Bobigny

Tino et Reda, les assassins présumés du jeune homme de 19 ans, ont refusé d’évoquer les circonstances de leur crime au premier jour des assises.

Elodie Soulié | 04.11.2009, 07h00

Aux larmes d’une mère déchirée, ils ont répondu par le mutisme. Celui de la parole et presque celui des corps, malgré la carrure de Tino Horning, visiblement encombré de lui-même, et la sécheresse fébrile de Reda Alaouchiche, longtemps resté le visage et la nuque enfouis sous ses deux mains nouées, disparaissant presque sous le siège du box des accusés.
Au premier jour du procès de ces deux hommes de 22 ans et 24 ans, qui encourent la prison à vie pour l’assassinat de Yamine, frappé à mort et étouffé dans une cave de Bobigny, un soir de juillet 2006, la famille et les amis du jeune homme attendaient au moins des mots, au moins qu’« ils disent pourquoi ». Ils n’ont rien eu, ou alors si peu, quelques paroles laborieusement arrachées par une présidente de cour d’assises ouvertement excédée par l’apathie des accusés.

« Il reconnaît les faits mais sans émotion »

Des hommes capables de la pire et plus froide violence, mais incapables de soutenir un regard. Surtout pas celui d’une mère, effondrée jusqu’à l’évanouissement dès la lecture des faits et des blessures infligées à Yamine. Le garçon de 19 ans avait été roué de coups à la tête, étouffé ensuite par un sac en plastique. Son corps avait été découvert par ses meilleurs copains, quelques heures après une scène d’une rare violence.
Hier, les assassins présumés de Yamine ont refusé d’évoquer le meurtre tout en l’admettant. « Je ne sais pas, j’y arrive pas », a seulement lâché Tino. Reda a bien ébauché le scénario de cet après-midi et confirmé l’incroyable mobile qu’il a toujours soutenu pour expliquer son crime la crainte d’être dénoncé par Yamine, qui l’avait surpris en pleine consommation de cocaïne , puis il s’est arrêté. « Je n’arrive pas à continuer », a-t-il alors déclaré en se refermant sur lui-même, le regard dur et buté.
Pour la cour d’assises, leur silence valait apparemment lâcheté plutôt que honte et culpabilisation. L’enquêteur de personnalité venu évoquer le passé de chacun l’avait d’ailleurs perçu, en soulignant que « lorsqu’il parle des faits, Reda les reconnaît mais sans empathie, sans émotion particulière. Il ne s’amende pas ».
La cour a aussi découvert, hier, deux hommes unis dans le crime et pourtant si différents. Tino, le massif inhibé, maladroit dans son corps et avare de ses mots, un « grand gamin » grandi sans père et que son frère aîné décrit comme « un suiveur sans personnalité ». Le soir du 21 juillet 2006, Tino fut le bras armé de Reda, le commandeur aussi frêle de silhouette que l’autre est un colosse. D’ailleurs, Reda tout seul n’aurait rien pu, contre le 1,90 m et la ceinture noire de judo de Yamine.
A 24 ans, Reda assume avec un détachement déconcertant son passé de petit délinquant devenu assassin : au collège, ce fut un couteau de cantine lancé sur un professeur. Puis des vols de sacs à main, parfois très violents mais « pour s’amuser ». Puis la spirale de vols aggravés, la drogue, et en trois ans de détention, plusieurs fois le « mitard ». Le seul mot dont l’évocation semble déglacer son regard dur, c’est un prénom : Sabrina, la fille qu’il aimait et qu’il aime toujours, et auprès de qui il voulait « s’acheter une conduite ». Sabrina doit être entendue aujourd’hui à la barre des témoins.

Le Parisien

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