TOULOUSE — L’avocate générale s’est prononcée jeudi à Toulouse pour le rejet du mandat d’arrêt européen de l’Allemagne contre André Bamberski, pour l’enlèvement le 17 octobre du meurtrier présumé de sa fille Kalinka, le Dr Krombach, retrouvé en France le lendemain et écroué depuis.

La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse, où réside M. Bamberski, doit statuer sur la demande du parquet allemand de Kempten et a mis sa décision en délibéré au 10 décembre.

A l’audience jeudi, M. Bamberski a affirmé qu’il refusait d’être « livré aux autorités allemandes ».

L’avocate générale s’est prononcée pour le rejet de la demande allemande car « M. Bamberski est poursuivi à Mulhouse exactement pour les même faits et il y a lieu de privilégier la procédure française qui est sérieusement en cours ».

« Elle est plus complète », a-t-elle assuré, expliquant que « l’Autriche, qui a arrêté une autre personne dans cette affaire, Anton Krasnicqi, l’a remis aux autorités françaises, privilégiant le mandat de Mulhouse sur celui de Kempten ».

M. Bamberski, 72 ans, a reconnu, dès le 21 octobre, avoir donné son aval à l’enlèvement du cardiologue allemand, retrouvé ligoté à Mulhouse. Il a été mis en examen à Mulhouse pour « enlèvement », « séquestration », « association de malfaiteurs » et laissé libre sous contrôle judiciaire.

Dieter Krombach, 74 ans, avait été condamné en France en 1995 par contumace pour la mort en 1982 de la jeune Kalinka Bamberski, alors âgée de 14 ans. La fille de M. Bamberski et de la nouvelle compagne du Dr Krombach avait été retrouvée morte au domicile du médecin.

Malgré cette condamnation en France, l’Allemagne avait refusé de l’extrader parce que cette même affaire avait été classée sans suite par la justice allemande en 1982.

Le Dr Krombach est incarcéré depuis son « retour » sur le sol français dans l’attente d’un nouveau procès d’assises. Le 10 novembre, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a rejeté sa demande de remise en liberté.

L’avocat de M. Bamberski, Me Laurent de Caunes, a appuyé jeudi l’analyse du parquet général. « Il serait absurde d’envoyer M. Bamberski en Allemagne alors que M. Krasnicqi est en France et qu’une confrontation est prévue à Mulhouse » avec ce Kosovar, soupçonné d’avoir participé à l’enlèvement du médecin.

L’avocat s’est aussi insurgé contre le mandat allemand du 23 octobre alors que « l’Allemagne a toujours refusé d’appliquer les décisions de justice françaises contre Dieter Krombach ».

« Il s’agit pour elle de protéger son ressortissant. C’est une vision unilatérale de la coopération judiciaire et une rétorsion implicite contre M. Bamberski qui a fait échec à son système protectionniste », a-t-il ajouté.

En clôture de l’audience, M. Bamberski a rappelé qu’il avait reproché de longue date aux autorités françaises d’avoir « cédé aux pressions allemandes » en faveur de M. Krombach. « C’est à bout de patience, 25 ans après que j’ai été amené à accepter que Krombach soit amené en France », a-t-il déclaré.

« Il n’était plus possible que cette affaire tombe dans l’oubli sans que justice soit exercée et exécutée à la mémoire de ma fille », a dit le père de Kalinka.

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