A la surprise générale, l’accusation la plus grave, celle d’assassinat, n’a pas été retenue à l’encontre de Cécile B. Les parties se sont-elles entendues pour éviter un déballage sur les pratiques sexuelles des protagonistes? Les avocats affirment que non et prévoient une audience riche en rebondissements.

© TDG | L’avocat Edourd Stern

CATHERINE FOCAS | 06.06.2009 | 00:02
Le procès qui s’ouvre ce mercredi à Genève est exceptionnel à plus d’un titre. L’enfant terrible de la finance, le banquier Edouard Stern, 38e fortune de France, a été tué en 2005 de quatre balles par sa maîtresse au cours de leurs jeux sadomasochistes alors qu’il se trouvait attaché à une chaise dans une combinaison en latex. Notoriété, argent, sexe, mort et passion, tous les ingrédients sont là pour faire de ces dix jours d’audience un moment hors du commun.

Le sera-t-il vraiment? On se le demande. Tant le procureur général que la partie civile et la défense sont devenus sages ces derniers mois. Tous ces égards, toute cette courtoisie entre ces ténors du barreau laissent songeur. Une telle unanimité, dans le but louable de faire en sorte que «ce procès reste le plus digne possible», surprend. Que leur est-il arrivé?

Le collier de chien

Nous sommes loin des passes d’armes affûtées de décembre 2007, lorsque, devant la Chambre d’accusation, Me Marc Bonnant, avocat de la famille Stern, décrivait Cécile B. préparant «son petit matériel de combat, les collants fendus, les liens, le collier de chien, la combinaison de latex, le talc et probablement la vaseline». Il décrivait, à ce moment-là, un assassinat glacial. Et ajoutait: «Elle voulait le voir mourir.»

Quelques mois plus tard, il persistait. Après la sortie de l’expertise psychiatrique évoquant un «crime d’amour», l’avocat indiquait que Cécile B. avait la conscience et la volonté de faire ce qu’elle avait fait. Avec cette expertise, précisait-il, «nous nous trouvons à un soupir de la responsabilité totale».

Et puis, en février dernier, le vent tourne. A la surprise générale, le procureur Zappelli abandonne l’accusation d’assassinat. ­Conclusion à laquelle était parvenu le juge Graber après une enquête longue et fouillée. Le chef du Ministère public, lui, retenait simplement le meurtre, un crime moins grave selon le Code pénal. A la surprise encore plus générale, la partie civile, soudainement apaisée, ne s’y opposait pas. Et c’est ainsi que, sans un bruit, dans une atmosphère de consensus, Cécile B. a été renvoyée en Cour d’assises pour meurtre. Tout le monde semble y trouver son compte.

Pourquoi? Une hypothèse: Me Bonnant évite ainsi à la famille Stern (les enfants, l’ex-épouse) un grand déballage sur les pratiques sexuelles, disons particulières, du défunt et de sa maîtresse. La défense ne se sent plus menacée par l’accusation la plus grave, celle d’assassinat. Et le Parquet peut envisager un procès moins long, moins sulfureux, presque sous contrôle.

«Il n’y a pas d’accord!»

Lorsqu’on évoque pourtant l’hypothèse d’un accord à l’amiable, tout le monde s’offusque. «Il n’y a pas d’accord, affirme Me Bonnant. Un tel accord serait inconcevable même pour protéger la famille Stern. Il signifierait que l’une des parties aurait renoncé à faire son devoir. D’ailleurs, un tel accord ne résisterait pas à une audience imprévisible.»

Même position du côté de la défense: pas l’ombre d’un accord. Me Pascal Maurer admet néanmoins que si l’accusation d’assassinat avait été maintenue, cela aurait ouvert les portes à un «procès plus musclé; on aurait été obligés de mettre l’accent sur certains aspects privés de la vie d’Edouard Stern, on aurait entraîné des tiers dans la procédure. On aurait été moins soucieux des dommages collatéraux.»

Aujourd’hui, il considère comme Me Alec Reymond que les aspects sexuels de la relation sont «périphériques». Me Bonnant ne dit pas autre chose: «Le sexe n’est pas un sujet dans ce procès. Il ne s’agit pas d’un rituel de cruauté qui a dérapé. Dans cette affaire, il y a plusieurs histoires; certaines d’entre elles existent mais ne jouent aucun rôle dans le meurtre. Je trouverais parfaitement vulgaire de plaider le sexe pour le plaisir de le plaider.» Il ajoute: «Par ailleurs, je ne peux pas apporter la preuve que le 28 février 2005 Cécile B. avait prémédité son acte.» Assassinat ou pas, Me Reymond assure qu’on n’assistera pas à un procès aseptisé: «On ne va pas devenir mielleux en Cour d’assises. Nous n’avons pas besoin d’aborder les côtés sexuels de la relation pour nous étriper.»


Chronologie de la nuit du crime

Cécile B. devient la maîtresse d’Edouard Stern en 2001. En 2004, elle lui demande de l’épouser et de la rendre indépendante en lui versant un million de dollars. Une preuve d’amour, assure-t-elle. Elle lui restituera la somme aussitôt. Ce qu’elle ne fait pas.

Le 28 février 2005, Cécile B. reçoit la confirmation: Edouard Stern a bloqué son compte. Le soir, elle se rend chez son amant. Leur discussion n’aboutit pas. Ils se livrent à des jeux sexuels. Stern se retrouve attaché à une chaise dans sa combinaison en latex. Elle va dans le dressing-room, prend le revolver. Elle revient et lui fait face. Elle tire un premier coup de feu au visage.

Sous l’impact, il se lève et effectue une rotation sur lui-même. Elle suit le mouvement, l’arme toujours braquée sur lui. Elle tire une deuxième fois vers la poitrine, une troisième dans le flanc gauche, il s’écroule. Elle l’achève d’un dernier tir dans la tempe.

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