La borgne du pied

La borgne du pied.

Hier après-midi, l’excellente chaîne de télévision pour intellos polyglottes Arte diffusait la vérité d’HG Clouzot, sorti il y a un demi-siècle tout juste. Et c’était vraiment une bonne idée (bravo Arte!) parce que ce film est positivement un chef-d’oeuvre … à redécouvrir d’urgence donc.

La vérité raconte le procès de la très jolie Dominique Marceau (Brigitte Bardot), accusée du meurtre de son amant, l’extrêmement séduisant Gilbert, jeune et talentueux chef d’orchestre (Sami Frey, merveilleusement ténébreux). Gilbert est par ailleurs le fiancé d’Annie, la très respectable soeur de Dominique, montée à Paris pour poursuivre des études de violon. Annie, à la beauté laborieuse et au sens strict des responsabilités, ne fait guère le poids face à l’éclat lumineux et sans effort de Dominique, et le triangle amoureux qui s’en suit s’achève en évidente tragédie.

Dès l’ouverture du film, alors que Dominique, les cheveux tirés en arrière en chignon serré, rejoint le box des accusés de la cour d’assises et que les bourgeois s’y pressent comme au spectacle, on sent qu’elle est déjà condamnée. Trop belle, trop légère, Dominique fait de la rébellion sans le savoir, simplement en étant elle-même. Par excès d’insouciance et de légèreté, elle brise l’une après l’autre les règles que la société tente de lui imposer, le travail, la vertu, la persévérance. Et c’est ça qui lui sera fatal, plus que d’avoir abattu l’homme qu’elle aimait.

Je ne sais pas comment décrire à quel point j’adore ce film. Le génie de Clouzot réside dans le fait d’avoir réussi à capturer, au travers de sa galerie de personnages, de la logeuse revêche et menteuse au président de la cour, la mise en place des mécanismes destinés à broyer la malheureuse. Bardot, qui d’habitude me donne envie de lui faire du mal avec des cigarettes, est époustouflante de naturel et de sensualité inconsciente, et d’une profondeur hallucinante dans l’expression de l’amour qu’elle nourrit pour Gilbert jusqu’au crime et au suicide.

S’il est évident que la transgression de Dominique prend tout son sens dans la société conservatrice des sixties, je pense qu’elle reste d’actualité dans la nôtre. Je ne parle évidemment pas des provocateurs en peau de lapin ou à épingles à nourrice, mais de ceux qui, comme elle, ne choisissent pas d’être différents mais sont autres…et pour ceux-là, la vie n’est jamais simple.

et pour finir, un extrait:

Publié par Mademoiselle Lalou à l’adresse 13:21

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