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Olivio Gomes : la nuit de Poissy revient devant les assises

· Mis à jour le · Rédaction d’Intime Conviction · 4 min de lecture

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Trois coups de feu, une voiture qui redémarre et une question que six années de procédure n’ont pas refermée : le policier a-t-il tiré pour sauver sa vie ou a-t-il commis un homicide volontaire ? Une première cour d’assises a tranché. Une seconde doit maintenant reprendre le dossier.

Lundi 9 novembre, à Nanterre, s’ouvre, selon le calendrier annoncé, le procès en appel de Gilles G., ancien policier de la brigade anticriminalité parisienne. Le 27 mars 2026, à Versailles, il a été condamné à dix ans de réclusion criminelle pour le meurtre d’Olivio Gomes. Il a fait appel. Les jurés et magistrats des Hauts-de-Seine ne sont donc pas appelés à confirmer mécaniquement un premier verdict : ils devront examiner à nouveau les faits et les arguments des parties.

Au centre du procès, il y a une nuit d’octobre 2020 et deux façons irréconciliables de comprendre les mêmes secondes.

Une nuit, un trajet, trois tirs

Dans la nuit du 16 au 17 octobre 2020, Olivio Gomes rentre en voiture avec deux amis. Il a 28 ans et est père de famille. Sur le périphérique parisien, une équipe de la BAC de nuit commence à suivre sa Renault Clio. La filature se prolonge vers les Yvelines, par l’autoroute A13, jusqu’à Poissy, au pied de l’immeuble où il habite.

Le véhicule s’arrête. Gilles G. en descend, arme à la main. La Clio redémarre. Le policier tire trois fois. Le deuxième projectile atteint Olivio Gomes aux poumons et à l’aorte thoracique. Il meurt sur place. Ces éléments sont rapportés par l’AFP à partir du dossier et du premier procès.

Ce récit tient en quelques lignes. Les débats judiciaires, eux, se concentrent sur tout ce que ces lignes ne suffisent pas à résoudre : la trajectoire de la voiture, la place du tireur, le danger qu’il pouvait percevoir et l’alternative dont il disposait au moment où il a ouvert le feu.

Ce que les premiers juges ont retenu

Au procès de Versailles, Gilles G. a soutenu qu’il avait cru être sur le point d’être écrasé. Sa défense a invoqué la légitime défense : il aurait tiré pour échapper à un péril immédiat. Cette version a été discutée devant la cour d’assises des Yvelines.

La cour ne l’a pas retenue. Dans les motifs rendus publics le 27 mars 2026 et rapportés par Le Monde, elle a estimé que le véhicule ne fonçait pas sur le policier dans les conditions qu’il décrivait et que les tirs n’étaient ni nécessaires ni proportionnés. Pour caractériser l’homicide volontaire, les premiers juges ont également pris en compte l’arme utilisée, la répétition des tirs, leur proximité et les zones du corps visées.

Leur décision est grave : dix ans de réclusion criminelle, assortis d’une interdiction définitive d’exercer toute fonction publique. Elle n’est pourtant pas le dernier mot de la justice. L’appel ouvre un nouvel examen de l’affaire, et l’accusé doit être regardé dans ce procès selon les garanties qui s’attachent à sa situation procédurale.

Ce que signifie « légitime défense »

Le mot revient souvent dans les débats sur les tirs policiers. Il ne suffit pas, à lui seul, à décrire une situation ni à la résoudre.

L’article 122-5 du code pénal écarte la responsabilité pénale de celui qui, face à une atteinte injustifiée contre lui-même ou autrui, accomplit dans le même temps un acte nécessaire pour se défendre, sans disproportion entre les moyens employés et la gravité de l’atteinte. Dans une affaire d’homicide, la distinction est décisive : la crainte alléguée ne dispense pas d’apprécier la menace, l’urgence et la proportion de la riposte.

À Versailles, la défense et l’accusation ont proposé des lectures antagonistes du moment des tirs. Pour la défense, l’ancien policier a réagi à une menace qu’il estimait mortelle. Pour l’accusation, les circonstances n’imposaient pas d’ouvrir le feu. La cour a retenu cette seconde analyse en première instance. À Nanterre, la discussion reprendra devant une autre formation de jugement. Elle portera sur les faits, pas sur une question abstraite de soutien ou d’hostilité à la police.

Ce que l’appel remet en jeu

Pour les proches d’Olivio Gomes, le retour devant les assises implique de reprendre le récit d’une mort et d’entendre à nouveau des arguments déjà débattus. À quelques jours de l’ouverture, lors d’une conférence de presse rapportée par l’AFP, la famille et ses avocats ont dit attendre une nouvelle condamnation. Il s’agit de leur attente, et non d’une indication sur l’issue du procès.

Du côté de la défense, l’enjeu est tout aussi net : obtenir de la cour d’appel une appréciation différente des circonstances dans lesquelles les tirs ont été effectués. L’ancien policier doit comparaître libre, sous contrôle judiciaire, après sa remise en liberté en mai 2026 dans l’attente du second procès.

La juridiction d’appel doit donc examiner de nouveau ce qui s’est joué à Poissy. Rien ne permet d’écrire d’avance sa réponse. Le calendrier communiqué prévoit un verdict le 18 novembre 2026, date susceptible de changer au cours des débats.

Entre les tirs du 17 octobre 2020 et l’audience annoncée du 9 novembre 2026, les faits n’ont pas changé. Leur qualification pénale et l’appréciation des circonstances, elles, doivent être à nouveau soumises au contradictoire. C’est la raison d’être de ce second procès.

Sources et documents