La cour d’appel du Centre a entamé hier les débats au fond dans la deuxième manche du jugement pour meurtre de l’officier Bamkoui.

Elle est grande et agréable à regarder. Aussi, quand elle s’est brusquement levée du banc réservé aux parties civiles, là, juste devant Emile Joël Bamkoui, le meurtrier de son « fiancé » Hervé Michel Mapouro Njifon, les regards n’ont pas manqué de se tourner vers son port altier. Les chuchotements aussi au sujet de cette présence inédite. Bien qu’ils aient attendu qu’elle soit sortie de la salle d’audience où la chambre des appels militaires de la cour d’appel du Centre siégeait ce jeudi 20 août 2009 pour connaître, après le tribunal militaire de Yaoundé qui avait condamné M. Bamkoui à 18 mois de prison en mai dernier, de l’affaire du meurtre de l’inspecteur de police Mapouro dont la jeune femme qui attirait l’attention des gens dans le prétoire hier était la fiancée.

C’est d’ailleurs, sur ce statut de fiancée, entre autres raisons de désaccord, que les avocats des deux parties ont fait entendre leurs réclamations hier. La défense comme les parents du défunt, ayant chacun pour sa part fait appel de la décision du premier juge. Germaine Mounchingam était-elle donc, aux yeux de la loi, la fiancée qui devait convoler en justes noces avec Hervé Mapouro n’eût été la funeste nuit du 13 novembre 2008 où ce dernier trouva la mort après avoir été surpris par Emile Bamkoui, nu, couché dans une chambre d’amis de la résidence de cet officier supérieur de gendarmerie, en compagnie de la maîtresse de maison ?
L’enfant qui est née de Germaine Mounchingam, peu après le début du procès le 12 février devant le tribunal militaire de Yaoundé, peut-elle être reconnue en droit comme la fille de Hervé Mapouro ? Et les frères du policier mort peuvent-ils légalement réclamer réparation alors que l’enfant qu’ils présentent dans le même temps comme leur nièce, souvenir douloureux de la brève existence de leur frère, est également indemnisée par le tribunal ? Peuvent-ils même demander que le prix des larmes leur soit payé ? Enfin, sur la liste des nombreuses questions auxquelles le tribunal devrait répondre, Emile Bamkoui – qui a regretté la mort de Hervé Mapouro et offert d’aider à l’éducation de l’enfant – peut-il se refuser à dédommager cette fille?

Fiançailles
Pour les conseils des parties civiles en effet, il y a lieu de rejuger Emile Joël Bamkoui comme si le premier jugement n’avait pas compris ce qui c’était passé afin d’en tirer les conséquences. « Une affaire [pourtant] simple », a souligné l’une des avocates de la famille éplorée. Le gendarme a tué et causé du tort à la fille née de sa fiancée qui n’aura point son père pour veiller à son instruction et lui donner une éducation. « C’est facile d’ôter la vie et demander plus tard au cadavre de se présenter devant le maire pour reconnaître l’enfant », arguera l’avocate, rejetant les seules hypothèses légales à la faveur desquelles un père peut reconnaître son enfant, que venait d’énumérer Me Ngnié Kamga Jackson, conseil de M. Bamkoui. Quid de la fiancée ?
Dès lors qu’aucune règle n’organise les fiançailles, peut-on rejeter la reconnaissance des Mapouro de Mlle Mounchingam comme fiancée de leur fils, se demandera l’avocate qui n’a pas été soutenue en l’espèce par le ministère public. Du banc de l’avocat général en effet, l’on a retenu que c’est à la cérémonie de dot que les familles camerounaises situent les fiançailles. A moins de rapporter la preuve que Germaine Mounchingam avait été ainsi sollicitée, devrait-on conclure avec le ministère public, il n’y aurait pas de fiançailles. Mais ce ne sera pas le plus dur à avaler pour les parties civiles qui réclament comme lors du jugement en instance que le crime soit requalifié comme un assassinat alors que la défense plaide toujours coupable mais réclame la reconnaissance d’une excuse qui l’absoudra : la légitime défense.

Durant deux heures Me Ayissi Ngah a en effet expliqué que son client M. Bamkoui avait agi pour se défendre, d’un danger réel, dont il était, pour n’importe quel être « humain moyen », normal de penser qu’il pouvait causer sa mort. Revenant donc longuement sur les circonstances du drame, l’avocat a souligné à grands traits : la liaison entre les amants ; la surprise de Emile Bamkoui attaqué et blessé alors qu’il découvrait le pot aux roses ; l’utilisation de l’argent et de la voiture du meurtrier pour sauver la victime ; le camouflage de l’identité du policier qui aurait été pris pour un bandit à l’hôpital où il a été conduit et refusé aux soins dès lors que le personnel médical a cru que « c’était un bandit qui méritait de mourir », le rapport d’autopsie qui indiquerait qu’aucun organe vital n’avait été touché par l’une des quatre balles tirées cette nuit-là par le gendarme…
Au vu de tout ceci, s’interrogera Me Ayissi en relevant que la jurisprudence a largement eu besoin de bien moins que cela pour reconnaître des circonstances atténuantes et surtout la légitime défense, M. Bamkoui ne doit-il pas être autorisé à rentrer simplement chez lui ? Une partie de la réponse à cette question et à toutes les autres sera certainement disponible mardi lors de la suite du procès.

Jean Baptiste Ketchateng

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