Rachid Ramda
Thierry Lévêque
Le dixième et dernier procès lié aux attentats islamistes de 1995 à Paris s’est ouvert mercredi avec l’accusé algérien Rachid Ramda, figure du « Londonistan », base arrière qui a fonctionné jusqu’en 2001.

Rachid Ramda est jugé en appel. En 2007, il a été condamné en première instance à la peine maximale, la perpétuité avec une peine de sûreté de 22 ans, pour avoir financé de Londres les actions revendiquées par le Groupe islamique armé (GIA) algérien qui avaient fait dix morts et des dizaines de blessés.

Il purge déjà en outre une autre peine de dix ans de prison pour association de malfaiteurs.

Juste avant l’ouverture du procès, les familles des victimes ont manifesté en silence devant la salle d’audience. Jean-Claude Brocheriou portait ainsi une photographie de sa fille Véronique, tuée à 26 ans dans l’attentat du RER à la station Saint-Michel, le 25 juillet 1995.

La journée devait être consacrée aux formalités d’ouverture du procès, qui s’achèvera mi-octobre.

Arrêté et emprisonné à Londres en novembre 1995 puis extradé vers la France en décembre 2005 après dix ans de procédure, cet homme de 39 ans, qui s’est présenté vêtu d’une veste et arborant une barbe bien taillée, a toujours nié les faits.

Lors de son interrogatoire d’identité, il a assuré qu’à l’époque des faits il était « dans l’attente d’un emploi ».

Sa défense a demandé notamment l’audition comme témoin de Jean-Louis Debré, ministre de l’Intérieur à l’époque des attentats et aujourd’hui président du Conseil constitutionnel, et de Jacques Toubon, ex-ministre. Ils ont refusé de venir.

Rachid Ramda est poursuivi pour « complicité d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste » concernant les attaques des stations du RER Saint-Michel (huit morts et 150 blessés), du métro Maison Blanche (18 blessés le 6 octobre 1995) et du RER Musée d’Orsay (26 blessés le 17 octobre 1995).

LE « LONDONISTAN »

Les sept attentats ou tentatives, commis entre juillet et octobre 1995 avec des bouteilles de gaz remplies de clous, visaient à punir le soutien de Paris au pouvoir algérien.

Cette série d’actions avait débuté le 11 juillet 1995 par l’assassinat à Paris de l’imam algérien modéré Abdelbaki Sahraoui et de son secrétaire.

Les écoutes menées par la police montrent que Rachid Ramda était en rapport téléphonique régulier avec Ali Touchent et Boualem Bensaïd, coordinateurs des actions en France.

Le premier est mort en Algérie en 1997, le second purge une peine de réclusion à perpétuité en France, comme un autre exécutant algérien, Smaïn Ali Belkacem.

Rachid Ramda, présenté comme l’envoyé de « l’émir » du GIA à l’époque, Djamel Zitouni, animait à Londres le bulletin Al Ansar, organe officieux du GIA.

L’accusation s’appuie sur des documents saisis chez lui, dont des ordres écrits du GIA et le texte d’un ultimatum envoyé le 27 août 1995 au président Jacques Chirac par le GIA.

Ses empreintes digitales figurent sur un bordereau de virement Western Union envoyé à Boualem Bensaïd.

Il vivait à Londres alors que s’installait le « Londonistan », autour de la mosquée de Finsbury Park, centre de financement, de réunion et d’endoctrinment où convergeaient les candidats à la lutte armée recrutés dans toute l’Europe.

Ils étaient acheminés ensuite vers l’Afghanistan, où Oussama ben Laden avait en 1994 commencé à implanter des camps d’entraînement. A l’époque, les magistrats français se plaignaient que les autorités britanniques tolèrent les activités de Rachid Ramda et de ses amis, qui devaient pour certains devenir plus tard des figures de la mouvance Al Qaïda.

Les dix ans que Londres a pris pour extrader le suspect ont entretenu cette tension, les choses ne changeant qu’après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et surtout après les attentats de 2005 dans les transports londoniens.

Édité par Yves Clarisse


Reuters

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