Témoignage. Condamné à dix ans de prison en 2007 pour braquage, il a été innocenté en appel

Youssef Zouini, 25 ans, a fait deux ans de prison. Il crie sa colère car son innocence était évidente à prouver.

NANTES

Lorsque le verdict de la cour d’assises d’appel de Rennes est tombé ce jeudi, Youssef Zouini, 25 ans, n’a pas souri. Il a pourtant été acquitté. « Je devrais être soulagé de quoi ? démarre-t-il sur les chapeaux de roue, hier. J’ai les nerfs, oui. Je ne peux pas me réjouir pour quelque chose que je mérite. Ma liberté, je ne l’ai pas volée. »

Soupçonné d’être impliqué dans le braquage d’un Super U, à Nantes, le 1er novembre 2004, il a été condamné à dix ans de prison en 2007. Sa vie a été ruinée durant les quatre ans de procédure judiciaire et il a « passé deux ans derrière les barreaux pour rien ». « À l’époque des faits, je préparais un BEP en vente action marchande, raconte-t-il. Toute ma vie a volé en éclats. »

Preuve irréfutable

L’erreur judiciaire était « facile à éviter », clame-t-il. Et ce, même si un des braqueurs rapidement suspecté a brouillé les cartes en lançant de fausses accusations. À l’heure du braquage,Youssef Zouini téléphonait en fait à son amie. L’appel a duré plus d’une heure. « J’avais un forfait qui me permettait de passer des coups de fil gratuitement à certaines heures. Je passais mon temps à appeler mon amie quand je ne la voyais pas. Il suffisait de procéder à des vérifications sur mon téléphone portable pour me mettre hors de cause. Ces investigations n’ont été réalisées que quinze jours avant le procès en appel, sur insistance de mon nouvel avocat. Jusqu’alors, on prétendait qu’avec cette histoire de téléphone, je voulais me fabriquer un alibi. »

« Coupable idéal »

« Ni les enquêteurs, ni le juge d’instruction n’ont bougé alors que je clamais mon innocence », dénonce Youssef Zouini, qui assène à son tour un verdict accablant : « Je m’appelle Zouini, j’ai le teint bronzé. J’ai fait quelques conneries dans ma vie. J’étais un coupable idéal. »

Pour lui, « le mal est fait à jamais ». « J’ai perdu quatre ans de ma vie et des liens sacrés avec des potes. » Tricard dans les quartiers nantais, il s’est fait rosser à deux reprises. « Ici, je ne sors pas la nuit, je suis tout le temps sur mes gardes. Je ne dors plus, je vais être obligé de quitter la région. »

Il dit « en vouloir au juge de l’instruction » en charge de ce dossier. Désormais calé en droit bien malgré lui, il récite sans hésiter : « Le juge d’instruction a pour devoir d’instruire à charge et à décharge ». Et il ajoute : « Dans mon cas, il n’y a eu que de l’acharnement. » Il voudrait « obtenir des excuses pour tourner la page ». « Le plus dur en prison, rappelle-t-il, c’était d’être enfermé en n’ayant rien à se reprocher car le soir, en s’endormant, on n’a rien à regretter. »

Contacté, le juge concerné a refusé de commenter ces propos.

Yan Gauchard
yan.gauchard@presse-ocean.com

Repères

L’affaire

Le braquage du Super U de Saint-Jacques s’est déroulé le 1er novembre 2004. Trois hommes, masqués et armés, ont séquestré 17 employés du supermarché et raflé 45 000 €.

Le fiasco

Quatre hommes ont été jugés. Youssef Zouini et Ludovic Tan sont acquittés. Steeve N’Gozan est condamné à 15 ans de prison, et Rochdi Mhaouar à 10 ans. Ce dernier est en cavale. Le troisième auteur du braquage reste inconnu de la justice.

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