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Condamné par contumace pour un massacre en Italie, Josef Scheungraber a vécu paisiblement en Bavière jusqu’à maintenant, l’Allemagne refusant d’extrader de force ses ressortissants.

Josef Scheungraber (AFP)

Josef Scheungraber (AFP)

Un tribunal allemand doit prononcer mardi 11 août l’un des derniers jugements contre un criminel nazi présumé, un ancien officier nonagénaire accusé d’avoir ordonné un massacre de civils en Toscane en 1944, et qui menait depuis une vie paisible en Bavière.
Le procureur de Munich a requis en juin « une condamnation à la prison à perpétuité » contre Josef Scheungraber, 91 ans, pour 14 assassinats de civils âgés de 16 à 74 ans, qui lui ont déjà valu une condamnation par contumace en Italie.

L’accusé nie

Le nonagénaire, un ancien officier nazi, aujourd’hui malentendant, se déplace avec une canne mais paraissait en bonne santé lors de l’ouverture de son procès en septembre.
Il « récuse les accusations, et conteste avoir quoi que ce soit à faire avec ces faits », selon l’un de ses avocats, Christian Stünkel, qui a plaidé son acquittement.
Josef Scheungraber est accusé d’avoir ordonné l’un des massacres commis par l’armée allemande en Italie à la fin de la guerre, à Falzano di Cortona, le 26 juin 1944, alors qu’il commandait une compagnie de chasseurs alpins.
En représailles après un accrochage avec des partisans, les soldats nazis avaient pris en otage un groupe de civils, conduits dans une maison du village, avant de la faire exploser. Un seul a survécu, un jeune homme alors âgé de 15 ans, Gino Massetti. Quatre autres civils avaient été abattus par les nazis.
L’accusé a raconté lors de ses premières auditions devant les enquêteurs « avoir remis à la police militaire » les otages et ne pas savoir « ce qui leur est arrivé ensuite », a rapporté le Suddeutsche Zeitung.

Pas d’extradition forcée en Allemagne

Josef Scheungraber a déjà été condamné pour ces faits en son absence à la prison à perpétuité le 28 septembre 2006, par le tribunal militaire de La Spezia (nord de l’Italie).
Mais l’Allemagne, qui n’extrade pas ses ressortissants contre leur gré, n’a jamais fait appliquer cette peine.
Aussi le vieil homme a-t-il poursuivi sa vie tranquille en Bavière, dans sa ville natale d’Ottobrunn, où il est devenu après la guerre une personnalité locale respectée, gérant d’une menuiserie et conseiller municipal, participant régulièrement à des commémorations avec ses frères d’armes.
Son cas n’est pas isolé. Comme lui, d’autres ex-officiers nazis coulent des jours paisibles en Allemagne malgré des condamnations prononcées à La Spezia pour des massacres de centaines de civils italiens, à Sant’Anna di Stazzema (560 morts), Falzano di Cortona ou encore Marzabotto (955 morts).

Les derniers procès de nazis

Le procès de Joseph Scheugraber devrait toutefois être l’un des derniers organisés en Allemagne contre un criminel nazi, avec celui à venir de Ivan « John » Demjanjuk, accusé d’avoir participé au meurtre de 29.000 Juifs au camp d’extermination nazi de Sobibor, aujourd’hui en Pologne.
Demjanjuk, qui jusqu’à présent a nié tous les faits qui lui sont reprochés, jusqu’à sa présence à Sobibor, a vu son dossier renvoyé en juillet devant une cour d’assises de Munich.
Il avait été expulsé en mai des Etats-Unis vers Munich, à l’issue d’une bataille judiciaire acharnée.
(Nouvelobs.com)

Un ancien nazi Allemand condamné à perpétuité, 65 ans après un massacre de civils

De François BECKER (AFP) – 

MUNICH — Une cour d’assises allemande a condamné mardi à perpétuité, pour un massacre de civils en Italie, un ancien officier nazi qui menait depuis une vie paisible en Bavière.

« Josef Scheungraber était le seul officier de la compagnie » de chasseurs alpins qui a tué 14 civils le 26 juin 1944 à Falzano di Cortona, en Toscane, en représailles à un attaque de partisans, a souligné le président de la cour d’assises de Munich (Bavière, sud de l’Allemagne), Manfred Götzl.

Le nonagénaire a été reconnu responsable de la mort de dix d’entre eux, « sans aucun doute des civils, des fermiers et leurs fils », mais relaxé des quatre autres chefs d’accusation d’assassinats, faute de preuve, a annoncé le magistrat.

« C’est un scandale », a réagi l’un des avocats de M. Scheungraber, Klaus Goebl. Il a annoncé son intention de demander la révision du jugement. La peine de prison ne peut pas être appliquée tant que le jugement n’est pas définitif, et M. Scheungraber, 90 ans, est reparti libre.

L’ancien nazi semblait en bonne santé lorsqu’il a écouté, impassible, le prononcé du verdict, vêtu d’une veste traditionnelle bavaroise, de couleur sombre. Il avait récusé les accusations pendant les onze mois de procès, affirmant avoir remis les civils à la police militaire et ignorer ce qui leur était arrivé ensuite.

Le mobile de ce massacre « était la vengeance, la haine et la colère contre les partisans qui avaient tué deux de ses soldats », a estimé la cour.

Le jugement a été applaudi par des habitants de Falzano di Cortona et de descendants des victimes venus à l’audience, très émus, et certains en pleurs.

« Il s’agit d’un jugement très important, pour nos familles, nos proches qui ne peuvent pas être là, et c’est un jugement juste », a déclaré Angiola Lescai, 60 ans, qui a perdu son grand-père et un oncle dans le massacre.

« C’est aussi un message pour l’avenir: il y a certaines choses qui ne doivent pas se passer et, au bout du compte, il y a toujours une responsabilité personnelle », a-t-elle ajouté.

Le directeur du Centre Simon Wiesenthal de Jérusalem, qui traque les anciens criminels nazis dans le monde, Efraim Zuroff, a souligné pour sa part dans un communiqué l’importance de tels procès, même des décennies après la guerre.

« Les victimes de Falzano di Cortona ont simplement obtenu aujourd’hui que leurs tueurs soient punis comme ils l’ont été en 1944 ».

En représailles à un accrochage avec des partisans, les soldats avaient pris en otages le 26 juin 1944 un groupe de civils, âgés de 15 à 66 ans, alors que les Alliés n’étaient plus qu’à quelques kilomètres de là.

Il les avaient conduits dans une maison du village, avant de la faire exploser. Un seul a survécu, un jeune homme alors âgé de 15 ans, Gino Massetti. Quatre autres civils avaient été abattus par les nazis.

Josef Scheungraber a déjà été condamné pour ces faits par contumace à la prison à perpétuité le 28 septembre 2006, par un tribunal militaire italien. Mais l’Allemagne, qui n’extrade pas ses ressortissants contre leur gré, n’a jamais fait appliquer cette peine.

Aussi le vieil homme a-t-il poursuivi sa vie tranquille en Bavière, dans sa ville natale d’Ottobrunn, où il est devenu après la guerre une personnalité locale respectée, gérant d’une menuiserie et conseiller municipal, participant régulièrement à des commémorations avec ses frères d’armes.

Le procès de M. Scheungraber devrait être l’un des derniers organisés en Allemagne contre un criminel nazi, avec celui à venir de Ivan « John » Demjanjuk, accusé d’avoir participé au meurtre de 27.900 Juifs au camp d’extermination nazi de Sobibor, aujourd’hui en Pologne. Il attend de passer en cour d’assises à Munich.

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