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Pour chercher, para buscar, to search , , , Publié par Denise Anne Clavilier

Demain, s’ouvrira le procès du dernier président anti-constitutionnel sous la dictature militaire de 1976-1983. C’est lui, Reynaldo Benito Bignone, qui, le 10 décembre 1983, avait transmis l’écharpe bicolore et le bâton de commandement présidentiel à Raúl Alfonsín, après les élections démocratiques d’octobre précédent, mettant, contraint et forcé, le point final à huit ans de la plus sanglante dictature connue en Argentine (1).
Bignone était arrivé au pouvoir après la défaite argentine aux Malouines (2).
Bignone, qui a 81 ans aujourd’hui, est poursuivi pour de nombreuses violations des droits de l’homme intervenues au Campo de Mayo, un lieu éloigné de tout qui avait été transformé par la junte en place en camp de torture et de détention arbitraire. Il est aussi poursuivi pour la destruction des archives des Forces Armées concernant ces faits de torture et de détention illégale. A ses côtés, comparaîtront 5 généraux, dont trois ont déjà été condamnés en août pour d’autres crimes du même ordre, un chef de bataillon de l’intelligence militaire et un ancien commissaire de police. En tout, ils sont poursuivis pour 56 cas de séquestration, torture et homicide. Les 5 généraux sont eux aussi octogénaires, ils ont entre 82 et 86 ans.
Aujourd’hui, seul le quotidien Página/12 parle de ce procès. Et il en fait sa une. Le journal ajoute aussi au dossier une analyse sous forme d’interview de ce qui fut la position et le rêve de Raúl Alfonsín, l’avocat militant des droits de l’homme qui rétablit la Constitution en Argentine et qui est décédé quelques semaines après les célébrations solennelles qui ont marqué l’année dernière, d’octobre à décembre, les 25 ans de ce retour à la démocratie (voir mes articles à son sujet, y compris celui-ci, en cliquant sur son nom dans le blog Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus). Página/12 donne en effet longuement la parole à Marcos Novaro, un chercheur qui apporte son interprétation de la stratégie menée par Alfonsín et de ses rapports avec les autres courants nationaux qui composent l’actuel démocratie argentine, notamment l’apport toujours central de l’idéologie péroniste (3).
Pour en savoir plus :
Lire l’article de Página/12 sur le procès
Lire l’interview de Marcos Novaro dans Página/12
Pour accéder à tous les articles de Barrio de Tango relatifs à cette douloureuse question des droits de l’homme en Argentine et en Uruguay (y compris celui-ci), cliquez sur le mot-clé JDH dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, en haut, sous le titre, ou sur le raccourci Justice et droits de l’homme, dans la Colonne de droite, dans la rubrique Quelques rubriques thématiques (partie haute).
(1) Mettons à part la dictature de Juan Manuel de Rosas, qui s’étendit de 1835 à 1852, qui ne concerne que Buenos Aires et l’actuelle Province de Buenos Aires, et qui est intervenue avant que la notion de démocratie telle que nous l’entendons aujourd’hui se forme, y compris en Europe.
(2) La Guerre dite des Malouines, en français, des Fauklands en anglais et de las Malvinas en espagnol a opposé de mai à juin 1982 la flotte anglaise et les trois armées argentines, après que l’Argentine avait pris militairement le contrôle de ces îles de l’Atlantique Sud, au large du sud de la Patagonie, sous souveraineté britannique en droit territorial international. Au 19ème siècle, ces îles appartenaient de fait et de droit à l’Argentine qui en a été dépossédée par l’Angleterre et qui continue à en réclamer le retour aujourd’hui encore. Du côté argentin, la guerre des Malouines a été faite essentiellement par de jeunes appelés, peu ou pas formés au combat, armés de fusils et sans protection vestimentaire contre l’hiver de cette région proche du cercle polaire.
(3) Raúl Alfonsín était un militant de l’UCR, Unión Cívica Radical, vieux parti de gauche, fondé en 1891 par des membres de la classe moyenne (professions intellectuelles et libérales) contre la classe dirigeante et corrompue des gros propriétaires terriens (dite Generación del Ochenta) et qui fut le premier mouvement nationaliste favorable à une décolonisation économique de l’Argentine (plutôt dirigé contre l’emprise capitaliste britannique, et, pour une plus faible part, française). Aujourd’hui, le Gouvernement argentin est aux mains des péronistes, autre mouvement, né au début des années 40, sous l’impulsion de Juan Perón, à une époque où la pression étrangère politique, géostratégique et économique, venait presque exclusivement des Etats-Unis d’Amérique et qui s’est épanoui au début de la guerre froide, dans des tensions idéologiques peu propices aux développement d’une culture de la pluralité d’opinions dans le pays. Concernant ces repères essentiels à la compréhension de l’histoire et du présent dans cette région du monde, se reporter à mon article Vademecum historique, dont le lien se trouve dans la rubrique Petites Chronologies (en partie centrale de la Colonne de droite).

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