Accusé du meurtre d'un policier blanc, Mumia Abu-Jamal risque la peine de mort


Samy Mouhoubi, le jeudi 21 janvier 2010 à 04:00

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Son sort n’est plus très loin d’être scellé. Le dossier de Mumia Abu-Jamal, l’un des plus célèbres condamnés à mort américains, fait l’objet d’un énième rebondissement judiciaire. La figure emblématique incarnant le combat contre la peine de mort outre-Atlantique, 55 ans aujourd’hui, risque de voir annuler la commutation de sa peine en prison à vie, obtenue, de haute lutte en 2008. La Cour suprême des Etats-Unis ayant enjoint, mercredi, à la cour d’appel de Pennsylvanie de statuer de nouveau. « C’est décision n’est pas une mauvaise nouvelle. Nous devons maintenant retourner plaider contre la peine capitale devant une cour d’appel », a aussitôt estimé Robert Bryan, l’avocat de celui qui croupit dans les couloirs de la mort depuis vingt-huit ans.

Mumia Abu-Jamal, un journaliste noir militant des Black Panthers, avait été condamné à la peine capitale, en 1982, pour le meurtre, un an auparavant à Philadelphie, de Daniel Faulkner, un policier blanc. Un crime qu’il a toujours nié mais pour lequel il a été définitivement reconnu coupable, en 2008, par la cour d’appel de Pennsylvanie. Laquelle avait, dans le même temps, commué sa condamnation à la peine de mort en prison à vie.

La plus haute juridiction des Etats-Unis enjoint désormais à cette même cour d’appel de réexaminer cette décision « à la lumière » d’un autre cas tranché, la semaine dernière, par les neuf sages. Cet autre dossier concernait la commutation en prison à vie de la condamnation à mort de Frank Spisak, reconnu coupable d’un triple meurtre dans l’Ohio et contre lequel la Cour suprême a confirmé la condamnation à mort. Lors de son procès, l’accusé avait multiplié les provocations. Il s’était présenté dans le box le visage barré d’une moustache façon Hitler, exprimant sa volonté de tuer des Noirs, des juifs et des homosexuels…

Jury influencé

Pour alléger la peine visant Mumia Abu-Jamal, la cour d’appel fédérale de Pennsylvanie s’était fondée, en 2008, sur un point de procédure qui avait alimenté à l’époque de lourds soupçons de déni de justice. Les juges avaient estimé que lors du procès, en 1982, les instructions données aux jurés avaient pu les influencer en leur faisant croire qu’ils devaient s’accorder à l’unanimité sur des circonstances atténuantes pouvant épargner au condamné la peine capitale. Rien de tel dans la procédure, en réalité moins restrictive.

Contestant cette interprétation, l’Etat de Pennsylvanie avait aussitôt fait appel devant la Cour suprême. Cette dernière a curieusement choisi de lier le cas de l’ex-Black Panthers à celui de Frank Spisak. Motif ? Selon elle, les mêmes instructions données au jury furent contestées dans les deux cas. Un avis que réfute le conseil de l’accusé.

Un témoin cite la mafia

Dans l’attente de voir sa peine capitale définitivement confirmée ou infirmée, Mumia Abu-Jamal végète depuis vingt-huit ans dans les sinistres couloirs de la mort, une sévère épée de Damoclès sur la tête. La Cour suprême avait en outre refusé de se saisir d’une autre requête portant, elle, sur sa culpabilité. Le détenu demandait l’organisation d’un nouveau procès, arguant qu’en 1982 la sélection du jury avait été raciste. Tandis que dix des quinze récusations avaient concerné des Noirs, le jury retenu comptait finalement dix Blancs pour seulement deux Noirs.

Pour ses partisans, sans aucun doute il a été la victime expiatoire d’un procès politique aux relents racistes. « Je vais les aider à faire frire ce Nègre », aurait glissé devant témoins le juge ayant présidé ce retentissant procès. La défense de Mumia Abu-Jamal se prévaut aussi d’un élément de taille. En 1999, un certain Arnold Beverly a avoué à la justice avoir été engagé, en 1981, par la mafia de Philadelphie en vue d’assassiner Daniel Faulkner. D’après ses confessions, le policier n’était pas loin de pouvoir confondre plusieurs figures locales du crime organisé.

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