Ce devait être un «suicide collectif». Mais Simon Mouktadibillah n’est pas mort dans l’incendie qu’il a allumé en cinq points, dans son appartement bordelais, le 14 février 2006. Il ne s’est pas non plus résolu à se jeter dans la Garonne. Seule sa fille, la petite Sarah, 4 ans et demi, a péri de la folie de son père. C’était à la moitié des vacances scolaires. Il devait rendre la petite à son épouse Fatiha, dont il était séparé. La maman n’a jamais revu sa fille. Simon Mouktadibillah l’a assommée d’antidépresseurs, bâillonnée, entravée. Puis il l’a plongée dans la baignoire, jusqu’à l’asphyxie. Il a revêtu le corps de l’enfant d’une robe et d’un voile blancs, l’a enfermé dans un sac qu’il a descendu à la cave, avant de remonter mettre le feu à l’appartement du quatrième étage. Comme «la mort ne venait pas assez vite», il a quitté les lieux.

Simon Mouktadibillah, 44 ans, est jugé depuis hier matin, en appel, par la cour d’assises de la Charente. En novembre 2007, la cour d’assises de la Gironde l’a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de vingt ans.

«J’ai fait appel pour ma fille. C’était un geste d’amour. Je suis là pour payer ce que j’ai fait.» Ses explications au président Jean-Alain Nollen sont confuses. Simon Mouktadibillah est surtout là parce qu’il n’avait pas pu tout dire à la cour d’assises, à Bordeaux. «J’ai une blessure profonde au fond de moi.» Homosexuel contrarié – «c’est tabou chez les musulmans, c’est quelque chose que je n’aime pas en moi», alcoolique chronique, oisif, Simon Mouktadibillah n’avait pas supporté la séparation, le «partage» de sa fille.

Assise au premier rang de la salle d’audience, près de Sylvie Reulet son avocate, Fatiha, la mère, un grand portrait de sa fille serré contre elle, écoute, en larmes, le récit des derniers instants de la petite. Ecoute le portrait d’un homme que les psys ont décrit autoritaire, suspicieux, infidèle, souffrant aussi d’une dépression nerveuse aussi chronique que son alcoolisme.

La cour d’assises s’est donnée jusqu’à demain soir pour tenter de percer le mécanisme, «l’anomalie» qui a conduit à la mort de la fillette.

J.-F. B.

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