Une manifestation calme et « bon enfant », et puis un grain de sable qui enraye la machine et tout dégénère. Question : ce jeune manifestant avait-il pour autant sa place devant un tribunal ?

Trois heures et demie d’audience, huit témoins, presque un an de procédure? mais au bout du compte, hier, une phrase revenait comme un leitmotiv dans les couloirs du tribunal : tout ça pour ça ? Car eu égard aux poursuites, on s’attendait à des réquisitions plus sévères même si, objectivement, elles auraient sans doute été moins justes.

Ce matin du 7 mai 2008, rien ne pouvait laisser supposer qu’on en arriverait à des débordements. Une cinquantaine de personnes (parents d’élèves, étudiants, lycéens) étaient venues devant la préfecture de Limoges protester contre des fermetures de classe à l’occasion du Conseil départemental de l’éducation nationale (Cden). Symboliquement, les plus jeunes manifestants avaient formé une chaîne humaine pour boucher l’entrée de la préfecture. Selon plusieurs témoignages, ceux qui souhaitaient malgré tout entrer dans le bâtiment pouvaient simplement contourner le « cordon ». Tout se passait donc plutôt bien jusqu’à ce qu’un homme force le passage et provoque un incident, obligeant le responsable du dispositif policier, le commissaire Paul Bousquet, à réagir. A la barre, celui-ci explique qu’il a donné l’ordre de « faire une ouverture » et que ses hommes ont alors poussé les manifestants. Sans violence, de son point de vue, mais avec une fermeté qui a pu être perçue comme musclée par des gens qui ne sont pas nécessairement habitués à ce type de confrontation. Résultat, plusieurs manifestants et policiers se sont retrouvés au sol. Une confusion générale au cours de laquelle un manifestant a été identifié par les policiers comme étant plus actif que les autres : Kévin Parachaud, 19 ans, étudiant en droit et militant du parti qu’on appelait encore LCR (aujourd’hui NPA).

« J’ai entendu « lui, on l’attrape », explique le jeune prévenu et ils m’ont pris à quatre pour m’emmener dans le poste de police ». Au cours de l’interpellation, Kévin dit avoir subi des coups. Les policiers, eux, assurent avoir « goûté » aux pieds de Kévin au moment de la bousculade. Et si d’un côté comme de l’autre, il n’y a pas eu de blessure sérieuse (tout juste des bleus), les policiers ayant déposé plainte, l’affaire a été portée devant la justice.

De 11 heures à 13 heures, le défilé des témoins fait tourner la pendule. Pas de grande révélation, juste la confirmation qu’il y a deux versions des faits. Côté police, on parle d’un travail fait comme il faut, sans excès. Côté manifestants, on dénonce un dispositif policier surdimensionné et des méthodes de contrainte pas vraiment appropriées. Certains ont vu des matraques, d’autres non, mais la plupart des participants se disent choqués par la scène qu’ils ont vécue. Notamment des parents qui étaient présents avec leurs enfants et qui ont eu peur, vraiment peur. Pas grand-chose à voir avec ces « gens qui avaient envie d’en découdre » dont parle l’avocate des deux policiers, Me Galinet.

Le vice-procureur Jean-Pierre Dartenset, lui, semble un peu embêté. Il décrit une manifestation « calme, avec des revendications légitimes » et des policiers « qui n’ont pas fait n’importe quoi, n’importe comment ». Il explique que Kévin a mal agi, « qu’on ne résoud rien avec la violence » pour ne finalement requérir? que 1.000 euros d’amende.

Dans une plaidoirie audacieuse, l’avocate de Kévin, Me Christel Mathieu, explique que le match, par essence, est loin d’être gagné. Parce que la parole d’un policier est toujours plus crédible. L’idée de ce déséquilibre sera le fil rouge de sa défense. Kévin contre Goliath, en quelque sorte. « Il y a eu un débordement, il y a eu une faille et on vient déposer plainte pour couvrir les coups qu’on a soi-même donnés ». Une ultime salve assortie, logiquement, d’une demande de relaxe. Le tribunal a mis sa décision en délibéré : épilogue le 26 mai.

Stéphane Marmain
stephane.marmain@centrefrance.com

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