Les déserteurs autrichiens des armées d'Hitler toujours en quête de justice

De Gabrielle GRENZ (AFP) – 

VIENNE — Au 70e anniversaire de l’invasion de la Pologne par les troupes d’Adolf Hitler, les déserteurs autrichiens de la Wehrmacht nazie sont encore trop souvent considérés comme traîtres et lâches dans leur propre pays, comme le dénonce une exposition ouverte mardi soir à Vienne.

Intitulée « La Justice de l’époque … militaires et civils devant les tribunaux de la Wehrmacht », l’exposition allemande initiale a été adaptée avec des exemples autrichiens de déserteurs et de juges qui n’ont pas connu exactement le même sort après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les tribunaux nazis ont condamné quelque 15.000 déserteurs à mort, dont entre 1.200 et 1.400 Autrichiens, sans compter les peines capitales prononcées pour avoir tout simplement dénigré l’autorité de la Wehrmacht.

« Nous demandons l’annulation des verdicts des tribunaux militaires nazis, le règlement rapide des demandes de prise en charge des victimes de ce régime et un témoignage officiel du respect pour les déserteurs par le biais d’un mémorial », a insisté Thomas Geldmacher, responsable autrichien de l’exposition à l’entrée gratuite.

« Les déserteurs sont au coeur du mensonge autrichien après 1945 car si l’Autriche avait effectivement été, comme on l’a dit officiellement, la première victime de l’Allemagne d’Hitler alors la Wehrmacht aurait été une armée d’occupation et la désertion un acte d’obligation civile », a-t-il souligné devant la presse.

Mais, il en a été tout autrement comme le raconte l’un de ces déserteurs, Richard Wadani, né en 1922 à Prague et qui s’est échappé à plusieurs reprises de ses détachements nazis, en Ukraine notamment, avant de fuir en France pour rejoindre les alliés britanniques.

« En revenant en Autriche après la fin de la guerre, j’avais gardé ma veste de l’armée anglaise en me rendant à l’agence pour l’emploi où on m’a refoulé en me lançant +qu’est-ce qui vous a pris de servir dans les rangs d’une armée étrangère?+ », a-t-il rappelé.

Des courriers anonymes, comme cette carte signée « tes voisins » le traitant de lâche et accompagnée d’une série d’injures corsées qu’il a reçue en 1988, sont également montrés dans l’exposition installée dans les sous-sols d’un ancien théâtre juif, fermé après l’annexion (Anschluss) de l’Autriche en 1938, le Nestroyhof.

En 1944, le juge autrichien Leopold Breitler, chrétien-démocrate, est appelé à l’âge de 50 ans à siéger au Tribunal militaire nazi de Vienne. Il préside la cour qui condamne à mort 20 soldats qui s’étaient mutilés mutuellement pour échapper à la guerre. Les 20 jeunes gens sont tous exécutés sur le terrain de tir de Kagran, au nord de Vienne, aujourd’hui aménagé en parc mais sans la moindre stèle ou plaque rappelant ces évènements.

« Il n’était pas membre du parti d’Hitler mais il a contribué à radicaliser la justice militaire de l’époque », a souligné Thomas Geldmacher.

Après la guerre, le juge Breitler, soupçonné de participation à des crimes contre l’humanité, écope d’un mois de détention préventive en 1946, mais il est relâché. La même année, il ouvre un cabinet d’avocat qu’il dirige jusqu’à sa retraite en 1963.

Helga Emperger, née Peskoller, se souvient, dans une vidéo diffusée dans le cadre de l’exposition, du jour de son arrestation avec sa mère par la Gestapo le 11 novembre 1944 à Villach, en Carinthie (sud de l’Autriche), parce qu’elles hébergeaient des résistants. Elle avait 16 ans et fut emprisonnée jusqu’en avril 1945. Sa mère Maria fut exécutée le 23 décembre 1944.

D’autres photos témoignent de défilés d’associations d’anciens camarades de la Wehrmacht qui se réunissent encore régulièrement en Autriche, fiers de porter leurs uniformes et médailles nazies.

« Il y a bien eu l’adoption d’une loi dite de reconnaissance en 2005 en Autriche pour les victimes du régime nazi mais pas un mot sur les déserteurs », a regretté Richard Wadani rappelant qu’en Allemagne pourtant ce pas a déjà été franchi.

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