Xinjiang . Les émeutiers encourent la peine de mort.

SIMON BENJAMIN

Manifestation de femmes ouïghoures le 7 juillet 2009 à Urumqi

Manifestation de femmes ouïghoures le 7 juillet 2009 à Urumqi (AFP Peter Parks)

Au risque de raviver les haines entre colons chinois et autochtones ouïghours, les autorités chinoises ont décidé d’ouvrir cette semaine, dans le Xinjiang, les procès de quelque 200 émeutiers, a annoncé la presse officielle chinoise. Tous sont accusés d’avoir participé aux affrontements sanglants qui ont opposé Ouïghours turcophones aux Hans (Chinois de souche) début juillet, à Urumqi. Selon le bilan officiel, 197 personnes ont été tuées, en grande majorité des Hans. Par crainte de nouveaux troubles, les autorités chinoises ont renforcé la sécurité près du tribunal, situé en plein cœur de la capitale du Xinjiang, Urumqi. La police armée populaire, chargée du maintien de l’ordre, patrouille jour et nuit dans cette zone.

A lire la presse officielle, ces procès collectifs risquent d’être expéditifs. «Je serais révolté si ces émeutiers ne reçoivent que des peines légères et échappent à la justice, déclare ainsi un ouvrier, anonymement, au China Daily. Ils doivent être lourdement condamnés pour avoir provoqué la mort de tant d’innocents.»

Extérieur. Les procès pour «activités séparatistes» doivent se tenir à huis clos, tandis que les autres sont théoriquement ouverts au public. Les accusés, qui seraient à 90 % ouïghours, sont inculpés de crimes allant du trouble à l’ordre public au meurtre. Beaucoup encourent la peine de mort, qui est généralement infligée dans les heures suivant le verdict.

Pour Pékin, qui se targue de mettre en œuvre une politique irréprochable d’intégration des minorités, le mal ne peut venir que de l’extérieur. Tout comme il accuse systématiquement le gouvernement tibétain en exil de fomenter les troubles au Tibet, le Parti communiste chinois a cette fois accusé une association de Ouïghours exilés, le Congrès mondial ouïghour (CMO), d’avoir «comploté» pour provoquer les affrontements d’Urumqi. Selon ces Ouïghours en exil, les émeutes ont éclaté en réaction à la répression violente d’une manifestation pacifique par des forces de l’ordre.

Depuis juillet, Pékin n’a de cesse de stigmatiser la présidente du CMO, Rebiya Kadeer, 62 ans, qui vit à Washington. Cette dernière a affirmé lundi soir que 196 Ouïghours, emprisonnés par les autorités chinoises, avaient été «torturés et tués» dans la prison d’Urumbay, au sud d’Urumqi. Pékin a démenti vigoureusement.

Les autorités font pression sur la militante en menaçant sa famille. Deux de ses enfants sont actuellement emprisonnés par les autorités chinoises.

Reniement. Début août, l’agence Chine nouvelle a publié des lettres de reniement de douze membres de la famille de Kadeer, dont sa fille et deux de ses fils. «A cause de toi, auraient-ils écrit spontanément à leur mère, beaucoup d’innocents de beaucoup de groupes ethniques ont perdu la vie le 5 juillet, sans compter les dégâts infligés aux propriétés, aux boutiques et aux véhicules.»

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