Au terme de trois jours d’audience, la cour d’assises de l’Aube a confirmé le verdict prononcé à Reims en mars 2008 contre Saïd Khannoufi

Saïd Khannoufi, un Châlonnais de 30 ans, déclaré coupable du meurtre prémédité d’Olivier Robert est sanctionné par vingt-cinq ans de réclusion criminelle. Seule différence avec le premier procès : il échappe à la peine de sûreté que la cour d’assises de la Marne avait fixée à dix-sept ans.
Le 4 mars 2006 en début d’après-midi, Saïd Khannoufi charge, dans sa Peugeot 306, Olivier Robert, 26 ans pour un énième voyage à Maastricht. Ils ont en commun d’être tous deux accros à l’héroïne et de faire partie des « mulets » de Momo, Didier Driancourt, grossiste en stups sur le secteur et qui envoie régulièrement ses équipes au ravitaillement, les rémunérant en grammes de dope.
La veille, Momo a confié environ 15 000 € en coupures de 20 € à Olivier qui, faute de permis, fait appel à l’un ou à l’autre pour servir de chauffeur. Cette fois-là, c’est Khannoufi. Vers 18 h, le corps sans vie d’Olivier Robert, lardé de dix coups de couteau, est découvert dans un champ à proximité de Châlons.
Au cours de l’instruction, l’accusé avait livré des versions aussi nombreuses que variées, niant toute implication puis reconnaissant les coups de couteau mais dans une bagarre : pour se défendre. Au procès de Reims, il avait tout nié, affirmant n’avoir finalement pas emmené Olivier qu’il disait avoir laissé à Châlons.
Nouvelle version
Lundi, au premier jour de son procès en appel à Troyes, Saïd Khannoufi, dont l’expert psychologue a souligné « la culture du mensonge, liée à la toxicomanie », était sur la même ligne de défense. Mardi, il a admis être l’auteur des coups de couteau mais avec une thèse inédite : Olivier, sous la menace d’un couteau, aurait tenté de lui voler sa voiture. Saïd a assuré n’avoir fait que le désarmer et se défendre… Cette version a été contrecarrée en deux temps trois mouvements par l’avocat général, Bruno Fayard. « La nouvelle version qu’il nous sert n’est pas plus crédible que les autres », a-t-il lancé avant de rappeler que le nombre et la violence des coups de couteau portés à la victime témoignaient « d’un acharnement » et « d’une volonté de tuer ». Abandonné dans un champ sans moyen de

prévenir les secours puisque Saïd Khannoufi avait pris son téléphone, Olivier est décédé d’hémorragie peu après : « Ce n’est pas le comportement de quelqu’un qui ne fait que se défendre », souligne l’avocat général, avant de rappeler qu’en aucun cas ce couteau ne peut être confondu avec le laguiole d’Olivier Robert.
Pour l’argent
Qu’il y ait eu meurtre ne fait aucun doute aux yeux de Bruno Fayard et que ce meurtre ait été prémédité « peut-être même depuis la veille », non plus. Il énumère les arguments en faveur de l’assassinat, notamment la promesse de Saïd Khannoufi à sa femme de l’accompagner faire des courses dans l’après-midi du samedi. « Comment sinon aurait-il pu être de retour si tôt ? », interroge Bruno Fayard avant d’évoquer la route prise par Khannoufi : « Pour accéder à ce chemin isolé, il n’avait pas pris la route la plus directe pour Maastricht ». L’avocat général met également sur le compte de la préméditation l’ensemble des contradictions de l’accusé. « Il avait délibérément décidé qu’il tuerait la victime pour lui voler l’argent confié par Driencourt », a-t-il conclu en rappelant que 13 000 €, également en coupures de 20 €, avaient été retrouvés chez Khannoufi dont les revenus se limitaient au RMI.
De là, en déplorant « toute évolution de Saïd Khannoufi » et en soulignant « le risque de récidive évoqué par un expert », l’avocat général a requis vingt-cinq ans de réclusion criminelle.
Avocat de la défense, Me Bouchaillou, du barreau de l’Aisne, a mis l’accent sur la double vie de l’accusé, « issu d’un quartier défavorisé » depuis qu’il était dépendant à l’héroïne : « Il était feignant mais gentil avec ses proches qui n’ont rien remarqué ». S’il a réfuté la thèse de la préméditation – « Il aurait au moins nettoyé sa voiture ensuite » -, il a fait valoir « le pas en avant de l’accusé qui a reconnu les coups de couteau ». Il a surtout dénoncé « le fléau de la toxicomanie » dans une Union européenne où « les législations sur les stupéfiants manquent totalement et lamentablement

d’harmonisation ».

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