LE MONDE | 22.04.10 | 15h49  •  Mis à jour le 22.04.10 | 15h49

e tueur le plus célèbre d’Australie a été assassiné en prison, suscitant des questions sur le système pénitentiaire et provoquant une tempête médiatique. Lundi 19 avril, en début d’après-midi, Carl Williams, condamné à 35 ans de prison pour le meurtre de quatre hommes, a été roué de coups par un codétenu, provoquant sa mort dans le quartier de haute sécurité de la prison de Barwon, dans l’Etat du Victoria.

Le meurtre de Carl Williams, 39 ans, pourrait être un dernier épisode dans la guerre des gangs qui a ensanglanté le milieu de la drogue du Victoria durant une décennie. Carl Williams, issu d’une banlieue populaire de Melbourne, s’était d’abord allié avec la famille Moran, qui régnait sur le trafic de drogues depuis trente ans. Après des querelles de pouvoir, les affrontements avaient commencé. Entre 1997 et 2006, 28 personnes avaient été tuées dans cette guerre des clans. A son arrestation en 2004, Carl Williams se trouvait à la tête d’un empire de plusieurs millions de dollars et était devenu l’un des caïds les plus puissants du pays. Lors de son procès en 2007, il avait reconnu le meurtre de quatre membres du gang rival, dont trois membres de la famille Moran. Mais la police le soupçonne d’avoir commandité au moins dix assassinats.

Carl Williams fascinait les médias australiens. Apparaissant le sourire aux lèvres au cours de son procès, il avait gagné le surnom de Smiling Assassin, l' »Assassin souriant ». Son visage rond, enfantin, lui avait aussi valu d’être appelé le baby-faced killer, le « meurtrier au visage de bébé ».

NOMBREUSES INTERROGATIONS

Tout comme lui, son ex-épouse, Roberta, avait l’art de plaire aux tabloïds, s’affichant même dénudée dans un magazine masculin. Un feuilleton télé populaire avait été créé sur la guerre des gangs. Cette série, qui en est actuellement à sa troisième saison, a été interdite de diffusion dans le Victoria pour ne pas influencer les jurés lors de prochains procès.

Cette mort a étonné le pays. Le codétenu meurtrier, avec lequel Carl Williams semblait en bons termes, a été inculpé mais de nombreuses interrogations demeurent. Un surveillant était ainsi posté à quelques mètres de l’endroit où le crime a eu lieu. Si ses motifs sont encore inconnus, les spéculations abondent dans les journaux australiens. On parle ainsi de corruption de la police et de liens avec d’autres affaires, car l’homme devait témoigner dans d’autres procès. Plusieurs enquêtes ont été ouvertes. « Nous sommes très inquiets qu’un criminel si notoire ait été tué. C’est pourquoi il y a toutes ces enquêtes, nous voulons savoir de quoi il retourne », a déclaré le ministre de la police du Victoria, Bob Cameron.

Si beaucoup, dans le monde judiciaire, exigent une enquête d’une commission royale, de nombreux Australiens estiment que l' »assassin souriant » a mérité son sort. Une opinion qui semble être partagée par le dirigeant de l’Etat du Victoria, John Brumby. « Il y a eu des appels à une commission royale. Mais pour être honnête, même si ce qui a eu lieu en prison est inacceptable, la personne concernée était un tueur en série », a-t-il déclaré.

Marie-Morgane Le Moël (Sydney, correspondance
Article paru dans l’édition du 23.04.10
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