Isabelle Horlans, le mardi 21 juillet 2009 à 04:00

7401e9c632fb5318579527ad688977ae

Il n’y a qu’à relire les chroniques judiciaires de Renaud Vincent parues dans France-Soir pour comprendre que la cour d’assises qui la jugea fut confrontée à un spécimen rare. C’était en 1991 : les débats s’ouvrirent jeudi 17 janvier, huit heures après le déclenchement de l’opération « Tempête du désert », et s’achevèrent jeudi 28 février, jour de la libération du Koweït. L’accusée exprima sa fierté d’être associée à l’histoire : « C’est à faire rire un caillou. » L’audience, marquée par les larmes des filles de Bernard Hettier, tronçonné à la meuleuse, et les bons mots de Simone qui déclenchaient l’hilarité générale, se solda par une condamnation et un acquittement. Voici quelques séquences du procès, mais auparavant revisitons les faits.

Avec Marie Besnard, Simone Weber partage ce côté maîtresse femme : ce sont deux blocs que rien n’aurait jamais pu ébranler, pas même la meuleuse à béton dont la seconde se servit pour expédier ad patres son amant en pièces détachées. Elles ont également un penchant immodéré pour l’argent, la mise soignée et les bigoudis. La comparaison s’arrête là, puisque la « bonne dame de Loudun » fut acquittée et la « diabolique de Nancy », condamnée. Ainsi baptisa-t-on, dans les années 1980, la tragédienne Weber dont Balzac aurait fait une truculente héroïne. A mémé Simone on aurait donné le bon Dieu sans confession s’il n’y avait eu un jour, sur son chemin de vie, un costaud à la barbe broussailleuse : le juge Gilbert Thiel, alors à Nancy, aujourd’hui à l’antiterrorisme. Son opiniâtreté a envoyé la combinarde Weber en prison.

La mystérieuse disparition de Bernard Hettier

L’affaire débute le 7 juillet 1985. L’Est républicain publie un avis de recherche : Bernard Hettier, 55 ans, a disparu depuis deux semaines. Contremaître dans une usine, divorcé, il est père de deux filles rongées d’inquiétude. La police se rend à son domicile. Par les voisins, elle apprend que Bernard est harcelé par une ex-maîtresse, Simone Weber. Elle ne cesse de le suivre, de l’épier. La dernière fois que l’on a vu Bernard, c’était le 22 juin. Ce samedi-là, le voisinage se souvient de Mme Weber postée devant sa maison, fusil en main, et de ses menaces : « Je te tuerai ! » Bernard n’a jamais reparu. Les enquêteurs s’intéressent donc à la dame Weber. Au 158 de la rue de Strasbourg, à Nancy, une quinquagénaire pimpante apparaît. Sous la blondeur indéfrisable, deux yeux bleus qui roulent exagérément dans leurs orbites. Un regard qui cloue sur place. Un rictus lui élargit le menton. Sinon, calme apparent. Elle reçoit les policiers, qui ne la lâcheront plus pendant cinq ans…

Une veuve bien sous tous rapports

Simone Weber a éjecté son premier mari alcoolique, elle est veuve du second. Il ne lui reste que trois enfants, les deux autres sont décédés dans des circonstances tragiques. Ses revenus proviennent de l’héritage du défunt époux et de la revente de voitures dont elle répare les moteurs. Bernard Hettier ? Plus de nouvelles. La Renault 9 du disparu garée au pied de son immeuble le 22 juin, comme l’indique un homme qui ce jour-là cherchait Bernard ? Foutaises ! Les inspecteurs sont bredouilles. A son patron, Hettier a adressé un arrêt maladie. Problème : ce n’est ni son écriture ni sa signature. Le document a été délivré près de Paris. La police va voir le médecin avec une photo d’Hettier : inconnu au bataillon ! En fait, le « malade » est Pascal Lamoureux, un gendre de Simone. Le juge Thiel entre en scène. Premier objectif avant d’arrêter la suspecte : retrouver la R9 de Bernard.

Les sacs-poubelle et Bernadette

Au 158, rue de Strasbourg, les limiers de la PJ rencontrent le couple Haag, deux octogénaires bon pied, bon œil. Le 23 juin, ils s’en souviennent, leur voisine a fait un boucan du diable. Bernard Hettier est alors invisible depuis vingt-quatre heures. Dans la nuit, racontent les Haag, Simone Weber a « comme passé l’aspirateur », sauf que l’appareil était immobile au-dessus de leur tête. Ils ont regardé par l’œilleton, ont vu Simone Weber descendre des sacs-poubelle : quinze bleus et deux noirs. Les écoutes téléphoniques révèlent qu’elle parle en code à sa sœur Madeleine, qui réside à Cannes : « Il faut changer Bernadette d’école. » L’« enfant » est la R9 d’Hettier, planquée d’un parking à l’autre. Le 8 novembre, les sœurs Weber sont arrêtées. Madeleine ne sera poursuivie que pour recel et destruction de preuves. Quant à Simone, c’est une autre affaire. Le juge Thiel l’embastille et met au jour ses secrets.

Le bon vieux « mari » Marcel Fixard

Premier secret : la location d’une meuleuse à béton, 6.000 tours/minute, la veille de la disparition de Bernard. Elle en a déclaré le vol, mais voici qu’on la retrouve dans sa voiture ! Les experts dénicheront un bout de chair humaine sur un disque. Aux assises, elle sera reconnue coupable d’avoir utilisé l’outil au découpage de l’ingrat qui l’avait abandonnée. Le tronc de l’amant sera repêché dans la Marne, enfermé dans une valise lestée d’un parpaing, près du domicile d’une fille de Simone Weber. Autre secret : chez elle, les policiers trouvent une quarantaine de tampons encreurs aidant à falsifier des documents et à rédiger des ordonnances. Puis le testament de Marcel Fixard, défunt mari de Simone. Le juge Thiel décide d’enquêter sur cette union. Foin de mariage ! Fixard, ancien de la coloniale âgé de 76 ans, n’a jamais épousé Simone, rencontrée par annonce – elle se fait alors appeler Monique et se prétend prof de philo.

Un figurant a tenu le rôle de Marcel à la mairie de Strasbourg, Simone a « arrangé » l’acte. La voici dans les meubles du militaire, rue de l’Abattoir à Rosières-aux-Salines. Coquette maison et jardin potager, dont elle hérite trois semaines après la « noce ». Marcel vient en effet de succomber à un arrêt cardiaque ! Neuf jours auparavant, Simone a acheté, sur ordonnance, 80 pilules de digitaline, médicament pour le cœur très dangereux à haute dose. Gilbert Thiel l’inculpera du meurtre de Marcel Fixard ; la cour d’assises l’en acquittera. Grâce aux 15.000 pages du dossier, le juge, qu’elle surnommait « mon poussin » ou « Touvier » selon l’humeur, a obtenu vingt ans de réclusion pour le crime de Bernard Hettier. Mme Weber a été libérée le 17 novembre 1999. Elle clame toujours son innocence et ne désespère pas, à bientôt 80 ans, d’obtenir la révision de son procès.

0 réponses

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.