, l’accusé âgé de 34 ans affirme que ce qui lui est arrivé depuis son arrestation en 2004 l’a empêché de bénéficier d’une procédure équitable et d’un « procès rapide », garantis par la Constitution américaine.

Le procès de M. Ghailani est très attendu aux Etats-Unis car il servira de test grandeur nature à celui des cinq accusés du 11-Septembre. Les six hommes ont en effet subi les mêmes conditions de détention et d’interrogation notamment dans les prisons secrètes de la CIA et à Guantanamo.

En revanche, le gouvernement ne prévoit pas de requérir la peine de mort contre le Tanzanien.

Dans une longue requête datée du 16 novembre mais qui n’a été publiée qu’après avoir été relue et censurée par le gouvernement, les avocats de M. Ghailani expliquent que leur client était visé par une plainte devant le même tribunal à New York depuis 1998. Pourtant, il n’a été formellement déféré qu’en juin dernier.

« Le gouvernement a pris la décision délibérée de l’incarcérer à l’isolement dans des prisons secrètes pendant deux ans, le soumettant à (…) +des techniques d’interrogatoires musclées+, même si une plainte contre lui existait et qu’il s’est montré coopératif dès le début de son incarcération », affirment les avocats.

Au contraire, ajoutent-ils, le gouvernement a voulu en faire un « atout pour le renseignement auquel il pouvait se fier au nom de la défense de notre pays ».

Mais selon eux, le risque pris en faisant ce choix contre le principe constitutionnel du droit à un « procès rapide » a des « conséquences ».

« Et ces conséquences doivent être à la hauteur, lorsque les moyens et méthodes utilisés par le gouvernement pour parvenir à son but comprennent des violences physiques et psychologiques systématiques, des violences tellement détestables que le gouvernement doit se réclamer de la sécurité nationale pour les justifier », estiment-ils.

Nommé à vie, le juge en charge du dossier, Lewis Kaplan, est complètement souverain pour trancher cette question. S’il donnait raison à M. Ghailani, le gouvernement pourrait faire appel et aller jusque devant la Cour suprême.

Les attentats contre les ambassades de Nairobi au Kenya et de Dar-es-Salam en Tanzanie ont fait au total 224 morts et plus de 5.000 blessés. M. Ghailani a 308 chefs d’accusation pesant contre lui.

(©AFP / 02 décembre 2009 22h45)

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