Par François Koch, publié le 19/08/2009 14:11 – mis à jour le 19/08/2009 14:47

Depuis dix ans, Me Etienne Noël fait condamner l’Etat, responsable de violences ou de suicides en prison. Le trublion marque des points.

« C’est le combat de sa vie d’avocat. » Me Christine Visier-Philippe, vice-présidente de la Conférence des bâtonniers, présente ainsi Me Etienne Noël devant ses pairs pour décrire son opiniâtreté et les inciter à suivre les traces de ce pionnier. Une invitation qui prend un tout autre relief après la déclaration de Nicolas Sarkozy, qualifiant l’état des prisons françaises de « honte pour la République« , le 22 juin.

"Il fallait poursuivre l'administration pénitentiaire, parce qu'elle avait facilité ces délits ou ces crimes", explique Me Noël. AFP PHOTO PHILIPPE MERLE

« Il fallait poursuivre l’administration pénitentiaire, parce qu’elle avait facilité ces délits ou ces crimes », explique Me Noël.

Pour Etienne Noël, tout commence en 1995. Commis d’office auprès d’un détenu, il se rend à la maison d’arrêt de Rouen. « Lors des trois premières visites, mon interlocuteur, Christophe, ne parvenait pas à parler, il tremblait et regardait la porte. A la quatrième rencontre, il a fini par me raconter les coups à répétition et les viols que lui avaient infligés ses deux codétenus pendant quinze jours. »

Ecchymoses

L’avocat obtient que les deux bourreaux soient lourdement condamnés par la cour d’assises de Seine-Maritime. Mais pas question d’en rester là. « Il fallait poursuivre l’administration pénitentiaire, parce qu’elle avait facilité ces délits ou ces crimes », explique Me Noël. Selon lui, Christophe n’aurait pas dû être placé dans la cellule d’un condamné pour agression sexuelle, qui venait de violer un codétenu. Par la suite, les ecchymoses sur le visage de Christophe auraient dû donner l’alerte. De fait, cette erreur de placement et ce défaut de surveillance amèneront le tribunal administratif de Rouen à condamner l’administration pénitentiaire pour faute lourde en 1999.

Depuis, Me Noël obtient régulièrement des décisions reconnaissant la responsabilité de l’Etat dans les sévices subis par des détenus. Des violences ou des viols qui conduisent parfois un détenu au suicide. « Je suis actuellement saisi par huit familles de prisonniers qui ont mis fin à leurs jours, confie Me Noël. De nouveaux drames se produisent dans les mêmes établissements, comme si les capacités de l’administration pénitentiaire à se remettre en cause étaient extrêmement faibles… ou nulles. »

« Nous avons évolué, réplique Stéphane Gély, directeur de Bonne-Nouvelle – c’est le nom de la maison d’arrêt de Rouen. Un détenu couvert d’ecchymoses ne passerait plus inaperçu aujourd’hui. L’intégrité physique des détenus est ma principale préoccupation. D’autant que 40% de cette population relève du secteur psychiatrique, ajoute-t-il. Le placement de chacun est donc la décision la plus importante: nous hébergeons 685 détenus dans 372 cellules et gérons 200 déménagements par semaine. » Stéphane Gély ne peut le reconnaître qu’à demi-mot: le combat de Me Noël constitue pour la pénitentiaire un aiguillon salutaire.

Alliot-Marie combat le suicide

La progression du nombre de suicides en prison est exceptionnelle. Les estimations oscillent entre 81 et 92 décès depuis le début de 2009. Le 18 août, Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice, s’est décidée à une annonce forte: l’adoption de l’intégralité des recommandations du rapport remis en avril dernier à Rachida Dati, et aussitôt enterré, dixit son auteur, le remuant psychiatre Louis Albrand.

Le texte proposait, à l’arrivée d’un détenu, de rendre systématique un entretien avec un psychologue, de permettre un parloir ou une communication téléphonique dès la première semaine et, plus généralement, de faciliter les visites aux détenus. Le rapport suggérait également de généraliser l’usage de vêtements déchirables afin d’éviter les pendaisons, de diminuer la durée des placements en quartier disciplinaire et de renforcer la formation du personnel pénitentiaire

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