Le procès qui s’ouvre demain à Quimper va braquer ses projecteurs sur le monde glauque des bars à hôtesses. Fin 2005, Bernard Algret, dit «Bernard le Nantais», une figure des nuits chaudes brestoises, était enlevé à Bénodet (29), torturé, tué et jeté dans la Loire, près de Nantes.

C’est probablement l’une des affaires les plus sordides de ces dernières années que la cour d’assises du Finistère aura à juger, à partir de demain. Les faits s’étaient déroulés en décembre2005, à quelques jours de Noël. Bernard Algret, 59 ans, ancien patron de trois bars à hôtesses à Brest, avait mystérieusement disparu. Dans la maison qu’il louait à Bénodet, ses proches avaient trouvé des traces de lutte et énormément de sang. Le sien.

Coup de barre mortel

Quatre mois plus tard, fin avril, un promeneur découvrait son cadavre, lesté et entravé, en bord de Loire, à 45km de Nantes. Quelques jours après cette macabre découverte, cinq suspects étaient interpellés. L’enquête révélait que BernardAlgret avait été roué de coups et torturé avec une barre de fer, une matraque électrique et une perceuse. Victime d’un coup de barre de fer mortel à la tête, BernardAlgret avait ensuite été jeté dans la Loire. Selon l’instruction, il aurait été tué en raison de différends qui l’avaient opposé à l’un de ses anciens employés brestois, ChristianSoler, et surtout à un autre patron, nantais, de bars à hôtesses, Antonio Freitas. Ce dernier reprochait à Bernard Algret de l’avoir dénoncé et envoyé deux fois en prison.

L’ombre du «milieu» nantais

Antonio Freitas, 41 ans, dit «Tonio», n’est pas n’importe qui. Il est l’un des survivants du «milieu» nantais. Recruté comme gros bras à la fin des années80 par un certain «KingKong», de son vrai nom MichelChabot, chef des portiers des nuits nantaises, Tonio s’illustre rapidement, en participant à des rackets, à des vols avec violence, et en montant au braquage. Spécialité: le saucissonnage de commerçants. Pour ces faits, la cour d’assises de Loire-Atlantique lui inflige, en 1993, douzeannées de réclusion criminelle. Deux ans plus tard, il est coïnculpé du meurtre d’un patron de restaurant nantais, Michel Zinetti, ancien associé de l’étoile montante du milieu dans les années 75. Tonio sera cette fois-ci acquitté, faute de preuves, par la cour d’assises. Le corps de Zinetti n’a jamais été retrouvé. À sa sortie de prison, au début des années 2000, Tonio multiplie les déplacements en Espagne. C’est à cette époque qu’il achète deux bars de nuits à Nantes. Et c’est dans ce secteur qu’il comptait se développer. Jusqu’à son interpellation et son incarcération en 2006, dans le cadre du meurtre de «Bernard le Nantais». Depuis, Tonio a effectué pas moins de 18 demandes de remise en liberté. Toutes refusées.

«Jo», «Scarface», «Peter» et «Chiffon

» Trois autres personnes sont renvoyées devant la cour d’assises du Finistère pour «enlèvement et séquestration suivis de mort»: Rachid Harafane, JoëlBogaert et Pierre Kolye. Ce dernier, âgé de 30ans, dit «Peter», est le seul à avoir un casier judiciaire vierge. Ce Nantais s’était entiché d’une des hôtesses de Tonio. C’est pour la «racheter» qu’il aurait accepté de faire partie du commando à Bénodet. Selon lui, il n’était question que d’un simple cambriolage. Rachid Harafane, un Rouennais âgé de 38 ans, surnommé «Scarface», est une connaissance carcérale de Tonio. Tout comme JoëlBogaert, 33 ans, dit «Jo». L’instruction le présente comme un individu connu pour sa violence, homme de main de Tonio face aux débiteurs récalcitrants. Christian Soler, 46 ans, dit «Chiffon», au passé judiciaire chargé, est également accusé d’assassinat. Malgré leurs contestations, Antonio Freitas et Rachid Harafane sont aussi accusés d’actes de torture et de barbarie. Tous encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

* Hervé Chambonnière

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