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Mohammad Shafia est accusé du meurtre de son ex-femme et de ses trois filles. Le processus judiciaire reprendra le 3 mai prochain.

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Christiane Desjardins
La Presse

(Kingston) C’est un employé de la Direction de la protection de la jeunesse de Montréal âgé de 25 ans qui a clôt, hier à Kingston, l’enquête préliminaire de trois Montréalais d’origine afghane. Ceux-ci sont accusés d’avoir tué quatre femmes de leur famille, l’été dernier, dans l’écluse de Kingston Mills.

Un père, une mère et leur fils jugés ensemble pour avoir éliminé d’un coup quatre des leurs, c’est unique dans les annales judiciaires. Mais à la lumière de l’enquête préliminaire, qui a duré tout le mois de février, on peut s’attendre à ce que bien d’autres aspects surprenants fassent surface au procès des trois accusés.

L’exercice s’annonce fascinant et complexe, en raison notamment du nombre de personnes impliquées, de la langue, des particularités culturelles et du fait que la famille était en mouvement au moment du crime.

Le procès n’aura sans doute pas lieu avant 2011, mais il a officiellement été mis sur les rails à la fin de la séance, hier. Mohammad Shafia, 56 ans, sa deuxième femme, Tooba Mohammad Yahya, 38 ans, et Hamed, leur fils de 19 ans, ont été cités à procès par le juge de la Cour de l’Ontario Stephen J. Hunter.

Ces trois résidants de Saint-Léonard devront répondre du meurtre prémédité de Rona Amir Mohammad, 49 ans, première femme de Mohammad Shafia, ainsi que de trois des filles que l’homme a eues avec sa seconde femme: Zainab, 19 ans, Sahari, 17 ans, et Geeti, 13 ans.

Les quatre femmes ont été trouvées mortes le matin du 30 juin dernier, dans une voiture Nissan immergée dans l’écluse de Kingston Mills, à environ 300 km de Montréal. La famille de 10 personnes, répartie dans deux véhicules, revenait d’un voyage d’une semaine à Niagara Falls quand la tragédie s’est produite.

Le père et la mère affirmaient qu’il s’agissait d’un accident, sans doute imputable à la témérité de leur fille aînée, Zainab, laquelle aurait pris, selon eux, l’une des deux voitures sans permission pendant une halte pour la nuit dans un motel de Kingston.

Mais les circonstances étaient bien étranges et, dans les semaines suivantes, des parents résidant en Europe ont évoqué un «crime d’honneur». Trois semaines après le drame, le père, la mère et l’aîné de leurs garçons ont été arrêtés à Montréal et emmenés à Kingston pour être accusés des quatre meurtres. Ils font également face à quatre accusations de complot puisque, selon la théorie de la Couronne, les meurtres auraient été planifiés à partir du 1er mai 2009.

Assez de preuves

Une enquête préliminaire vise à déterminer s’il y a assez de preuves pour tenir un procès. Le père et le fils l’avaient concédé avant le début de l’enquête. Pas la mère. Elle a fini par le faire au cours de la deuxième semaine, après qu’un élément crucial eut été accepté en preuve par le juge Hunter. Son avocat, David Crowe, a quand même décidé de poursuivre l’exercice, dans le but d’éprouver la qualité de la preuve et de tester les témoins.

Les avocats des deux autres accusés, Clyde Smith et Peter Kemp, se sont alors joints à l’exercice. Les trois accusés ont assisté à toute l’enquête, assis dans le même box. Comme ils n’ont pas le droit de communiquer entre eux, des policiers s’assoyaient entre eux. La teneur des témoignages est frappée d’un interdit de publication.

Pendant ces quatre semaines, le procureur de la Couronne Gerard Laarhuis et sa collègue Laurie Lacelle ont fait défiler un peu plus de 20 témoins, dont certains venus de l’étranger. C’est le cas d’un frère de Tooba, venu expressément de Suède, mardi, pour témoigner. Un homme devait venir de France, mais son témoignage a été annulé en raison d’une erreur de réservations. Une Afghane qui demeure maintenant aux États-Unis et qui se décrit comme une militante pour les droits de la personne a aussi témoigné.

Des policiers témoignent

Des policiers sont venus parler de leur rôle dans cette affaire. L’enquête a été menée par la police de Kingston, mais en raison de problèmes de langue, des agents d’autres corps de police ont été appelés à intervenir. C’est le cas de Shahin Mehdizadeh, un vétéran de la GRC en Colombie-Britannique, qui parle couramment le farsi. Une jeune policière de Toronto a aussi été mise à contribution pour la même raison. Le fils, Hamed, parle anglais, mais ses parents ne parleraient que peu l’anglais et à peu près pas le français. Originaire de Kaboul, la famille est arrivée au Canada en 2007, après avoir résidé une quinzaine d’années à Dubaï.

Beaucoup d’émotions

Parmi les autres témoins, on a entendu des employés de l’école secondaire Antoine-de-Saint-Exupéry, que fréquentaient certains des enfants Shafia. La mère a pleuré lors de certains témoignages. Le père a aussi versé des larmes occasionnellement. Mais le témoin qui a suscité le plus de réactions chez les accusés est le pathologiste qui a réalisé les autopsies.

En pleurs, la mère a demandé à ne pas assister à une partie particulièrement difficile de la présentation, ce qui lui a été accordé. Le fils est resté, mais il se voilait les yeux avec la main. À un certain moment, lui aussi a demandé à retourner en cellule. Pour sa part, le père a dit qu’il voulait rester mais qu’il ne «voulait pas regarder.»

Il est arrivé souvent que des parents ou des amis de la famille Shafia viennent assister aux audiences. Le père et la mère les saluaient du box. Hier, Tooba semblait particulièrement contente de voir trois personnes qui se sont décrites comme des cousins.

Au terme de la séance, hier, le juge Hunter s’est dit bien satisfait du déroulement de l’enquête, qui a été bouclée en un mois. Comme il s’agit d’une affaire très complexe, elle aurait pu durer bien plus longtemps et coûter bien plus cher n’eût été la collaboration de tous les avocats, a-t-il souligné. Les parties se reverront le 3 mai prochain pour la suite du processus judiciaire.

On s’attend à ce qu’il y ait plusieurs requêtes préliminaires à débattre avant le procès.

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