REUTERS | 20.07.2009 | 17:53

Par Rina Chandran

BOMBAY (Reuters) – L’unique auteur survivant de la série d’attaques qui avaient fait 166 morts fin 2008 à Bombay a créé la surprise au tribunal en décidant de plaider coupable des 86 chefs d’accusation retenus contre lui.

Ce Pakistanais de 21 ans dénommé Mohammad Ajmal Kasab avait été filmé une kalachnikov en main par une caméra de surveillance à la gare principale de Bombay et capturé vivant, contrairement aux neufs autres assaillants qui avaient visé des hôtels de luxe et un centre culturel juif.

Lors d’un interrogatoire de routine d’un témoin de ces violences qui se sont étalées sur trois jours, du 26 au 28 novembre, l’accusé s’est levé à l’étonnement général en déclarant au tribunal : « J’ai quelque chose à dire. Je veux passer des aveux », a raconté à la presse le procureur Ujjwal Nikam.

« Il a avoué son rôle et son implication dans ces attaques qui ont fait tant de morts, aussi bien au niveau de leur planification et que de leur exécution », a dit le commissaire de police qui a dirigé l’enquête, Rakesh Maria. Ses trois heures d’aveux ont été enregistrées.

Kasab, qui encourt la peine de mort, n’est que l’un des 38 accusés dans ce procès, la plupart des autres étant réfugiés au Pakistan, à en croire les autorités de New Delhi, qui ont gelé, après les attaques de novembre, les pourparlers en cours visant à assainir leurs difficiles relations avec Islamabad.

UN NOM INDIEN JETE EN PATURE?

Le procureur Nikam s’est dit ébranlé par les aveux de Kasab mais aussi circonspect. « Il y a des détails contradictoires avec sa première confession et certaines choses qui devront être clarifiées devant la cour, comme le timing de cette confession et les raisons de sa volte-face », a-t-il dit.

Kasab avait passé des aveux devant les policiers peu après sa capture, mais il est par la suite revenu dessus, affirmant qu’ils lui avaient été extorqués sous la contrainte.

Un des éléments nouveaux dont il a fait état lundi est qu’un Indien répondant au nom d’Abou Jundal lui aurait appris ainsi qu’à ses complices des rudiments d’Hindi avant les attentats. L’Inde s’est jusqu’à présent insurgée contre l’idée que les assaillants aient bénéficié de complicités locales.

Le procureur Nikam a émis l’hypothèse que ce nom d’Indien avait été jeté en pâture par Kasab au tribunal pour détourner son attention, mais il a précisé que la police n’en vérifierait pas moins cette possible nouvelle piste.

L’avocat de Kasab, Me Abbas Kazmi, n’est pas intervenu lors de l’audience de lundi et s’est refusé à s’adresser à la presse. Accusation et défense devraient tirer les conclusions juridiques des aveux de l’accusé lors de l’audience de mardi, a déclaré le juge M. L. Pahilyani.

Si le ministère pakistanais des Affaires étrangères n’a pas réagi, le ministre indien de la Défense, Chaudhry Ahmed Mukhtar, a émis l’espoir que les aveux de Mohammad Ajmal Kasab, bien qu’isolés et émanant de quelqu’un d’incarcéré, « aiderait la justice Pakistanaise à mettre la main sur tous ces gens qui ont impliqués dans ces activités criminelles ».

Selon l’Inde, les services de renseignement pakistanais protègent des groupes islamistes armés comme le Lashkar-e-Taiba (LeT), auquel l’Inde impute les attaques de Bombay. Islamabad nie toute complicité de l’Etat et a promis de poursuivre les responsables présumés, dont certains ont été arrêtés.

Version française Marc Delteil

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