« Un regard ou une frustration chez lui peut entraîner une réaction immédiate » selon l’expert psychiatre / C. Busti
Après avoir reconnu deux vols à main armée, Mohamed revoit le chiffre à la baisse. La persuasion d’un enquêteur l’aurait conduit à inventer une fable

« Après le collège, j’ai commencé un CAP de carrossier que je n’ai pas passé, puis ça a été l’intérim et j’ai eu un enfant par accident ». A 26 ans, Mohamed Sassi résume en cette simple phrase sa vie à la demande du président Martin. La vie d’un gosse d’immigrés tunisiens divorcés, d’un adolescent difficile, d’un jeune adulte qui connaît assez vite la prison pour différents délits, dont des vols, et apprend en détention qu’il va être papa « sans l’avoir voulu ».

Un début de vie, comme le dit l’expert psychiatre, fait de « courts-circuits », qui mène le garçon à vivre « dans une conduite d’échec ». Loupé sur toute la ligne, ce hold-up commis en juin 2006 à la société générale du cours Tolstoï de Villeurbanne. C’est l’irruption dans l’agence bancaire, la menace d’une arme, le coup de crosse asséné à un employé et l’oubli dans la fuite d’une bouteille d’eau posée sur le comptoir. Avec les tests ADN, la découverte à proximité du sac de sport contenant le pull et l’arme, et l’utilisation de la bande de vidéo surveillance, Mohamed est fait comme un rat. C’est d’ailleurs lui qui en septembre se rendra au commissariat pour mettre fin à cette tragique pantalonnade. Il reconnaît sans difficultés les faits, et lorsqu’un enquêteur ressort de son carton un certain nombre de braquages non résolus au cours des dernières années, il avoue celui de la BNP commis en 2002 à Saint-Fons. Le mode opératoire est similaire, la photo tirée de la bande vidéo assez ressemblante et les aveux circonstanciés. Pourtant quelques semaines plus tard Sassi revient sur ses déclarations, déclarant s’être laissé embobiner. « On m’a dit un ou deux braquages c’est pareil et aux assises si tu dis tout, ce sera mieux ». Propos évidemment démentis par l’intéressé pour lequel les détails donnés ne pouvaient être inventés. Et c’est toute la difficulté de la défense, tant l’homme dans le box est ambivalent. La sincérité chez lui semble aussi présente que la dissimulation ou l’évitement. Et lorsque les questions se font trop pressantes, appuient là où ça fait mal, il se referme comme une huître. Le butin du casse de Villeurbanne ? Pour rembourser urgemment une dette, d’après les premières déclarations. Subvenir aux besoins de ses proches selon les dernières. De ces versions, on en arrive à avoir le tournis, et même Mohamed ne sait plus trop où il va. Alors c’est l’argument de l’oubli. Les personnes présentes dans les banques, elles par contre, n’ont pas oublié ces scènes de western, même si le desperado était un solitaire. Solitaire et déboussolé, c’est finalement l’image qui peut rester de ce garçon, élevé par sa mère, père sans le vouloir, violent par réaction, pessimiste plus que révolté, fataliste plus que revendicatif. Un homme qui ne craint pas, pour le reprendre le mot du président de la cour d’assises « à dire tout et son contraire ». Reprise des débats à 9 h 30 avec un délibéré attendu en fin d’après midi.

Michel Girod

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