DOUBLE MEURTRE EN MARTINIQUE. Le parquet a annoncé qu’il allait faire appel de la décision de la cour d’assises

La décision du parquet de Fort-de-France de faire appel a été accueillie avec soulagement  par les époux Desmarthon (à droite), ici aux côtés des parents de Karim Merlot. (photo l. m-M.)
La décision du parquet de Fort-de-France de faire appel a été accueillie avec soulagement par les époux Desmarthon (à droite), ici aux côtés des parents de Karim Merlot. (photo l. m-M.)
pierre-manuel réault

Le parquet de Fort-de-France, en Martinique, a annoncé hier son intention de faire appel de la décision de la cour d’assises qui, dans la nuit de samedi à dimanche, a acquitté Patrick Littorie du meurtre de deux Périgordins, Martine Desmarthon et son compagnon Karim Merlot, en décembre 2004 en Martinique (lire « Sud Ouest » d’hier).

Une annonce qui était très attendue par Camille Desmarthon et sa femme Marie-Louise, ce couple domicilié à Sainte-Marie-de-Chignac. Joint par téléphone, il a fait part de « son grand soulagement ». Les époux Desmarthon étaient, en effet, sortis particulièrement abattus d’un procès d’assises extrêmement éprouvant auquel ils ont assisté pendant quatre jours.

« Un goût amer »

« Nous voulions enfin comprendre, connaître la vérité, explique Camille. Malheureusement, ce procès nous a laissé un goût amer. L’accusé n’a pas cessé de mentir, de se contredire, nous laissant ma femme et moi dans l’incompréhension la plus totale, dans un doute insoutenable, puisqu’il ne nous a pas été permis de saisir ce qui a pu se passer. »

Un désarroi d’autant plus grand que pour les époux Desmarthon, l’accusé s’est joué des jurés. « Ils ont sans doute estimé qu’il n’était pas possible d’affirmer avec certitude qu’il était coupable, explique le père de Martine. Mais une chose est certaine, il n’a pas tout dit et sait très vraisemblablement comment Karim et Martine ont été tués. »

Le jeune couple vivait aux Antilles depuis environ deux ans sur un voilier lorsque leurs corps ont été retrouvés nus et mutilés dans la baie du Robert. La découverte d’une embarcation légère à bord de laquelle le sang et l’ADN des victimes avaient été retrouvés avait mis les enquêteurs sur la piste de l’accusé, son propriétaire. Des indices qui avaient été jugés suffisamment probants pour que Patrick Littorie soit écroué et purge, jusqu’à son procès, cinq années de prison préventive.

Mais comme l’a fait remarquer la défense durant le procès, ces indices n’étaient pas suffisants pour juger de la culpabilité de l’accusé puisque n’importe qui a pu se servir de l’embarcation pour transporter les corps.

Une enquête mal ficelée ?

Pour Camille et Marie-Louise Desmarthon, les zones d’ombre qui entourent encore cette affaire révèlent d’abord les faiblesses de l’enquête. « Elle n’a pas été assez poussée, estime Camille. De nombreuses pistes n’ont pas été explorées, des témoins n’ont pas été recherchés et nous ne savons même pas avec certitude où Karim et Martine sont morts ni avec quelles armes ils ont été tués. » En outre, avait estimé le médecin légiste lors du procès, l’agression des deux victimes n’a sans doute pas été commise par un seul homme. Alors, avec qui le meurtrier présumé a-t-il agi ?

Là encore, les époux s’interrogent, même s’ils pensent immanquablement à un certain Vivian, le colocataire de Patrick Littorie, qui avait un temps été suspecté par les gendarmes avant de bénéficier d’un non-lieu.

Camille et Marie-Louise Desmarthon s’accrochent désormais à l’espoir suscité par le nouveau procès, en espérant qu’il leur permettra enfin de connaître la vérité, de les aider à faire leur deuil et de mettre fin à leur terrible cauchemar.

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Lundi 07 Décembre 2009

FAIT DiVERS. Accusé d’avoir tué Martine Desmarthon et Karim Merlot, Patrick Littorie a été acquitté par les jurés de Fort-de-France

Dordogne : deux crimes impunis

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Karim Merlot et Martine Desmarthon ont été tués en décembre 2004 en Martinique. (Archives DR)
Patrick Littorie a-t-il tué Karim Merlot et Martine Desmarthon, un couple de plaisanciers originaires de Sainte-Marie-de-Chignac, en décembre 2004 ? À cette question, dans la nuit de samedi à dimanche, le jury de la cour d’assises de Fort-de-France, en Martinique, a répondu non. Après quatre jours d’un procès éprouvant, il n’y a donc pas de coupable pour ce double crime qui reste pour l’instant impuni.

« Nous sommes bien peu de chose face à la justice », laisse échapper Marie-Louise Desmarthon, la mère de Martine, avant de sortir du tribunal. Devant les jurés, à l’issue des débats, elle avait résumé son sentiment : « Quand nous avons appris la nouvelle de la mort de Karim et Martine, quand nous avons vu les photos de notre fille défigurée, mon mari et moi, nous nous sommes juré de tout faire pour connaître la vérité. Mais depuis le début du procès, c’est un concours de menteries. »

Cette petite femme de 70 ans, recroquevillée par la douleur, trouve encore la force d’articuler à l’attention des magistrats : « Sans vouloir vous faire de reproche, c’est très long cinq ans. J’ai écrit partout, au président de la République, au garde des Sceaux, au procureur ici en Martinique… » À sa manière, cette mère dénonce une enquête pavée de questions sans réponses et des pistes restées inexplorées.

L’énigme du bateau vert

Elle et son mari avaient même écrit à la justice pour attirer l’attention sur un bateau vert, mentionné dans l’enquête qu’ils suivaient depuis la Dordogne natale, à 8 000 kilomètres de distance. Ce voilier avait mouillé à 10 ou 15 mètres du bateau de Karim et Martine, au moment exact où ils ont disparu. Mais les deux skippers avaient déclaré qu’ils n’avaient rien vu, rien entendu et avaient levé l’ancre sans être plus inquiétés.

Trois hommes originaires de Sainte-Lucie, l’île voisine, gravitaient également dans les parages. Non seulement ils évoluaient dans l’univers des stupéfiants, mais ils auraient été vus à plusieurs reprises en compagnie de « Vivian », le colocataire de Patrick Littorie à l’époque. Les enquêteurs n’auraient jamais cherché à les identifier, soulignent les avocats de la défense.

Autre lacune de l’enquête : la recherche des armes du crime. L’expertise du médecin légiste avait mis en lumière dès le début de l’instruction qu’il s’agissait d’objets particulièrement mystérieux. Le docteur Malebranque avait identifié des lésions inhabituelles, provoquées par « un instrument piquant à quatre ou cinq pointes » et par une sorte de marteau de charpentier. Sur le bord d’autres plaies, des fragments de peinture noire avaient été relevés pendant l’autopsie. Jamais ils n’ont été analysés.

Il faut dire que les déclarations de « Vivian », le colocataire de Patrick Littorie, avaient offert une piste séduisante aux enquêteurs quelques jours après la découverte des corps. Selon lui, l’accusé était revenu une nuit les vêtements ensanglantés. Il était ensuite reparti avec sa hache, comme en transe. Précision de taille : aucune empreinte de ce type n’a été retrouvée sur les corps des victimes. Et Patrick a toujours dit qu’il avait saigné suite à une bagarre avec un autre individu. Sur ses vêtements, l’expertise ADN n’a retrouvé que son sang.

Coupable idéal

« Plutôt que de chercher la vérité, les gendarmes se sont acharnés à démontrer que Patrick Littorie mentait. Mais ce n’est pas parce qu’il dit n’importe quoi, ni parce que les psychiatres le décrivent comme un séducteur et manipulateur, ni même parce qu’il semble antipathique que mon client a massacré avec sauvagerie ce couple », a souligné l’un des avocats de la défense, le bâtonnier Me Constant.

Patrick Littorie était un consommateur de crack, connu pour ses comportements violents… Il est devenu le coupable idéal, que la rumeur avait aussitôt désigné. Dans le dossier, bien peu de preuves sont pourtant venues soutenir la version de l’accusation. « On a une yole qui appartient à l’accusé, a plaidé Me Drageon, du côté des parties civiles. On y a trouvé le sang et l’ADN des victimes, ainsi que celui de Patrick Littorie. »

Cela ne prouve au final qu’une seule chose, souligne la défense : l’embarcation a servi à transporter les corps déjà morts, comme le prouve une expertise sur les traces de sang. Et n’importe qui peut l’avoir empruntée. À l’issue de ces quatre jours d’audience, chacun repart ainsi avec la désagréable impression que l’accusé comme son ancien colocataire, s’ils ne sont pas coupables, détiennent en tout cas des clés de l’énigme qu’ils ont refusé de livrer.

Auteur : Liza Marie-Magdeleine
À Fort-de-France (Martinique)
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