AP Nicolas VauxMontagny

Le ministère public s’est opposé mercredi à l’extradition de l’ingénieur iranien Majid Kakavand vers les Etats-Unis qui l’accusent d’être lié à des compagnies d’Etat impliquées dans le programme nucléaire iranien.

La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris rendra sa décision le 5 mai. Les représentants du ministère public américain étaient présents pour la troisième fois à l’audience, reportée huit fois depuis plus d’un an.

L’avocat général, Sophie Gulphe-Berbain, a estimé que les produits importés par Majid Kakavand ne sont pas à double usage, civil et militaire, comme le soutiennent les Etats-Unis. A la demande de la justice française, la Direction générale de l’armement (DGA) a répondu que les résistances, condensateurs et autres bobines d’induction achetés en ligne par M. Kakavand puis réexpédiés en Iran « ne sont pas à double usage » et ne nécessitent « ni agrément ni autorisation préalable » à leur exportation.

Washington accuse cet ingénieur de 37 ans d’être lié à des compagnies iraniennes impliquées dans le programme nucléaire de ce pays, et réclame son extradition l’accusant d’avoir acheté du matériel électronique sur le sol américain par Internet via une compagnie basée en Malaisie. Et ce en violation des sanctions imposées à l’Iran par les Etats-Unis.

Arrivé en France le 20 mars 2009 pour un voyage touristique, Majid Kakavand a été arrêté en raison d’un mandat international délivré par les Etats-Unis, puis remis en liberté le 26 août dernier. Il vit actuellement à Paris.

Mercredi, les représentants américains ont affirmé que M. Kakavand « savait que ses actes étaient répréhensibles ». S’il « avait déclaré la finalité de la destination (l’Iran, NDLR), il n’aurait jamais pu importer ces produits », ont-ils dit en demandant son extradition.

« Au moment de l’arrestation, les Américains nous ont dit que ces produits avaient une finalité nucléaire, tout cela était très alarmant », a dit Me Diane François, l’une des avocates de l’Iranien. « On a mis du temps à essayer de comprendre ces produits. A la sortie, il n’y a plus rien. Ce sont des faits banals », a-t-elle poursuivi, estimant « que les autorités américaines avaient fait preuve d’une opiniâtreté hors du commun pour le faire venir sur le sol américain ».

Son autre avocate, Me Marie-Laure Bonaldi, est allé plus loin en affirmant que cette « extradition était demandée à des fins purement politiques. « M. Kakavand est déjà exhibé comme un trophée arrêté en France », a-t-elle dénoncé. « Je m’inquiète de la tenue d’un procès équitable. S’il ne s’était pas agi d’un représentant iranien, les autorités américaines auraient-elles été aussi opiniâtres dans cette affaire », s’est-elle interrogée.

Majid Kakavand, présent à l’audience, a juste dit qu’il n’était « pas un criminel ». AP

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