Quinze ans de réclusion pour l'ex-responsable du CAT

Quelques heures ont donc suffi. Hier après-midi, au terme de leurs délibérations, les jurés de la cour d’assises de l’Hérault ont scellé le sort d’Alain Regairaz, cet ex-responsable éducatif et du foyer du centre d’aide par le travail Les Compagnons de Maguelone, à Villeneuve-lès-Maguelone.

Comparaissant libre depuis le début de son procès, vendredi dernier, n’ayant jamais fait un seul jour de détention et au terme de cinq journées de débats, le sexagénaire a quitté le box, menottes aux poignets, condamné à quinze années de réclusion criminelle. Les jurés ayant suivi l’avocat général dans sa principale demande. En revanche, aucune peine de sûreté (des deux tiers), comme cela avait été réclamé, n’a été prononcée.

On imagine la déception de Mes Veyrier et Cot,
les conseils de l’accusé. Des avocats qui, un peu plus tôt dans la matinée, avaient adressé cette mise en garde aux jurés : « Méfiez-vous des évidences qui sont un peu les GPS de la pensée. La vérité, cela ne se programme pas, cela ne se décrète pas, cela se cherche ! », avait prévenu Me Veyrier en guise de préambule. Et l’auxiliaire de poursuivre : « Bien-sûr qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Mais il faut savoir s’il s’agit d’un feu de cheminée ou d’un incendie. »

Même si, pour la défense, c’est entendu : « Je crois que pour le grand public, à l’extérieur, la messe est dite, Regairaz est coupable. Je le comprends. Celui qui a péché une fois est un pécheur devant l’éternel. C’est une équation simpliste. Prenez-y garde car elle est foncièrement viciée. Elle n’intègre pas les paramètres qui sont le coeur de ce dossier. Le grand public a le droit de condamner. De faire ce qu’il veut. Mais vous n’êtes pas le grand public ! »

Me Veyrier raillant, ensuite, le président Cayrol. Un magistrat « ayant un sens aigu de la synthèse ». Cela pour dénoncer : « On vous sert en permanence un passé, un dé cor factice. Pourquoi ? Pour vous garder en périphérie des faits. On nous prend tous, y compris moi, pour des imbéciles ! » Car pour l’avocat, il y a des unions dangereuses : « Que Regairaz ne vous plaise pas, soit antipathique, ce n’est pas cela le débat. »

Comme son confrère, Me Cot l’a asséné aux jurés : « La justice, elle ne répond pas à l’émotion. On sait déjà ce que cela a pu donner… L’avocate regrettant : Il y a des éléments à décharge. Nous aurions voulu les entendre un peu plus. » Mais pour la défense, ce procès était cousu de fil blanc. « On veut vous convaincre que toute sa vie n’a été qu’alibis. Que toute sa vie, il a été un homosexuel, un pervers. »

Rappelant ensuite : « Sur ces douze garçons, pas un seul ne s’est confié au psychologue ou au psychiatre qui venaient au CAT chaque semaine. On peut s’interroger. » Dénonçant, dans la foulée, « la dictature de l’émotion ».

De là à faire entrer le mensonge dans le prétoire, il n’y a qu’un pas, franchi sans état d’âme par Me Cot : « Ils sont convaincus, au plus profond d’eux-mêmes, que ce qu’ils ont dit, ils l’ont vécu. On a délibérément gommé cet imaginaire, lié à leur handicap, à leur personnalité. Y compris dans le domaine sexuel. Êtes-vous naïfs à ce point pour accepter cette manipulation mentale ? » Une ultime question à laquelle ont répondu les jurés. À une majorité de huit voix au moins. Faisant d’Alain Regairaz un numéro d’écrou.

Jean-François CODOMIÉ

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