Le crime était prémédité
Jugé pour avoir tué sa jeune femme en décembre 2007 à Evreux-La Madeleine (Lire nos éditions précédentes), Sédifo Niakate, 40 ans, a été reconnu coupable d'assassinat et condamné hier à vingt ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de l'Eure, conformément aux réquisitions de l'avocat général. Il encourait la perpétuité.
Une journée et demi d'audience seulement a été nécessaire pour juger cette affaire dont la question principale tenait au caractère prémédité ou non du crime.
Car jamais l'accusé d'origine malienne - il a vécu dans un village de brousse jusqu'à ses dix-sept ans - n'a nié être l'auteur des coups de couteaux. « J'ai toujours un couteau sur moi depuis que je me suis fait agressé », s'est défendu l'accusé.
Une lésion irréversible
Après avoir frappé sa femme dont il ne supportait pas d'être séparé, il avait appelé la police, laquelle avait déclenché les secours. Transportée à l'hôpital d'Evreux puis à Charles Nicolle à Rouen, Sadio Niakate, était décédée quelques heures plus tard d'une hémorragie. Comme l'a détaillé le médecin légiste à la barre, la lame - 19 cm - avait atteint la région du cœur. En revanche, l'accusé a nié avoir agi avec préméditation justifiant ses coups par la colère après que sa femme lui ait refusé de pénétrer dans son appartement. Reste que ce système de défense vient en contradiction avec les propres déclarations de l'accusé. A plusieurs reprises dans les heures qui suivirent le crime, il avait expliqué aux policiers avoir pris la décision de tuer sa femme la veille au soir.
Les heures qui ont précédé le crime laissent aussi à penser que cette version était la bonne. C'est du moins ce qu'ont jugé les jurés de la cour d'assises qui siège à Evreux. Le matin même en effet, Sédifo Niakate avait quitté son domicile de Gaillon pour rejoindre Evreux en stop. Il avait alors attendu plusieurs heures, dans l'escalier, le retour de sa femme qui vers dix-huit heures, regagna son appartement HLM, accompagnée de leurs trois enfants en bas âge. Une courte dispute se serait alors engagée, avant que huit coups de couteau n'atteignent la victime.
R. M.
Il risque 20 ans de prison
COUR D'ASSISES. Ludovic Dorin dormira-t-il ce soir en prison ? Accusé d'avoir défenestré sa compagne, il a défendu jusqu'au bout la thèse d'un suicide raté.
Hier soir les jurés de la cour d'assises de Seine-Maritime délibéraient encore pour savoir si Ludovic Dorin, un chauffeur routier de 35 ans, avait dans la nuit 30 au 31 janvier 2004 tenté de tuer sa compagne, Lætitia, en la jetant par le velux de la chambre conjugale du Petit-Quevilly. La chute a rendu la jeune femme paraplégique. L'accusé a toujours expliqué qu'il s'agissait d'une tentative de suicide qu'il n'avait pu empêcher.
Dans cette affaire, convaincu de la culpabilité de l'accusé, le parquet a requis une peine sans nuances, « comprise entre 15 et 20 ans de réclusion ».
S'il est indéniable que la jeune femme est passée par la fenêtre, que son compagnon a attendu 7 heures pour appeler les secours, que sa compagne a patienté un an et demi avant de déposer plainte, hier, à la cour d'assises, deux thèses s'affrontaient violemment.
Pour la victime et le parquet, s'appuyant sur les expertises psychiatriques et psychologiques, sur un contexte de violences dénoncées par des enfants du couple et des viols (qui ont fait l'objet d'un non-lieu) Ludovic Dorin, peut-être sous l'influence de l'alcool, « atteint d'une jalousie maladive, obsessionnelle, qui le ronge », alors que la jeune femme se refuse à lui depuis 10 jours, a eu une dramatique pulsion de violence, selon Me Vigier. Et d'expliquer que si, après les faits, elle est restée auprès de celui qui l'avait jeté de la fenêtre, « c'est parce que c'est tout ce qu'elle avait, tout ce qui lui restait ».
« Ludovic Dorin n'est pas le monstre qu'on voudrait nous faire croire », réplique Me Robert, qui souligne que rien dans le dossier ne vient prouver la violence supposée de son client, que rien ne vient contredire la possibilité d'un suicide que certains écrits de Lætitia semblent confirmer. « Le suicide-réflexe, cela existe », détaille à son tour Me Noël pour expliquer que l'accusé n'a pas eu le temps d'empêcher la chute. Le verdict était attendu en fin de soirée hier.