Inass Touloub : trente-neuf ans après, les questions de Blois
Elle a attendu trente et un ans qu’on lui rende son nom. Trente-neuf ans après sa mort, c’est une cour d’assises qui doit entendre l’histoire d’Inass Touloub. À Blois, depuis le 2 novembre, les questions portent sur une fillette de quatre ans retrouvée sans vie en bordure de l’autoroute A10, sur les blessures constatées par les médecins et sur les responsabilités pénales que les jurés devront, au terme des débats, apprécier.
Le vendredi 6 novembre, sa mère Halima El Bakhti, 72 ans, a été interrogée devant la cour d’assises du Loir-et-Cher. À l’entendre selon les comptes rendus des journalistes présents, les souvenirs manquent, les réponses s’interrompent, les violences les plus graves ne sont pas reconnues. Elle admet des coups et des gifles mais dit ne pas se rappeler les morsures mentionnées dans les examens médico-légaux. C’est l’un des points de friction majeurs du procès : ce qui ressort des constatations médicales, d’un côté, et ce que les accusés disent pouvoir expliquer, de l’autre.
Une enfant retrouvée au bord de la route
Le 11 août 1987, une fillette est retrouvée morte près de Suèvres, dans le Loir-et-Cher. Son identité demeure inconnue pendant des décennies. Une investigation génétique permet en 2018 de remonter jusqu’à sa famille et de lui rendre son nom : Inass Touloub.
Sa mère comparaît pour des tortures ou actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner ; son père, Ahmed Touloub, est poursuivi pour complicité. Ce sont les qualifications retenues pour les poursuites, non des faits définitivement jugés. Les deux accusés contestent leur responsabilité pénale. La cour doit examiner les éléments matériels et les arguments des parties avant de statuer.
Les blessures et les réponses
Mercredi 4 novembre, la présentation de l’expertise médico-légale, décrivant notamment fractures, brûlures et morsures, a été suivie d’un malaise de la mère. L’audience a été suspendue. Deux jours plus tard, les débats ont repris avec son interrogatoire. Ces séquences sont connues grâce aux reportages publiés notamment par Le Monde, Le Parisien et La Dépêche du Midi. Intime Conviction ne prétend pas avoir été présent dans la salle.
Ce que ces comptes rendus dessinent, ce n’est pas un aveu judiciaire complet, encore moins un verdict. C’est une confrontation entre des blessures objectivées, les questions posées à l’accusée et des réponses qui ne les éclairent pas toutes. La différence est fondamentale. Les médecins constatent des lésions ; la justice doit rechercher leur origine et déterminer à qui elles sont imputables.
La situation du père fait, elle aussi, l’objet de discussions. Selon les informations publiées pendant la première semaine d’audience, la cour doit tenir compte de questions relatives à ses capacités à suivre les débats. Il serait prématuré d’en tirer une conclusion sur la suite de la procédure.
Ce que la cour devra décider
Les années passées n’ont pas effacé la nécessité d’établir, aussi précisément que possible, ce qui a été commis et par qui. Mais le temps a compliqué le travail judiciaire : souvenirs fragiles, déclarations divergentes, reconstitution des gestes et des responsabilités. Rien de cela ne dispense de respecter la présomption d’innocence.
Le procès reprend, selon le calendrier annoncé, la semaine du 9 novembre. Au 8 novembre, aucun verdict n’a été prononcé dans cette affaire. Reste donc l’essentiel du travail des assises : écouter, confronter les éléments et juger sans confondre la force des émotions avec celle de la preuve.
Sources
- Le Monde, Pascale Robert-Diard, 4 novembre 2026 : expertise et suspension de l’audience.
- La Dépêche du Midi / AFP, 6 novembre 2026 : interrogatoire de la mère.
- AFP / TV5MONDE, 2 novembre 2026 : ouverture du procès et positions des accusés.