De notre correspondante à Montpellier, Rose Garcia, le jeudi 19 novembre 2009 à 04:00

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« C’est affaire est démentielle. L’histoire d’un homme qui peut paraître normal mais qui a eu un comportement criminel digne du plus grand des truands. Il a fait preuve d’une parfaite maîtrise de soi et d’une incroyable froideur dans son comportement. » Me Sophie Bottai ajoute : « Son scénario était diabolique. » En début de semaine, devant la cour d’assises de l’Hérault, l’avocate marseillaise a représenté la famille d’Astrid B., 38 ans, totalement anéantie par les agissements d’un père de famille. Son nom : Fred Garcia. L’homme, 39 ans, vient d’être jugé à Montpellier pour avoir « arrêté, enlevé, détenu et séquestré comme otage sans libération volontaire avant le 7e jour » Astrid B., une jeune mère de famille, riche, dont la famille dispose de plusieurs supermarchés.

Le rapt

Le 9 octobre 2007, la jeune femme, 35 ans, se retrouve seule avec ses deux enfants, âgés de 3 et 5 ans, dans sa villa située dans l’arrière-pays héraultais. Son époux, qui dirige une grande surface dans la région, vient de partir travailler. Il est 8 h 30 quand, soudain, un bruit retentit. La porte coulissante du salon s’ouvre. Un individu, ganté, armé et muni d’une cagoule surgit. Il demande à la mère de famille que les enfants aillent à l’étage, dans leurs chambres. Le face à face commence.

L’individu se présente comme le représentant d’un gang de malfaiteurs chevronnés et demande à sa victime d’appeler sa mère. Une demi-heure plus tard, Nadine(*) arrive chez sa fille. Le malfaiteur l’y attend. Et lui explique la suite des événements. Il va emmener Ingrid. La famille a trois jours pour rassembler 400.000 euros. Le prix de la liberté pour Astrid. Bien entendu la police ne doit pas être avertie, menace le kidnappeur, qui s’éclipse dans la voiture de sa victime avec Astrid dans ses bagages.

Odeur pestilentielle

Il lui attache les mains, lui bande les yeux. Quelques kilomètres plus loin, la voiture s’arrête. La jeune femme est conduite dans un endroit clos où elle est allongée sur un matelas. L’odeur, pestilentielle, l’étouffe. Elle sent des rats qui l’attaquent. Tout autour d’elle, des cadavres de volailles jonchent le sol. Au-dessus de sa prison, elle entend des bruits, des éclats de voix. Il y a de la vie, des enfants jouent. Elle ne peut pas imaginer qu’elle est prisonnière dans le vide sanitaire de la maison de son agresseur et que les quatre enfants et l’épouse de ce dernier vivent là. Deux jours passent. Fred Garcia part chercher la rançon.

La voix posée, Astrid, devant la cour d’assises, raconte : « Je me suis dit que si je n’avais pas le courage, à ce moment précis, je n’aurai plus d’occasion. En crachant sur mes mains, j’ai réussi à faire glisser mes liens. J’ai vu des cages, accrochées au mur, avec des poules collées au grillage, et des rats qui sautaient pour les bouffer. Je me suis dit que j’allais me retrouver dans la cage d’à-côté, avec ces rats qui allaient me bouffer. Que j’allais mourir et qu’on ne me retrouverait jamais. Cette idée de mourir, c’était acquis. Ce qui me gênait, c’était de ne pouvoir voir mes filles entrer au CP, au collège… » Elle finira finalement par réussir à s’échapper, courir jusqu’au village où elle se réfugiera, terrorisée, dans une famille.

Terrible scénario

Lors des débats, les jurés ont découvert que Fred Garcia, électricien réputé mais mauvais gestionnaire, avait depuis quelques mois de gros soucis financiers. Pour essayer de repousser l’huissier qui frappait régulièrement à sa porte en lui réclamant 20.000 euros, il a imaginé un terrible scénario : prendre en otage une jeune femme dont tout le monde savait dans la région qu’il s’agissait d’une personne dont la famille disposait de beaucoup d’argent.

« Mon client est un homme décrit par tout le monde comme d’une droiture et d’une générosité sans faille, avant cette affaire il était inconnu de la justice et de la police. Il fait un super-boulot à des tarifs très bas, tout le monde en profite sauf lui, qui ne part jamais en vacances. Il n’arrive même plus à subvenir aux besoins élémentaires de sa famille. Il est le seul revenu, avec une épouse et quatre enfants à charge », a affirmé son avocat, Me Jean-Robert Nguyen Phung. Pour le pénaliste de Montpellier, ce fait divers pose d’ailleurs nombre de questions « Je suis attristé de voir que de plus en plus de gens qui travaillent comme des fous ne peuvent pas assurer une vie décente à leur famille. » Son client a été condamné à quinze ans de réclusion.

(*) Le prénom a été modifié

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