Après les lourdes réquisitions prononcées lundi à l’encontre du « roi de la belle » pour son évasion de la prison de Fresnes, en 2003, les défenseurs de Karim Achoui, son ex-avocat, ont fustigé, mardi, « la construction intellectuelle » de l’accusation.

Karim Achoui (illustration) © SIPA Depuis le 31 août denier, cinq hommes sont assis dans le box blindé de la cour d’assises de Paris, dont « Nino » Ferrara, alias le Petit ou la Chepio. Un « délinquant dont la dangerosité est inversement proportionnelle à l’image qu’il donne, d’un abord sympathique voire séducteur, doté d’une adaptabilité et d’une intelligence malicieuse », a prévenu, mardi, à l’heure du réquisitoire, l’avocate générale Anne Vosgien. Et, parce que la magistrate voit en Ferrara, fiché au grand banditisme après plusieurs attaques de fourgons blindés, celui dont tous les braqueurs en puissance veulent s’attacher les services, elle comprend que sans le Petit, incarcéré à la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne), « ils ne sont rien ». C’est donc la raison pour laquelle un commando « armé de munitions de guerre, de celles qu’on utilisait à Sarajevo pour tuer des gens », a pris d’assaut la prison, le 12 mars 2003, pour faire libérer l’artificier, spécialiste, dit Anne Vosgien, du « cadre explosif » auquel ne résisterait aucune « tirelire ».

L’évasion de Ferrara, cette nuit-là, a été spectaculaire et s’est ensuivie d’une cavale à laquelle les policiers ont mis un terme, dans un bar du quartier de Bercy, à Paris, quatre mois plus tard. Mais « la belle » lui a coûté une condamnation à 17 années de réclusion criminelle, en 2008, à l’issue d’un procès houleux.

Aujourd’hui rejugé, l’Italien de Choisy-le-Roi n’a toujours pas l’heur de plaire à l’accusation puisqu’il refuse de donner les noms des hommes qui sont venus le délivrer de sa geôle, à renfort de kalachnikovs, ou du surveillant pénitentiaire qui lui a fourni un téléphone portable et des explosifs, dans sa cellule. « Mr Ferrara, le vrai courage, c’est celui d’assumer ses responsabilités ! », a tenté Anne Vosgien. Vêtu d’un blouson de tissu sombre, « Nino » lui a opposé son éclatant sourire. La magistrate a réclamé contre lui « entre 20 et 18 ans » de réclusion et « entre 18 et 16 ans » à l’encontre de deux pièces maîtresses du « puzzle » de l’accusation, Dominique Battini – qui a perdu un œil, et donc son ADN, lors de l’explosion de la porte de la maison d’arrêt – et Karim Bouabbas, qui affirme qu’il était « au Maroc » la nuit des faits.

« L’administration pénitentiaire a été humiliée »

Devant les cinq hommes du box, se tiennent trois autres accusés. Ils comparaissent libres. L’un, Bachir Aïrouche, a été acquitté en première instance. Le deuxième, Zaher Zenati, condamné à 8 ans de prison, a été remis en liberté au cours de l’audience. Et le troisième, Karim Achoui, 43 ans, finit par se confondre avec le fauteuil sur lequel il est assis tant son dos amaigri se voûte sous le poids de la charge assénée lundi par la seconde avocate générale.

Françoise Mothes, en effet, n’épargne rien à celui qui fut « l’avocat du milieu », le défenseur d’Antonio Ferrara, notamment, à l’époque où son client a pris la tangente. Car, selon la thèse de l’accusation, c’est Achoui, le « baveux » qui a donné le « top départ » à l’opération de Fresnes. En 2008, l’avocat a écopé d’une peine de 7 ans d’emprisonnement mais est sorti de cellule grâce à un vice de procédure. Lundi, cette même peine a été réclamée assortie à l’encontre de l’ex-« étoile montante du barreau de Paris » d’une interdiction définitive d’exercer sa profession.

Mardi, tels des « corbeaux noirs et hurlants », ses conseils ont fustigé, avec talent, « l’impressionnisme » d’une accusation « faite de certitudes et non de preuves », selon le bâtonnier d’Agen, Me Edouard Martial. Le pénaliste Christian Saint-Palais a, lui, fustigé « une stratégie politique qui consiste à faire croire qu’il est impossible de s’évader de Fresnes sans la complicité d’un avocat tellement nos prisons sont bien gardées ».

« Dans cette affaire, il y a eu vengeance judiciaire, l’administration judiciaire a été humiliée », a tonné, pour sa part, son confrère Me Francis Szpiner. Les trois défenseurs ont réclamé l’acquittement de Karim Achoui. Les plaidoiries se poursuivent aujourd’hui. Le verdict est attendu dans la nuit de vendredi à samedi.

Procès Ferrara – Des « corbeaux noirs » au secours de Me Achoui | France Soir.

1 réponse
  1. Jimmy
    Jimmy dit :

    Corbeaux noirs!! ca se voit la vengeance !!…la couleur,la race,la religion,est devenu un menu du jour pour des blancs qui n ont rien de valeurs dans la conscience que le denigrement !

    Répondre

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