Reportage Challenges.fr

Un procès opposant le groupe Casino à des membres de la famille Baud, fondatrice des magasins Franprix, s’est ouvert lundi devant le tribunal correctionnel de Paris.

(c) Reuters

LES parties se jaugent au nombre des robes noires présentes dans le prétoire. Une vingtaine d’avocats, presque autant que pour le procès Clearstream, se pressent devant la porte capitonnée de la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris. La fine fleur du barreau est là. Les bâtonniers Farthouat, Iweins, le vice-bâtonnier Le Borgne ou encore Paul Lombard et Hervé Temime. C’est hier, à 13h50 que s’est ouvert le premier procès qui oppose le groupe Casino à la famille Baud, fondatrice des magasins Franprix et Leader Price. Au cœur des débats, le financement présumé frauduleux de l’hôtel de luxe Agapa, situé à Perros-Guirec en Bretagne. A la barre sont appelés Robert Baud, propriétaire de l’établissement mais également son frère, Bernard, son cousin Christian ainsi que quatre fournisseurs.

Il est notamment reproché à ces prévenus d’avoir fait payer les rénovations de l’hôtel par les magasins Franprix et Leader Price, à l’occasion de surfacturation de travaux réalisés dans ces magasins par les entreprises AM Froid, SEI ou encore Réso Elec. On découvre aussi que des détournements de fonds ont permis à ces mêmes membres de la famille Baud de bénéficier de quelques cadeaux confortables. D’après le procès verbal de synthèse du rapport de police, SEI et Am Froid « offraient des cadeaux régulièrement à messieurs Christian Baud et Robert Baud, sous forme de voyages, de matériels électroménager ou hifi vidéo représentant au préjudice de Am Froid, un montant de 168.103 euros au profit de Robert Baud et 260.096 euros au profit de Christian Baud ». SEI a également financé pour 151.000 euros de voyage à Robert Baud et pour 7.193 euros au profit de son cousin Christian.

La défense demande dès le début de l’audience l’annulation de la procédure. Le vice-bâtonnier Le Borgne se lance dans une démonstration brillante selon laquelle une pièce « maîtresse » aurait disparu du dossier. Ce document, une lettre de dénonciation anonyme qui aurait accompagné les factures envoyées à la brigade de répression de la délinquance économique, apparaît en revanche dans un reportage diffusé par l’émission Enquête Exclusive, sur M6. Et voilà que toute la 11e chambre se retrouve en séance de projection privée de l’émission. A l’écran, le commissaire Patrice Demoly présente effectivement un courrier qui pourrait s’apparenter à ladite lettre. Il affirme dans ce sujet qu’un comptable a adressé au parquet de Paris un courrier révélant toute l’affaire. « Nous n’avons pas la possibilité de nous défendre car nous ne connaissons pas le contenu de ce document », soutient Jean-Yves Le Borgne, qui plaide l’inégalité de traitement des parties.

L’argument fait mouche. La présidente du tribunal, Agnès Quantin, décide, fait rarissime, d’entendre à la barre le patron de la BRDE, Patrice de Molly. La défense se fait un malin plaisir de cuisiner le policier, assez mal à l’aise à la barre. D’un ton sec et nerveux, il dément avoir présenté le document à l’antenne de M6. « Je ne parlais pas du présent dossier », essaye le commissaire. Bronca dans la salle. « Vous êtes en contradiction avec le reportage », intervient la présidente, jusqu’à présent tout en retenue.

La défense enfonce le clou. Pour elle, tout ce dossier est diligenté par Casino, qui cherche à tout prix, à l’époque, à compromettre le créancier alors que se négocie bientôt la valorisation des parts des Baud dans Casino. Et Eric Morain, l’avocat de Bernard Baud, de livrer à l’audience le nom de Georges Seveno, ancien collaborateur de la brigade financière qui a créé son entreprise d’intelligence économique et qui « a été missionné dès 2006 par Casino« .

« Seveno a certes reconnu avoir travaillé pour Casino mais son nom ne figure pas dans le dossier », précise l’avocat de Casino. Espionnage industriel, tentative de cambriolage au cabinet d’avocats des Baud, le ton est donné dès le premier jour d’audience. Après six heures d’audience, la présidente renvoie au fond.

par Thiébault Dromard, journaliste à Challenges, lundi 18 janvier 2010.

Les fondateurs de Franprix poursuivis par Casino pour abus de biens sociaux

(AFP) –

PARIS — Un procès opposant le groupe Casino à la famille Baud, fondatrice des magasins Franprix, s’est ouvert lundi devant le tribunal correctionnel de Paris avec, au coeur des débats, le financement présumé frauduleux de travaux de l’Agapa, un hôtel de luxe situé sur la côte bretonne.

Le PDG de Casino, Jean-Charles Naouri, et la famille Baud, actionnaire minoritaire des enseignes Franprix et Leader Price, se livrent à une guérilla judiciaire depuis trois ans, date à laquelle les Baud ont été débarqués du groupe.

Au total, neuf plaintes, essentiellement pour abus de biens sociaux, ont été déposées par Casino contre des membres de la famille Baud depuis 2007. Plusieurs se sont déjà soldées par un non-lieu.

Le dossier examiné par la 11e chambre est le premier à venir en procès. En cause: les travaux de rénovation de l’hôtel-spa de Perros-Guirrec (Côtes d’Armor), propriété de Robert Baud, 64 ans, fils du fondateur, Jean Baud.

Selon l’accusation, ces aménagements auraient été financés par l’argent de Franprix et Leader Price, deux enseignes rachetées par Casino.

Ces rénovations, réalisées par SEI et AM Froid, des entreprises travaillant habituellement pour Franprix et Leader Price, auraient été facturées en règlement de prétendus travaux dans les magasins du groupe. Les surfacturations litigieuses atteindraient 1,8 million d’euros.

Outre Robert Baud, sont poursuivis pour « abus de biens sociaux » et/ou « recel » son frère Bernard, 62 ans, son cousin Christian, 53 ans, ainsi que quatre entrepreneurs.

Si pour les avocats de Casino, les preuves sont « accablantes », les frères Baud eux « démentent avoir bénéficié de quelconques avantages », répond l’avocat de Bernard Baud, Me Eric Morain.

Les débats ont débuté avec un événement rarissime, la convocation à la barre du patron de la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE), Patrice de Molly.

La défense demande l’annulation de la procédure qu’elle juge « inéquitable ». Le point qui selon elle « suffit à vicier cette procédure » est la disparition d’une lettre de dénonciation qui aurait accompagné les factures envoyées anonymement à la BRDE.

Pour preuve de l’existence de cette lettre: une interview de Patrice de Molly dans un reportage diffusé sur M6 en 2007, où face aux journalistes, il affirme qu' »un comptable explique dans un courrier adressé au parquet de Paris qu’il a été contraint de surfacturer » des travaux.

Face à ces éléments troublants, la présidente Agnès Quantin a suspendu l’audience, afin de convoquer M. de Molly.

Durant une heure, le gradé s’est fait malmener par la défense. Visiblement mal à l’aise, il a affirmé qu’il n’y avait jamais eu aucun courrier anonyme.

Selon lui, deux personnes seraient passées à la BRDE, auraient demandé à le voir, lui auraient remis les factures et lui auraient expliqué, debout à l’accueil « durant quelques minutes », le système frauduleux de surfacturation.

– Des propos en « apparente contradiction » avec le reportage, a relevé Mme Quantin.

– « J’essayais d’illustrer les façons dont l’enquête financière peut être amenée à démarrer », mais « je ne parlais pas du présent dossier », a répondu M. de Molly, qui n’a jamais fait état dans un quelconque procès-verbal, du passage de ces deux personnes.

Fin du procès prévue le 3 février.

Copyright © 2010 AFP. Tous droits réservés

1 réponse
  1. LLORCA
    LLORCA dit :

    Bonjour,
    Justice répressive, vous dites ? Au Tribunal de Nîmes, un employé d’une grande surface écope début décembre 2009, d’une peine d’un mois de prison avec sursis et de 100 € d’amende pour avoir mis un billet de 100 € dans sa poche. Normal !

    Dans le même temps et au même Tribunal, le PDG d’une filiale du groupe LAFARGE, objet d’une plainte de deux actionnaires, et qui avoue avoir fait construire six villas pour son parc locatif d’une valeur de 1.5 million d’euros sur le compte de la de la société qu’il dirige, n’intéresse toujours pas le juge, malgré les nombreuses preuves et ses aveux !… Bizarre, non ? Selon que tu seras puissant ou misérable …

    Répondre

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.