Viol collectif, la défense demande le huis clos

La cour d’assises de la Marne juge depuis hier huit Vitryats accusés de viol. Épuisée, la victime a dû quitter la salle avant la fin de l’audience.

«QUE les choses soient très claires, il n’est pas question de transiger avec ces gens-là ! », lance Me Martin à l’un de ses confrères de la défense. Le pénaliste pointe alors du doigt, le banc sur lequel ont pris place cinq des huit accusés. Dans ce dossier, celui d’un viol collectif, que Jean-Luc Martin décrit comme « un crime odieux sur une femme fragilisée », l’avocat assiste la victime.
Aujourd’hui âgée de 45 ans, Michelle* a quitté cet appartement où les événements se seraient déroulés un soir de réveillon 2002. La Vitryate a décidé de laisser derrière elle le quartier du Désert où trop de mauvais souvenirs y sont rattachés. Elle n’habite même plus Vitry-le-François, la ville où la plupart des accusés se trouvent toujours, placés sous contrôle judiciaire depuis leur sortie de prison. « Elle n’a que quelques souvenirs de cette terrible nuit, tellement ils l’ont fait picoler… », lâche Me Martin.
Malgré tout, Michelle est là ! Hier matin, au premier jour du procès de ses tortionnaires, présumés innocents rappelons-le, elle a pris place sur le banc de la partie civile.
Des bénévoles de l’association Le Mars qui assiste les victimes ont pris place à côté d’elle. Un soutien psychologique dont la Vitryate ne semble pas avoir conscience. Les yeux perdus, le visage marqué par les aléas de la vie, la frêle jeune femme s’apprête à revivre le viol dont elle aurait été victime au cours de la nuit du 24 au 25 décembre 2002.
Jamais son regard ne croisera les huit accusés qui ont pris place à quelques mètres d’elle. Sept d’entre eux assistent libres à leur procès.
Seul, Karim Saïdi, accusé de viol dans ce dossier est détenu pour une autre affaire. Aucune parole n’est échangée.

Les huit accusés, six hommes et deux femmes patientent que la cloche, annonçant l’ouverture de leur procès retentisse. Aucune émotion ne semble transparaître, aucun ne semble avoir conscience de la présence de cetteépée de Damoclès suspendue au-dessus de leur tête. Ils encourent pourtant de cinq à vingt ans de prison.
Sans aucune surprise, Me Martin demande à la cour de prononcer le huis clos dans cette affaire. Les débats se dérouleront donc en l’absence de tout public…

« Le plus dur est à venir »

Me Beyer-Buchwalter, l’avocat de Karim Saïdi, l’un des deux principaux accusés dans cette affaire, n’a pas hésité à qualifier ce dossier de difficile : « Il n’était pas simple il y a sept ans, il ne l’est pas plus aujourd’hui ». Interrogée sur sa ligne de défense, l’avocate souligne que « les faits ne seront véritablement abordés qu’au deuxième jour du procès », et « qu’une plaidoirie se prépare au fil des débats ». Ne souhaitant visiblement pas en dire plus à l’issue de ce premier jour. « On a entendu tout et n’importe quoi dans ce dossier ! Il faut aujourd’hui rétablir les faits, c’est tout. »
Me Martin, l’avocat de la victime se veut, quant à lui plus incisif. « Ils contestent tout mais ça, je m’y attendais », assure l’avocat qui se déclare un tantinet « agacé par tous ces mensonges ».
En revanche, contrairement à sa consœur, il assure, lui, que « ce dossier est limpide ».
Une partie des débats s’est déroulée en l’absence de la victime présumée qui a quitté la salle d’audience vers 17 heures. Ce que n’a pas manqué de faire remarquer Me Beyer-Buchwalter. Pour Jean-Luc Martin, « ma cliente est fatiguée et nerveusement atteinte par cette première journée », non sans souligner que « le plus dur reste à venir pour elle ».
Effectivement, si sept témoins restent à se succéder à la barre, ce sera ensuite au tour de Michelle de donner sa version des faits.
Et gageons que les huit avocats de la défense ne l’épargneront pas, afin de faire innocenter leurs clients.
Corinne LANGE

* Michelle est un prénom d’emprunt.

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