Mathieu Delahousse

Le Figaro a pu consulter l’ordonnance de non-lieu qui clôt l’«affaire Bamberski». La juge souligne des «dysfonctionnements» dans ce dossier, ouvert après le meurtre, en 1982, d’une adolescente française outre-Rhin.

Un dossier judiciaire atypique à bien des égards vient de trouver son épilogue après plus de vingt ans de rebondissements. Une juge d’instruction de Versailles, Nathalie Poux, a prononcé fin juillet un non-lieu dans l’enquête ouverte pour «acte d’intimidation envers les autorités judiciaires» et «corruption des autorités judiciaires» après les plaintes d’André Bamberski, dont la fille avait péri en 1982 en Allemagne.

L’affaire avait mis au jour des retards dans la transmission de décisions judiciaires ainsi que des interventions inhabituelles des autorités allemandes auprès de la justice française. Dans l’ordonnance de non-lieu, que Le Figaro a pu consulter, la magistrate souligne que «les investigations réalisées ont permis d’établir un certain nombre de faits dénoncés» mais que «ces dysfonctionnements n’apparaissent pas constitutifs d’infractions pénales».

L’instruction judiciaire avait vu défiler, comme témoins, une bonne partie de la haute magistrature française : Jean-Louis Nadal, aujourd’hui procureur général auprès de la Cour de cassation et donc premier magistrat du parquet de France, Laurent Le Mesle, actuel procureur général de Paris, Alexandre Benmaklouf, ancien procureur général de Paris, et Didier Wacogne, président de cour d’assises qui a notamment dû gérer le dernier procès Colonna. André Bamberski estimait que les autorités judiciaires françaises avaient failli dans leur mission pour y préférer des bonnes relations diplomatiques avec l’Allemagne.

Le dossier trouve son origine dans une histoire particulièrement douloureuse. En juillet 1982, Kalinka, 14 ans, fille aînée, de nationalité française, de M. Bamberski, était retrouvée morte en Allemagne. Elle séjournait alors avec son frère et sa mère au domicile du nouveau compagnon de celle-ci, Dieter Krombach, médecin de son état. L’adolescente avait manifestement été violée mais l’affaire était classée par la justice allemande dès le mois suivant.

Krombach en prison

André Bamberski décidait dès lors de se tourner vers la justice française, arguant de la nationalité de sa fille défunte. En 1995, la condamnation par contumace à 15 ans de prison du docteur Krombach par la cour d’assises de Paris avait créé une réelle tension en Allemagne. Les autorités d’outre-Rhin considéraient en effet que la France n’avait pas à revenir sur une affaire qu’elles avaient classée sans suite. Les plus hautes autorités judiciaires françaises avaient alors été amenées à se prononcer sur ce dossier.

André Bamberski, qui a interjeté appel de l’ordonnance de non-lieu, se dit toutefois aujourd’hui satisfait que la justice, par la voix de la juge d’instruction, reconnaisse l’existence des retards et des contacts diplomatiques ayant émaillé le dossier.

Dieter Krombach, pour sa part, a été condamné en 1997 à deux ans de prison avec sursis pour avoir violé une malade sous anesthésie avant d’écoper de deux ans et quatre mois de prison ferme pour escroquerie en juillet 2007.

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