PERPIGNAN Assassinat de Christopher : jugé pour avoir tué son meilleur ami

© L'independant© H. JORDAN

Joaquim Cortes, 23 ans, comparaît à partir d’aujourd’hui devant la cour d’assises des P.-O. pour le meurtre de Christopher Douane, 21 ans, tué par balle à Villeneuve-de-la-Raho, le 30 décembre 2007. Un décès qui avait suscité une vive émotion.

« Plus jamais ça ». Par ces trois mots brandis silencieusement dans les rues de Villeneuve-de-la-Raho, la population nombreuse avait témoigné début janvier 2008 de son émotion et de son incompréhension et avait, une rose blanche à la main, rendu hommage à Christopher Douane. Un enfant du pays de 21 ans, abattu une semaine plus tôt, d’une balle de 22 LR devant chez lui. Sans que personne ne sache encore vraiment pourquoi.
Pourtant, c’est un des meilleurs amis de la victime, Joaquim Cortes, âgé de 23 ans, qui devra répondre de son « assassinat »

à compter d’aujourd’hui devant la cour d’assises des P.-O. Et s’expliquer sur ce 30 décembre 2007. Ce jour-là, à l’aube, une livreuse de journaux avait découvert le jeune homme gisant dans la tranquille avenue de la Méditerranée à Villeneuve-de-la-Raho. Il avait succombé peu de temps après dans le véhicule qui le conduisait aux urgences. Tué par arme à feu. Mais par qui ? On savait seulement que le jeune homme avait passé la soirée avec plusieurs copains dans une discothèque à Canet. Sur le chemin du retour, une dispute avait alors éclaté entre la victime et l’un d’eux, Joaquim Cortes, concernant l’itinéraire à emprunter pour rejoindre leur domicile. Un différend d’une futilité désolante qui a tourné à la tragédie… Joaquim Cortes, qui avait mystérieusement pris la fuite après les faits, s’est finalement rendu aux services de gendarmerie. Il a raconté que le jour du drame, Christopher Douane, une fois arrivé devant chez lui, l’avait rappelé sur son portable, et « avait continué à l’insulter et en lui disant qu’il l’attendait en vue d’une explication ».
« Pour qu’il n’ait pas le dernier mot »

Ne voulant pas que « Christopher ait le dernier mot », il aurait, selon ses déclarations, saisi une carabine 22LR, serait monté à bord de son véhicule à Théza, et serait parti à la rencontre de son ami. Aussitôt, ils se seraient bousculés et apostrophés. Dans la bagarre, « alors que la victime tenait le canon de la carabine », explique Joaquim Cortes, deux coups de feu seraient alors partis accidentellement. L’un en l’air. L’autre atteignant Christopher qui s’était effondré sur le sol. Or, le rapport d’autopsie montre que Christopher Douane tournait partiellement le dos à l’accusé et l’expertise balistique conclut qu’il se tenait au moins à 80 centimètres de l’arme.
Tout au long de l’instruction, l’accusé a affirmé qu’il n’avait pas eu la volonté de tuer son ami mais qu’il avait seulement voulu l’impressionner avec son arme. A savoir maintenant quel était le motif réel de leur différend ? Joaquim Cortes n’a pas véritablement fourni d’explication. Si ce n’est d’évoquer une autre dispute qui serait intervenue la veille de la mort de Christopher, au sujet de la soeur de l’accusé. Sans que, là encore, on sache réellement pourquoi…

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Assises : le récit de l’accusé à l’épreuve des faits

Depuis hier, la cour d’assises des P.-O. juge Joaquim Cortes, accusé du meurtre de Christopher Douane, tué par une balle de 22 long rifle à Villeneuve-de-la-Raho en 2007. Verdict vendredi.

L e procès devant la cour d’assises des P.-O. a débuté hier par l’enquête de personnalité du prévenu Joaquim Cortes et par l’évocation des faits. Une journée de présentation au cours de laquelle l’accusé de 23 ans s’est exprimé sur la soirée du 29 novembre 2007. Soirée qui s’est terminée au matin du 30 novembre 2007 par le décès de Christopher Douane, âgé de 21 ans. Les débats ont permis aux jurés de comprendre un peu mieux ce qu’il s’est passé entre ces deux jeunes gens. Des jeunes gens qualifiés de « meilleurs amis » comme le vérifiera d’ailleurs l’instruction. Sauf qu’un différend entre eux a tourné au drame après une soirée bien arrosée en boîte de nuit. Ils se sont alcoolisés en compagnie d’autres amis qui seront, du reste, entendus comme témoins pendant le procès. Alors, quelle était la

nature de cette brouille ? Une soirée très arrosée Dans le box des accusés, Joaquim Cortes racontera une histoire tragiquement banale. Où l’on retrouve les ingrédients de la fête avec ses excès et ses zones d’ombre. Le président de la cour voudra d’emblée éclaircir un point clé : « L’objet de la dispute est-il lié à une relation amoureuse entre Christopher Douane et la soeur de Joaquim Cortes ? » Car il apparaît en effet que Christopher Douane aurait reçu ses avances peu de temps avant cette nuit. Mais ce dernier serait tout de suite allé s’expliquer auprès de Joachim. « C’est lui qui est venu me voir. On a discuté de ça le samedi soir. Mais il m’a dit qu’il ne sortirait pas avec elle et on s’est d’ailleurs fait la bise. Entre amis, on ne sort pas avec les soeurs de copains. Christopher l’avait respecté ». La discussion se tenait sur le parking de la colline des loisirs, tandis qu’ils consommaient de l’alcool avant d’aller en discothèque. Joaquim Cortes qui n’avait jamais consommé de drogues jusqu’ici ira même jusqu’à « accepter ce soir-là de la drogue qu’ils ont pris dans les toilettes d’une boîte de nuit« , affirme-t-il. Un cocktail explosif. Joaquim Cortes reconnaîtra toutefois avoir tellement bu « qu’il n’a pas ressenti les effets de cette drogue ». Toujours est-il qu’en fin de soirée, Joaquim et Christopher se retrouvent dans la même voiture, conduite par un de leurs amis qui les ramènent chez eux. Et pendant ce trajet, pour une simple histoire d’itinéraire, le ton est monté entre les deux meilleurs amis. « On s’est insulté dans la voiture. Puis quand on m’a déposé chez moi, Christopher, qui se trouvait à l’avant, voulait sortir mais le conducteur est parti de suite. Je suis rentré chez moi », indique Joaquim. Quelques minutes plus tard, la soirée basculera dans l’horreur. À 4 h 54 du matin, Joaquim qui se trouve chez lui, à Théza, reçoit un appel de Christopher. « Viens chez moi si t’es un homme , disait-il. À ce moment-là, j’ai pris ma carabine 22 long rifle sur l’étagère et je suis allé chez lui. Mais c’était juste pour lui faire peur ». Il prend alors la direction de Villeneuve-de-la-Raho où habite Christopher. L’accusé raconte : « Nous nous sommes bousculés et je l’ai empoigné. Puis Christopher a remarqué la carabine sur la banquette arrière. Et tout s’est passé très vi te », évoque Joaquim. « Christopher a tenté de s’emparer de l’arme. Mais je l’ai devancé et j’ai attrapé la carabine en même temps que lui ». Joaquim explique d’ailleurs que Christopher tenait la carabine quand les coups sont partis. Sur ce point, l’expertise balistique démontrera toutefois que Christopher se trouvait à plus de 80 cm quand il a été atteint par le coup mortel qui l’a touché à la hanche. « Un accident » plaidera la défense et M e Darrigade. « L’acte le plus stupide de ma vie », regrettera Joaquim. Je ne suis pas là pour qu’on me pardonne. La drogue ou l’alcool, cela n’excuse rien ». Ce à quoi l’avocat de la partie civile, M e Nicolau, convaincu de l’assassinat, répondra : Mais puisque c’était votre meilleur ami, pourquoi ne pas avoir appelé les secours puisqu’il est mort 56 minutes après le coup de feu » . Joacquim, prostré, parlera de la panique qui le gagnait. « J’aurais dû le faire » , lâche-t-il. « La version de Joaquim a l’air crédible. Mais les analyses techniques sont contradictoires » conclura M e Nicolau.

M. Mehr
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