22 Septembre 2009

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Teddy Hatron, 33 ans, comparaît depuis hier devant la cour d’assises de la Somme. Sans raison apparente, en état d’ivresse, il a donné treize coups de couteau à un invalide. Verdict ce soir.

La session des assises de la Somme présidée par Samuel Grévin s’est ouverte, hier, sur l’examen d’une tentative de meurtre sur personne vulnérable. Sur le banc des accusés : Teddy Hatron, 33 ans, sans profession, sans domicile fixe.

Le 14 septembre 2006, les policiers sont appelés rue Victor-Camelinat à Amiens. Un homme de 61 ans, Marie-Joseph Remard, se déplaçant en fauteuil roulant, a été agressé par Teddy Hatron qu’il héberge depuis quelques jours.

Pas moins de treize coups de couteau ont été donnés à la victime qui n’a dû son salut qu’à la rapidité des secours et à une intervention chirurgicale au CHU d’Amiens.

Teddy Hatron a été arrêté au domicile de Marie-Joseph Remard. Il a a voué avoir bu toute la journée. Un taux de 1,1 gramme d’alcoolémie était relevé sur l’auteur de cette tentative de meurtre.

Problème d’alcoolisme et mésentente familiale semblent être au cœur de ce procès qui se poursuit aujourd’hui.

« Aucune visite à la maison d’arrêt »

Le président Grévin, par des questions très ciblées n’a épargné aucun épisode de la vie de l’accusé. Sa vie actuelle en prison : « J’ai rencontré des difficultés avec des surveillants et des détenus. Je n’ai aucune visite à la maison d’arrêt, pas même de ma famille » raconte M. Hatron.

On apprend au passage que l’accusé a fait trois tentatives de suicides en prison et l’objet de neuf procédures disciplinaires.

Le président Grévin en vient à l’élément fondateur d’une vie : l’enfance. « J’ai eu une enfance difficile. J’ai été battu à six mois par mes parents. La délinquance est venue à 17 ans. C’est là que j’ai connu la prison et depuis, la délinquance n’a pas cessé. »

Le président s’est fait plus précis : « Vous rappelez-vous des faits qui vous ont conduit en prison ? » Réponse de l’accusé : « Ce n’est pas les faits qui vous marquent, c’est la prison. »
« Votre passé judiciaire fait partie de votre personnalité » lance M. Grévin à l’accusé qui conteste que l’on s’intéresse à ses antécédents judiciaires. « Il est normal que je m’y intéresse parce qu’une partie de votre vie s’est passée en prison » lui répond le président Grévin.

Le casier judiciaire comporte près de 21 condamnations.

Me Dominique Caron, qui défend Teddy Hatron, reconnaît effectivement que « l’alcool, est central dans sa vie, et dans cette affaire. »

L’audition des parents de Teddy Hatron révèle les failles profondes dans sa famille.

Le président Grévin au père de Teddy Hatron : « Je vous donne la parole pour parler de votre fils. »

« Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? » répond le père qui ne voit plus son fils depuis des années. « À un moment, votre fils, Teddy, encore jeune était à la rue, SDF et vous ne vous en êtes pas inquiété ? Pour vous, c’est quoi, être père ? »

L’examen de cette affaire se poursuit aujourd’hui avec le réquisitoire de l’avocat général, M. Boussuge, la plaidoirie de Me Dominique Caron. Verdict en fin de journée.

J.B

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Teddy Hatron condamné à 15 ans

Ce SDF de 33 ans avait donné, en septembre 2006, 13 coups de couteau à Marie-Joseph Remart, un invalide de 60 ans. La cour d’assises a suivi les réquisitions de l’avocat général.

La seconde journée, devant les assises de la Somme, du procès de Teddy Hatron, accusé de tentative de meurtre sur personne vulnérable, s’est ouvert hier par la déposition de Mme Verrier, psychologue : « Son cadre familial n’a pas été très structurant et cela a pu intervenir. Teddy Hatron est dans une grande solitude affective. »

L’avocat général, Éric Boussuge, dans ses réquisitions, parlait « d’une affaire particulière par la gratuité et la violence et aussi par la personnalité de l’accusé ». Le magistrat mettait en avant « l’amnésie de circonstance ». « Cette amnésie est un mode de défense. Hatron, ce soir-là était très énervé pour des raisons qui nous échappent ! »

Pour l’accusation, « la volonté de tuer est évidente par les propos tenus et les endroits où les coups ont été portés. Marie-Joseph Remart grièvement blessé a eu la force de se relever, de monter dans son fauteuil roulant, de descendre deux étages et d’aller dans la rue où quelqu’un l’a secouru, appelant la police et le SAMU. C’est un véritable miracle que cet homme ait eu la force de se redresser ! »

La victime est décédée en février 2009. Son décès, selon le professeur Jardé, médecin légiste, n’a pas de rapport avec l’agression dont il avait été victime en 2006.

L’avocat général admettait que l’accusé a eu « une existence marquée dès l’origine par la violence » et rappelait son « placement pendant quelque temps à la suite de maltraitance, de coups portés alors qu’il avait 8 mois. Cette violence subie l’a marquée. Il va l’imposer très vite aux autres dès l’adolescence. À 21 reprises, il sera condamné par le tribunal pour enfants et par la correctionnelle pour des affaires de violences, de vols et de dégradation. Si on met bout à bout tous ces mois de prison, cela représente 7 ans et demi d’emprisonnement ! »

« Ils ne se détestaient pas ! »

Pour l’avocat général, « la responsabilité d’Hatron est entière ». M. Boussuge demandait alors une peine comprise entre 15 et 18 ans de réclusion criminelle.

Me Dominique Caron, défenseur de Teddy Hatron, commençait sa plaidoirie par quelques portraits. « D’abord, il y a le grand Jo, dit-elle. Nos chemins se sont croisés. J’ai 35 ans de barreau, lui avait 40 ans de délinquance derrière lui. Je l’ai croisé, recroisé. Il avait une sacrée gouaille ! Il se disait le roi du boudin antillais ! Il faisait 1,95 m. La vie de cet homme a été cassé en deux par un accident vasculaire cérébral. « Jo » Remart avait le cœur sur la main, mais il vivait dans un environnement de solitude. Maintenant, il y a Teddy que j’ai déjà défendu. »

L’avocate s’interroge sur le mobile de son client : « Mon client plante treize fois son couteau et il n’y a pas de mobile ! Ils ne se détestaient pas lui et Remart ! » Me Caron met aussi en avant l’attitude de son client après l’agression contre M. Remart : « Après, il n’y a pas eu de fuite. Il ne se lave pas les mains. Et surtout, il ne poursuit pas Jo dans la rue ! » Elle estimait que l’alcool a été l’élément déclencheur de cette violence irrépressible d’Hatron.

Teddy Hatron a été condamné à 15 ans de réclusion criminelle.

J.B.

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