CLICANOO.COM | Publié le 17 février 2009

COUR D’ASSISES. L’ouverture du procès de la tuerie de Fenoarivo, consacrée à la lecture de l’imposant acte d’accusation, a surtout été marquée par une première algarade entre avocats. La défense réclame le renvoi du procès en raison de multiples absences de témoins.

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De cette première journée d’audience consacrée à la tuerie de Fenoarivo d’avril 2001, on retiendra la fastidieuse lecture de l’ordonnance de mise en accusation renvoyant Mamode Abasse Mamodtaky, Yohan Babar Ali, Jean-François Crozet et Riazhoussen Damdjy d’assassinats, tentative d’assassinats et complicité de ces faits devant la cour d’assises de la Réunion. Un document de plusieurs centaines de pages, allongé des retouches de la chambre de l’instruction qui avait prononcé un non-lieu en faveur d’une des sœurs de Mamodtaky, Fazilakhatoune, et de son premier mari Rishad Asgaraly. Six heures auront été nécessaires à la lecture publique de ces documents : un véritable calvaire pour les parties civiles qui ont revécu cette terrible journée du 22 avril et l’attaque de toute leur famille par un commando armé. Le vertige gagne la salle à l’énumération des victimes : cinq morts, cinq blessés graves, une litanie de nom qui s’égrène et donne toute son ampleur au massacre. Mais comme on pouvait s’y attendre, les hostilités ont été lancées entre avocats des différentes parties dès le début de l’audience. Alors que le président Jean-Pierre Szysz procède à l’appel des témoins et experts, une quarantaine en tout, il apparaît clairement que tout le monde ne serait pas présent. 19 témoins cités à comparaître sont déclarés manquants, l’occasion pour le ténor du barreau marseillais Me Gilbert Collard, avocat de Riaz Damdjy, de s’offrir une première sortie et demander purement et simplement le renvoi du procès : “Trop de témoins, essentiellement de l’accusation, sont absents. C’est déplorable pour le principe de l’oralité des débats et une atteinte aux droits de la défense qui doit pouvoir se confronter à ces témoins à charge.”

“Nous aurons donc droit au procès d’une justice impuissante à faire venir ses témoins”

L’avocat général François Basset, représentant le ministère public, déplore également ces absences : “Mais j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir. Les convocations ont été envoyées depuis octobre dernier. Mais beaucoup de témoins résidant Madagascar, je n’ai pas de moyen plus coercitif de les faire venir que de transmettre ma demande à la chancellerie, ce qui a été fait.” “Nous aurons donc droit au procès d’une justice impuissante à faire venir ses témoins”, ironise Me Collard. À signaler cependant que ni la justice française et encore moins l’administration branlante de Madagascar n’avaient les moyens de payer les billets d’avion de ces témoins. La grande absente sera sans aucun doute Me Marianne Razafinimanana, avocate malgache et maîtresse de Mamodtaky. Après l’avoir servi “d’abord pour l’argent, puis par amour, et enfin sous la menace”, allant jusqu’à rejoindre le fugitif dans sa cache en Ouganda, c’est elle qui a fini par confier aux enquêteurs que Mamodtaky est bien l’instigateur du massacre, et de fournir à ceux-ci l’identité du troisième tireur présumé, le Réunionnais Jean-François Crozet. Autres témoins restés à Madagascar, les auteurs d’une première tentative d’assassinat d’Anita Remtoula et de son frère Alexandre, un ex-beau-frère de Mamodtaky ayant eu vent du recrutement d’un tueur, ou encore le gardien de la propriété Tsambo, témoin oculaire de la tuerie. Leurs dépositions seront vraisemblablement lues en cours d’audience, quand les avocats de la défense auraient sans doute souhaiter les passer au feu des questions à la barre. Les magistrats de la cour d’assises ont en effet posé un sursis à statuer sur cet incident et laissé l’audience se poursuivre

Sébastien Gignoux Jérôme Leglaye

Extraits de l’ordonnance de mise en accusation

”On a franchi un bosquet et on s’est retrouvé face à une terrasse et un jeu de pétanque. Babar a surgi comme un fou et a commencé à arroser partout comme un forcené. Moi aussi j’ai tiré devant moi, mais en paniquant. (…) J’étais effrayé. Je crois que je n’ai lâché que deux coups, et je me suis retourné. Je vous jure : quand j’ai vu Babar dans sa folie, j’ai eu peur. J’ai vu les dégâts que ça avait fait devant moi, la panique, les cris, le bruit…” Audition de Jean-François Crozet, troisième tireur présumé.
”Il vaut mieux être victime que mis en examen dans cette affaire. Les Remtoula ont tellement bien fait que mon frère a dû partir, il n’a plus sa fille.” Audition de Fazilakhatoune, sœur de Mamodtaky.
”Il faut que cette affaire s’arrête maintenant, que Mamode fasse sa peine et que nous, ses sœurs puissions à nouveau reprendre une vie normale, pas à la merci et au service de mon frère et de mon père.” Audition de Saylakhatoune, sœur de Mamodtaky.
”Mamodtaky prétendait être victime d’un véritable complot dans lequel les vrais commanditaires (…) l’auraient contraint à fuir pour que les soupçons pèsent sur sa personne en faisant croire à un règlement de comptes entre Karanes.” Ordonnance du juge d’instruction Julien Simon.
”Après repérages (…) les trois tueurs finissaient par tirer le 22 avril 2001 sur toute une famille rassemblée pour un dimanche festif, famille brisée mais qui voulait encore croire en la justice.” Ordonnance du juge d’instruction Julien Simon.

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