TRIBUNAL CORRECTIONNEL . Les comparses achetaient les cigarettes en Andorre. Les cartouches étaient achetées 18 euros et revendues 30 à 35 euros. Ils effectuaient une marche de près de 4 heures dans la montagne pour passer la frontière. Récit.

Où la différence entre un gros tra fic organisé et une petite contrebande se cigarettes se situe-t-elle ? C’est la question fil rouge qui, mercredi, a tenu en haleine le tribunal correctionnel tout l’après-midi durant. L’affaire est dévoilée au grand jour le 8 mars 2008. Ce matin-là, un éleveur de Maureillas découvre plusieurs paquets de haschich le long du CD 13, à Maureillas. Les gendarmes font immédiatement le lien avec un événement qui s’est déroulé la veille au soir : un conducteur s’est dérobé à un contrôle inopiné de la police aux frontières et a réussi à semer ses poursuivants. La voiture, une Opel, roulait de concert avec une Twingo, toutes deux louées par Fabrice. Ce dernier a d’ailleurs loué 5 véhicules en 2 mois et fait des milliers de kilomètres. Les deux conducteurs, Fabrice

et son demi-frère, Virgile, sont très vite identifiés et une enquête est ouverte par le centre de coopération interpolices du Perthus. Les deux hommes sont placés sur écoute et filés par les forces de l’ordre. Fabrice n’est pas inconnu au fichier de la police puisqu’en 2003, il a déjà été interpellé sur la RN116 alors qu’il revenait d’Andorre en transportant 216 cartouches de cigarettes. La facturation de son téléphone montre que depuis le mois d’avril, il a effectué plus de 10 allers-retours entre Montpellier et l’Espagne. Virgile le précédant dans une autre voiture. Depuis le mois de mai, il a en fait effectué 24 voyages entre la France et Andorre. Cette fois une petite organisation a été mise en place. Fabrice loue des voitures en France et se rend à la Seu d’Urgel où il a loué un garage. Avec son demi-frère Virgile, parfois aussi avec son cousin Jean-Louis, ils prennent le bus jusqu’à Andorre pour se rendre chez un buraliste.
Une voiture « ouvreuse » Là, chacun dispose soigneusement entre 40 et 50 cartouches dans un sac à dos et les contrebandiers entreprennent une marche à travers la montagne jusqu’à la Seu d’Urgell, pas loin de 4 heures de randonnée ! Ensuite, les cigarettes sont acheminées jusqu’à Montpellier à moto ou en voiture, par les petites routes. Dans ce cas, les trois garçons utilisent le système de la voiture « ouvreuse » dont le conducteur est chargé de prévenir son complice de tout contrôle des forces de l’ordre. Virgile et Jean-Louis reconnaissent avoir fait une quinzaine de voyages chacun, ils ont respectivement 13 clients qui leur achètent les cartouches. Fabrice a une clientèle de 70 personnes pour les cigarettes et de 19 pour le haschich.
En novembre 2008, le trio est interpellé avec 196 cartouches de cigarettes. Mercredi, face au tribunal il fallait se rendre à l’évidence, Fabrice était bien à l’origine de tout, Virgile et Jean-Louis l’ont rejoint plus tard, prenant le train en marche.
« Nous aimions ces marches dans la montagne et les trajets à moto », racontaient, presque nostalgiques les comparses, au tribunal.
Près de dix mille cartouches… Les cartouches étaient achetées 18 euros et revendues entre 30 et 35 euros. Le bénéfice total estimé de Frédéric tournant entre 40 000 et 60 000 euros.
Et puis il y a eu le passage du cannabis, une très mauvaise idée… Cinq kilos achetés à Barcelone pour satisfaire une commande directe. Mais Fabrice achetait aussi quelquefois de la drogue à Montpellier et la revendait, notamment à Eric, qui lui achetait également des cigarettes et qui, mercredi, se retrouvait malencontreusement au tribunal car il lui arrivait d’en ristourner à des amis. Offre et cession… Pour le procureur « les explications embrouillées des uns et des autres montrent qu’ils ont beaucoup à cacher et qu’il s’agit d’un trafic d’ampleur qui a porté sur deux années et près de 10 000 cartouches ». Il réclame 4 ans d’emprisonnement pour Fabrice, 2 ans pour Eric et Virgile, un an pour Jean-Louis. M e Martin Lassaque explique très simplement qu’Eric n’a pas réalisé ce qu’il faisait, « Il pensait sincèrement participer à un petit traficotage entre amis. Il a depuis cessé toute consommation de cannabis ». M e Bedel de Buzareingues, qui défend Virgile, rapporte qu’en « des mois de filature et d’écoutes téléphoniques, les policiers n’ont rien trouvé de plus. Non ce n’est pas un grand trafic organisé, un petit trafic minable et familial. Virgile ignorait même que le jour où son frère s’est débarrassé de la drogue, il pensait trafiquer des cigarettes ; il a appris la vérité lors de son audition ».
M e Boxo, au non de Fabrice, aussi dénonce le mot « organisation », « c’est un simple petit trafic ridicule. Ne lui fermez pas la porte de la société en lui ôtant tout espoir par une peine trop longue… » Au final, Fabrice est condamné à 3 ans de prison, Virgile, prend 2 ans dont 20 mois sont assortis du sursis. Jean-Louis, a un an avec sursis et Eric s’entend prononcer une condamnation de 4 mois, peine aménageable en semi-liberté ou port du bracelet électronique.

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