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NOUVELOBS.COM | 03.02.2010 | 13:14

Anwar Ibrahim, qui risque 20 ans de prison, dénonce une conspiration impliquant le Premier ministre.

Le chef de l'opposition Anwar Ibrahim, le 30 janvier 2010 (Sipa)

Le chef de l’opposition Anwar Ibrahim, le 30 janvier 2010 (Sipa)

Le chef de l’opposition malaisienne Anwar Ibrahim, accusé de sodomie et qui risque une peine de vingt ans de prison, a plaidé « non coupable » mercredi 3 février, au deuxième jour de son procès à Kuala Lumpur, tandis que l’accusation a affirmé détenir des preuves à charge.
« Les charges sont sans fondement (…) Elles sont inventées par des forces politiques qui utilisent l’accusation à leurs fins », a dénoncé Anwar Ibrahim, devant la Haute Cour, annonçant qu’il plaidait « non coupable ». La veille, il a mis en cause l’actuel Premier ministre Najib Razak et son épouse, qui sont « personnellement impliqués dans la conspiration ». Il a annoncé son intention de les appeler à témoigner à son procès. L’entourage de Najib Razak a démenti toute pression du Premier ministre dans cette affaire.

Des traces ADN pour preuve

Les procureurs ont affirmé mercredi détenir des éléments prouvant la relation sexuelle entre Anwar Ibrahim et l’un de ses ex-collaborateurs, Mohamad Saiful Bukhari Azlan, 24 ans, qui a porté plainte.
Des traces ADN du sperme d’Anwar Ibrahim ont été découvertes au cours de tests médicaux menés sur Mohamad Saiful Bukhari Azlan, a annoncé Mohamed Yusof Zainal Abiden, procureur adjoint, à l’ouverture de l’audience. L’ensemble des éléments présentés par l’accusation « vont prouver, sans le moindre doute », la culpabilité d’Anwar Ibrahim, selon lui.
Le magistrat a précisé que les faits s’étaient déroulés le 26 juin 2008 dans un appartement à Kuala Lumpur, et que Mohamad Saiful Bukhari Azlan avait fait des tests médicaux deux jours plus tard.

La sodomie anticonstitutionnelle ?

La justice de Malaisie, pays à majorité musulmane, réprime la « déviance sexuelle et les pratiques répréhensibles » par de lourdes peines d’emprisonnement. Le 19 janvier, elle a rejeté le recours d’un homme qui protestait contre l’interdiction de la sodomie, un délit passible de 20 ans d’emprisonnement. La Cour d’appel de Kuala Lumpur avait été saisie par Abdul Rahim Abdul Rahaman, un homme de 39 ans, qui faisait appel de sa condamnation à 60 ans de prison pour 22 actes de sodomie d’un adolescent de 14 ans. Il a affirmé que la relation était consensuelle.
La Cour a jugé que la prohibition de la sodomie, même entre adultes consentants, était constitutionnelle en Malaisie, un pays à majorité musulmane qui réprime la « déviance sexuelle » par de lourdes peines d’emprisonnement. « Nous avons argumenté que la loi (interdisant la sodomie) était anticonstitutionnelle car elle violait le droit à la vie privée et créait des inégalités entre les sexes », a expliqué l’avocat de la défense, Fahri Azzat.
La Cour a rejeté ces arguments et confirmé la peine d’Abdul Rahim, un employé municipal également condamné à 22 coups de bâton.

Une machination

Anwar Ibrahim a mis en cause une machination du pouvoir destinée à l’éliminer de la vie politique. L’appel qu’il avait déposé pour avoir accès aux éléments de preuve (documents médicaux, relevés d’ADN…) sur lesquels s’appuient les accusations de sodomie portées à son encontre avait été rejeté début février. Interrogé sur ses chances d’être innocenté par la justice, Anwar Ibrahim a répondu : « Oui, à condition que le tribunal se prononce sur la base des faits et de la loi ».
« Mais, a-t-il ajouté, je n’ai pas très confiance dans le système car je crois que Najib Razak est directement impliqué » et tente « de détourner l’attention des affaires de corruption et des tensions qui montent » dans le pays.

Un retour en politique spectaculaire

Le chef de l’opposition, âgé de 62 ans, marié et père de six enfants, risque une peine de vingt ans de prison. L’ex-vice-Premier ministre a déjà passé six ans derrière les barreaux pour le même motif avant que le jugement ne soit cassé en 2004. Depuis lors, il a réussi un spectaculaire retour en politique, mettant en difficulté aux élections de 2008 la coalition majoritaire, Barisan Nasional, qui dirige la Malaisie depuis un demi-siècle. Le procès qui s’annonce comme un test de l’indépendance de la justice, pourrait durer huit mois, selon les avocats de la défense.

(Nouvelobs.com avec AFP)

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