Des jeunes livrés à eux-mêmes, un budget inexistant, pas de table, pas de téléphone, pas d’eau chaude… Lorsque les services de l’Aide sociale à l’enfance ont débarqué à l’association « Le Refuge », à Pezens, ils n’en sont pas revenus. En 2003, la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) avait relevé de nombreuses autres irrégularités, dont « un manque d’hygiène flagrant ».

« Le Refuge » était chargé d’accueillir des jeunes en difficulté, âgés de 13 à 17 ans. Danielle Tanneau en était la présidente. « J’ai été complètement dépassée », a-t-elle avoué hier au juge du tribunal correctionnel. Elle comparaissait pour abus de confiance et exécution d’un travail dissimulé.
En 1998, l’ancienne employée de cantine s’était lancée dans le social parce qu’elle aimait les enfants.

Dans les faits, c’était un peu n’importe quoi. Des emplois jeunes faisaient office d’éducateurs et « Le Refuge » n’a jamais obtenu l’agrément nécessaire.
L’association hébergeait pourtant de nombreux jeunes et percevait 70 € par individu et par jour : en deux ans, elle a perçu 350 000 € de fonds publics. Les gendarmes ont déterminé que la présidente avait détourné près de la moitié, soit 170 000 € ! « Vous avez confondu vos comptes personnels et ceux de l’association », a constaté le juge.
Une autre femme comparaissait hier pour abus de confiance et falsification de chèques. Embauchée à mi-temps comme secrétaire pour 400 € par mois, M me Kouate avait aussi profité de l’argent public dont bénéficiait l’association. Elle avait démissionné au bout de quatre mois, après avoir touché 28 760 € ! « Le Refuge » avait été placé en liquidation judiciaire quelques mois plus tard.
Hier, au tribunal, les deux femmes se sont renvoyé la balle. « J’ai été manipulée », a martelé M me Kouate. « Elle n’avait qu’un compte bancaire et M me Tanneau 22 », a enchaîné son avocat, Me Domenech. « M me Kouate a de suite compris qu’elle pouvait plumer Mme Tanneau », a répondu Me Tarlier, avocat de cette dernière.
Le procureur Battut a renvoyé dos à dos les deux prévenues : « Elles sont toutes deux responsables et doivent assumer leurs responsabilités ». Il a aussi stigmatisé l’attitude des « organismes publics qui ont versé des sommes très importantes sans faire de contrôle sérieux ». Comme les avocats et le président, il s’est « étonné de l’absence du liquidateur judiciaire ».
Le tribunal a condamné les deux femmes à une peine de 18 mois d’emprisonnement avec sursis, assortie d’une mise à l’épreuve pendant deux ans. M me Tanneau a écopé d’une amende de 10 000 € et M me Kouate de 5 000 €. Des sommes très inférieures à celles demandées par le procureur, qui avait requis « l’obligation de rembourser ».

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